Ne pas prendre la Grèce comme un porte-monnaie sur pattes

Publié le 9 Octobre 2015

Ne pas prendre la Grèce comme un porte-monnaie sur pattes

La Grèce a fait des erreurs dans la gestion de ses finances publiques : c'est vrai. Mais ce n'est pas une raison pour l'étrangler à ce point et l'humilier. Un peuple humilié peut se révolter car il n'a plus rien à perdre : il s'agit de ne pas oublier ces préceptes.

Qu'on puisse instaurer l'austérité en Grèce se conçoit pour qu'elle assainisse ses dépenses : ceci dit, toute chose à ses limites et l'Europe, par les préceptes qu'elle a imposé à la Grèce à touché à ses limites. La Grèce doit rembourser ce qu'elle a emprunter. Même si c'est à taux zéro, elle doit rembourser, mais quand on assassine un pays, on empêche qu'il puisse rembourser quoi que ce soit : c'est la raison pour laquelle trop d'austérité tue l'austérité.

Le problème c'est que cette austérité a touché en priorité le peuple : la baisse du salaire minimum est une très mauvaise chose car c'est une mesure oh combien humiliante. Il aurait mieux valu toucher les plus hauts revenus : c'est cela qu'il faut faire pour endiguer la crise de ce pays, c'est aux plus hauts revenus à payer d'avantage que les plus bas revenus...

L'austérité a donc touché ses limites : il faut donc inciter la Grèce à rembourser ses dettes mais ne pas l'asphyxier car quand on asphyxie, on tue, et un mort ne rembourse jamais ses dettes...

Un article du journal 'Le Monde' daté du 10 Juillet 2015

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La plus longue cure d'austérité de la zone euro
En Grèce, la rigueur a été aussi brutale que dans les autres pays, mais n'a pas réussi à relancer l'économie

La dette n'est pas la seule pomme de discorde entre Athènes et les autres pays européens. Il y a aussi l'austérité. Celle que les Grecs ont rejetée lors du référendum du 5 juillet. Celle, surtout, que le pays a appliquée depuis 2010. " Mon pays est devenu un laboratoire de l'austérité et l'expérience a échoué ", a déclaré, mercredi 8 juillet, Alexis Tsipras, le premier ministre grec, devant le Parlement européen.

Du côté des pays baltes, l'argument passe mal. L'Estonie, la Lettonie et la Lituanie se sont infligé une violente cure de rigueur avant d'entrer dans l'euro, respectivement en 2011, 2014 et 2015. Pourquoi Athènes refuserait-elle de fournir les mêmes efforts ? Sans parler de l'Irlande et du Portugal, également passés sous assistance européenne, et de l'Espagne, agacés à l'idée que le pays de Tsipras se voit accorder des faveurs auxquelles ils n'ont pas eu droit…

Qui a fait le plus de sacrifices ? La réponse est moins simple qu'il n'y paraît. Elle exige de passer en revue une multitude de critères parfois très subjectifs. Ceux-ci dressent un tableau bien plus nuancé que les jugements à l'emporte-pièce énoncés sur le sujet ne le laissent croire.

Tous ces pays ont en commun d'avoir enregistré une terrible récession pendant la crise : le produit intérieur brut (PIB) des pays baltes a reculé de 15 % en 2009, celui de l'Irlande de 6,4 %, de l'Espagne de 3,6 %, du Portugal de 3 %, tandis que celui de la Grèce a plongé de 8,9 % en 2010. Ils ont ensuite entamé des cures de rigueur pour redresser leurs finances publiques. " Les mesures qu'ils ont appliquées ont beaucoup d'éléments en commun ", souligne Céline Antonin, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). A savoir baisse des salaires, coupes dans les dépenses, recul de l'âge de départ en retraite…

" Ajustement colossal "

Résultat : entre 2009 et 2014, le déficit public grec est passé de - 15,2 % à - 2,7 %, ce qui représente un effort de 12,5 points de PIB. " Il s'agit d'un ajustement colossal ", commente Ludovic Subran, chef économiste d'Euler Hermes. Sur la même période, l'Espagne a concédé un effort de 5,1 points, la Lituanie de 8,6 points, la Lettonie de 6,1 points et l'Estonie, de 2,3 points. Si l'on s'intéresse au seul déficit structurel, c'est-à-dire en éliminant les effets de la conjoncture, la Grèce a là aussi procédé à l'ajustement le plus brutal.

L'analyse se révèle plus délicate en matière de dépenses publiques. A première vue, le pays qui s'est le plus serré la ceinture est l'Irlande, en ramenant les siennes de 47,6 % du PIB en 2009 à 36,1 % aujourd'hui, soit 11,5 points d'effort. Mais la Grèce suit de près avec 9,7 points d'ajustement (- 53,9 % à 44,2 %), comme la Lituanie (43,7 % à 34,1 %, soit 9,6 points), puis la Lettonie (43,4 % à 36,4 %, soit 7 points).

" Mais attention : ces chiffres ne reflètent pas les véritables efforts de la Grèce, car sur la même période, son PIB a baissé de 25 %, un triste record ", prévient M. Subran. En valeur, la Grèce a en effet réduit ses dépenses publiques de… 47 milliards d'euros, contre 10 milliards en Irlande et 12,8 milliards en Lituanie.

Après le choc de 2009, les pays baltes ont tranché net dans les salaires et la fonction publique. En Lettonie, le nombre d'agents publics a fondu de 20 % et leurs salaires de 25 %, tout comme en Lituanie. Le traitement des fonctionnaires espagnols a baissé de 5 % en 2010 avant d'être gelé, comme au Portugal, qui a supprimé le treizième mois. La Grèce est le seul pays européen à avoir baissé son salaire minimum (de 680 à 586 euros). Et les rémunérations ont chuté de près de 25 % dans le privé. " La Grèce est également l'un des pays qui a le plus assoupli son marché de l'emploi ", commente Mme Antonin. Entre 2009 et 2014, les coûts du travail unitaire réel, corrigé de l'inflation, ont ainsi baissé de 9 % en Grèce, selon M. Subran. C'est moins qu'en Lituanie (- 10 %), mais plus qu'en Irlande et Portugal (- 8 %), Espagne (- 7 %), Lettonie (- 6 %) et Estonie (- 3 %).

Athènes fait bien partie des pays qui ont le plus fait de sacrifices depuis 2009. Comment expliquer, dès lors, l'agacement des Lituaniens ou des Espagnols ? Cela tient peut-être au calendrier. " La Grèce est en austérité permanente depuis 2009 alors que les autres ont levé le pied plus vite, en particulier les pays baltes, et surtout, ont renoué avec la croissance ", souligne M. Subran. " Nous avons fait autant d'efforts que les Grecs, mais concentrés en une seule année ", constate Zygimantas Mauricas, économiste à la banque Nordea, à Vilnius. D'où le sentiment que l'austérité y a été plus profonde.

Après une brutale saignée, les économies baltes ont retrouvé une croissance solide. Le PIB estonien a ainsi rebondi de 8,3 % en 2011, et le Lituanien, de 6,1 %. L'Irlande elle aussi a renoué avec la croissance en 2014 (4,8 %), comme l'Espagne (+ 1,4 %) et le Portugal (+ 0,9 %). Après une timide éclaircie mi-2014, la Grèce a quant à elle replongé en récession. " On touche ici à la spécificité grecque : l'austérité n'a produit aucun effet positif sur l'économie, alors qu'ailleurs, elle a permis aux exportations de rebondir ", résume Patrick Artus, chef économiste de Natixis.

Délabré et asphyxié par le manque de liquidité, le tissu industriel grec n'a pas profité de la baisse des coûts du travail pour augmenter ses ventes à l'étranger. " La leçon à en tirer est que la Grèce n'a pas besoin de plus d'austérité : cela ne fonctionne pas ", ajoute M. Artus. Comme nombre d'économistes, il juge que la priorité devrait être les réformes structurelles à même de renforcer l'économie, comme la lutte contre les rentes et les mesures favorisant l'investissement.

Marie Charrel

Rédigé par Philippe NOVIANT

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