Les maux typiquement Français en matière d'entrepreneuriat

Publié le 26 Octobre 2015

Les maux typiquement Français en matière d'entrepreneuriat

Il serait peut être un peu temps de se mettre à réformer le Code du travail qui nous plombe aux entournures en matière de compétitivité nationale et internationale.

En effet, comment se fait-il que nos entreprises soient à ce point brisées dans leur élan quand elles veulent grandir ?

Le poids des normes est un énorme frein et lorsqu'on pense que souvent, en matière économique, quand on n'avance plus, on meurt, on ne peut que comprendre comment la France perd son rang, année après année en matière de compétitivité internationale.

La France ne promeut pas le risque, pire, elle le dissuade ! Dans un pays où le modèle est le fonctionnariat, ce n'est pas brillant et augure des jours très sombres pour notre pays : une dette toujours plus grande que notre croissance ne pourra résorber quand nos entreprises ne seront pas suffisamment nombreuses et costaud pour le faire...

Nous avons trop d'entreprises qui disparaissent au bout de 5 ans et nous avons trop de petites entreprises dont le nombre de salariés est inférieur à 50.

On dit que les chefs d'entreprise sont trop prudents mais il faut penser que l'Etat ne fait que les considérer comme des porte-monnaie sur pattes, ce, sans aucune valorisation ! A qui donc la faute ?

Il est temps de soutenir l'entrepreneuriat dans notre pays : notre survie économique en dépend !

Un article du journal 'Le Monde' daté du 18 Juillet 2015

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Ces entrepreneurs qui ne veulent pas grandir
La France compte deux fois moins d'entreprises de taille moyenne que ses voisins allemand ou britannique. Un fossé administratif, réglementaire… mais aussi culturel
C'est l'" effet Peter Pan ", sourit Frédéric Andrès, économiste chez Euler Hermes. Et l'un des paradoxes de l'économie française. Les jeunes entrepreneurs enthousiastes sont légion, les créations d'entreprises ont rebondi en juin – au nombre de 44 362, selon les chiffres publiés par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) vendredi 17 juillet. Mais le passage à l'âge adulte pose problème. Bon nombre d'entre elles n'arrivent pas, ou " ne veulent pas " grandir, comme le résume M. Andrès.

Entrepreneur lyonnais, Nicolas Daumont est patron d'Illico Travaux, un courtier qui met en relation particuliers et artisans, et de Camif Habitat, la filiale de rénovation de l'ancienne coopérative mutualiste. " En quinze ans, j'ai créé et repris cinq entreprises. Mais quand la crise est arrivée, j'ai eu l'impression qu'on m'enfonçait davantage. Je me suis entendu dire que j'allais perdre ma maison si j'allais trop loin dans ma tentative de sauver mon entreprise. Aujourd'hui, mon groupe est redevenu bénéficiaire. Pourquoi irais-je prendre de nouveaux risques en grossissant tous azimuts ? ", interroge ce dirigeant de 38 ans, jeune papa de jumeaux. Il se sent aujourd'hui déchiré. " Au fond de moi, j'aimerais continuer à créer des entreprises… "

En France, le nombre d'entreprises de taille intermédiaire (ETI) reste désespérément stable. Selon le METI, leur association professionnelle, la France compte 4 600 ETI, ces structures de plus de 250 salariés ou 50 millions d'euros de chiffre d'affaires. Bien moins que l'Allemagne (12 000), le Royaume-Uni (10 000) ou même l'Italie (8 000).

Or, derrière ces ETI, il y a un enjeu central. En matière d'emploi notamment. " Seules 5 % des entreprises françaises ont plus de 10 salariés, alors qu'elles sont 10 % au Royaume-Uni, 18 % en Allemagne, 24 % aux Etats-Unis. Si nous arrivions à 10 % d'entreprises de plus de 10 salariés, on pourrait créer 400 000 emplois net ", relève Gonzague de Blignières, président de Raise, un fonds d'investissement lancé en 2014 avec Clara Gaymard, la patronne de General Electric en France. Aujourd'hui, les ETI emploient 3,3 millions de personnes, soit 23 % des salariés français.

" En France, on se méfie "
La situation n'est pas nouvelle mais, à l'heure où l'entreprenariat est érigé en valeur et où la mode des start-up bat son plein, elle interpelle. La culture hexagonale est réputée peu favorable à l'entrepreneur : " Aux Etats-Unis, si un entrepreneur connaît l'échec, on se dit qu'il réussira la fois suivante. En France, on se méfie ", résume Mme Gaymard.

Pourtant, " contrairement aux idées reçues, en France, le taux de création d'entreprises rapportée au stock - … - existant est de 9 %, au niveau de la moyenne européenne ou des Etats-Unis - 11 % - ", souligne une étude publiée en mars et réalisée par le cabinet Bain avec Raise. Facilité dans l'acte de création d'entreprise, dynamisme du capital-risque et dispositifs fiscaux avantageux aident les nouveaux venus, relève l'étude.

Mais c'est après que le bât blesse. La moitié de ces sociétés ont disparu au bout de cinq ans ! Pourquoi ? Sans surprise, charges trop lourdes et complexité administrative sont les bêtes noires des petits patrons. Ceux-ci ont beau approuver les dernières mesures du gouvernement – pacte de responsabilité, crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), barème d'indemnités prud'homales… –, ils en déplorent la frilosité. " Ces réformes restent homéopathiques. Il faudrait mettre le paquet sur les secteurs délocalisables, comme l'industrie ", estime Bruno Grandjean, le patron de Redex, 300 salariés, qui fabrique des machines-outils.

Autre épouvantail : les seuils sociaux. Celui des 50 salariés à partir duquel l'entreprise doit se doter d'un comité d'entreprise (CE) et d'un comité hygiène, sécurité et conditions de travail (CHSCT) – désormais regroupés au sein de la délégation unique du personnel (DUP) – est jugé redoutable. " Il y a deux fois plus d'entreprises de 49 que de 50 salariés ", note M. Andrès. A l'Insee, on relativise ce constat, en soulignant que les entreprises ont tendance à se " couper " en entités juridiques plus petites afin de contourner les seuils.

La course à la croissance se heurte aussi aux difficultés de management que suscite un changement d'échelle. " Quand vous devez à la fois recruter, effectuer une deuxième levée de fonds, trouver de nouveaux clients, bref passer d'un mode start-up à une entreprise organisée, savoir gérer les priorités est essentiel. Par nature, un entrepreneur se dit souvent : “je vais faire moi-même”, alors qu'il gagnerait à être accompagné ", souligne Mme Gaymard.

" Croître signifie revoir l'organisation de la société, déléguer une partie du management, donc se remettre en cause ", confirme Elise Tissier, à la tête du Lab, un think tank consacré aux PME-ETI chez Bpifrance.

Par ailleurs, les chefs d'entreprise se montrent " parfois trop prudents ", souligne Philippe Mutricy, directeur des études chez Bpifrance, au point de passer " à côté des occasions de croître ". Le bras armé de l'Etat en matière de financement des entreprises a consacré 4,6 milliards d'euros en 2014 à l'aide de 1 650 ETI hexagonales, à travers des prêts à l'export ou à l'innovation, ou en préfinançant le CICE. Mais " 80 % des PME françaises ne font pas de croissance. Elles vivent sur leurs fonds propres, produisent et vendent localement ", rappelle Patrick Artus, le chef économiste de Natixis.

Pourtant, l'export constitue un accélérateur essentiel : si 43 % des ETI prévoient une hausse de leurs ventes cette année, celles qui réalisent la quasi-totalité de leur chiffre d'affaires dans l'Hexagone ne constatent pas d'amélioration de leur carnet de commandes, selon une étude publiée, en juin, par Bpifrance.

Attirer les bons profils
L'export, M. Grandjean, chez Redex, le considère comme naturel. " Après mes études d'ingénieur, j'ai passé trois ans à l'université Stanford, aux Etats-Unis. Cela m'a donné une ouverture internationale ", explique ce patron de 51 ans, qui a repris l'entreprise de son grand-père à Ferrières-en-Gâtinais (Loiret). Présence en Chine depuis dix ans, rachat du concurrent allemand il y a deux ans… Les ventes ont plus que doublé depuis le début des années 2000, pour atteindre 50 millions d'euros.

Encore faut-il, une fois le cap de l'international franchi, pouvoir recruter en conséquence. " Il faut trouver des leaders pour porter ses projets ", indique Hervé Lecesne, PDG de Nactis Flavours, un fabricant d'arômes alimentaires, dont les 250 salariés sont présents en Belgique, en Tunisie, en Pologne ou en Bulgarie. Or attirer les bons profils relève souvent du parcours du combattant. " En France, contrairement à l'Allemagne ou à l'Italie du Nord, on ne fait pas carrière dans une PME quand on sort d'une grande école ", peste M. Grandjean.

Même si elle est régulièrement évoquée, la question du financement des PME-ETI n'apparaît pas la plus ardue, à en croire les observateurs. " Pour une PME dans une situation correcte, la question ne se pose pas, même si le financement par la Bourse reste encore trop faible ", estime M. Andres.

En revanche, les concessions à faire pour trouver des fonds freinent les ambitions des PME. " Si nous avions ouvert davantage le capital, l'entreprise se serait peut-être développée plus vite. Mais j'ai privilégié sa pérennité ", explique M. Lecesne qui, à 65 ans, possède 75 % de Nactis Flavours et espère la transmettre à ses enfants.

" On entend souvent que les patrons d'ETI ne veulent pas ouvrir leur capital : c'est faux ! Mais il faut leur proposer ce qu'ils veulent, c'est-à-dire des actionnaires minoritaires ", martèle M. de Blignières. Sinon, " les entreprises en forte croissance sont massivement rachetées par les grands groupes. Elles perdent alors de leur flexibilité et de leur réactivité ", regrette M. Artus. Sur les 4 600 ETI françaises, seules 3 000 sont réellement indépendantes.

La fiscalité de la transmission est d'ailleurs au centre des réflexions pour doper le nombre d'ETI.Celle-ci est soumise à l'impôt sur les plus-values de cession, donc taxée jusqu'à 45 %, même s'il existe des abattements (dispositif Dutreil). Un rapport remis la semaine dernière au gouvernement préconise de simplifier ce dispositif.

" Le tissu industriel français est comme une forêt qui aurait brûlé. Il faut désormais s'assurer que les survivants ne disparaissent pas. Cela passe par la fiscalité, une réglementation pas trop contraignante, et de bonnes pratiques, comme la mise en place de filières ", préconise M. Grandjean. Pour M. Daumont, " les petits patrons n'attendent pas d'aides ou de subventions. Juste de ne pas être freinés par des contraintes démotivantes. "

Audrey Tonnelier

Rédigé par Philippe NOVIANT

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