Quand ceux qui ont souffert, font souffrir

Publié le 28 Mars 2016

Quand ceux qui ont souffert, font souffrir

C'est une situation lamentable et désastreuse : comment des gens issus du peuple qui a le plus souffert au XXe siècle, peut-il se comporter de cette façon ? Comment comprendre que ceux qui ont tant souffert alors qu'ils étaient innocents fassent eux-même souffrir des innocents ?

Comment des habitants du village d'Achia peuvent-ils refuser de condamner la mort d'un bébé ? C'est honteux et scandaleux !

De la même manière qu'est honteuse et scandaleuse cette pratique consistant à voler les terres d'autres peuples sous principes que ses ancêtres étaient là avant eux !

Qui, dans le monde, se permet de construire chez le voisin ? Les colons Israëliens...

Il est quand même plus que choquant qu'une partit d'un peuple qui a été persécuté pour sa religion puisse être raciste à ce point !

Décidément, la connerie humaine, surtout sous couvert de la religion, c'est à dire l'allégeance à un être hypothétique, est sans limite...

Un article du journal 'Le Monde' daté du 12 Août 2015

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Israël : la " guerre sainte " des colons radicaux
Les habitants d'Achia se refusent à condamner l'attaque de Douma, le 31 juillet, qui a entraîné la mort d'un bébé
Le soleil disparaît lentement derrière les collines rocailleuses de Cisjordanie. Aucun immeuble à l'horizon pour gâcher cette vue à couper le souffle. Les trente-six familles de colons israéliens installées dans l'avant-poste d'Achia ne renonceraient à cette vue pour rien au monde. L'implantation, illégale au regard même de la législation israélienne, trône sur une butte aride entre le village palestinien de Jaloud et la colonie de Shilo. De l'autre côté de la route qui serpente dans la vallée, le village martyr de Douma où un incendie volontaire a tué le petit Ali Dawabsha, 18 mois, et Saad, son père, le 31 juillet. La mère et le fils de 4 ans luttent toujours pour leur survie. La police israélienne poursuit ses recherches et n'hésite pas à pénétrer dans les colonies les plus radicales pour interroger des personnes " en lien avec l'attaque de Douma ", font savoir ses services. Dimanche 9 août, la presse a fait état d'une dizaine de personnes arrêtées dans les colonies d'Adei Ad et de Baladim, très proches. Toutes ont été relâchées.

A Achia aussi les forces israéliennes ont débarqué. Rafael Morris, 20 ans, confirme avoir été interrogé. Joint par téléphone, ce père de famille est décrit comme un " militant courageux " par les colons d'Achia. Le jeune homme ne cache pas son appartenance au mouvement des Jeunes des collines dont la principale figure, Meir Ettinger, fait partie des trois Israéliens placés en détention administrative depuis le drame de Douma. Une procédure d'exception qui permet l'incarcération illimitée et sans procès d'un individu, une pratique habituellement réservée aux Palestiniens suspectés par Israël de terrorisme.

Issu d'une famille religieuse de Bet Shemesh (à l'ouest de Jérusalem), Rafael Morris raconte qu'il a rejoint seul, dès 14 ans, le mouvement radical des Jeunes des collines. Comme lui, ils sont plusieurs dizaines, quelques centaines au maximum, membres de ce groupe violent et foncièrement antipalestinien. Mais leurs révoltes ont aussi d'autres cibles. Une nuit de décembre 2011, une cinquantaine d'extrémistes juifs pénètrent à l'intérieur d'une base de l'armée israélienne à Kedumim, en Cisjordanie. Ils agressent les soldats présents sur le site et vandalisent le lieu. Une attaque qui choque l'opinion publique israélienne. Que des Juifs s'attaquent à Tsahal est incompréhensible pour une grande partie de la population.

" Cette terre nous appartient "
Rafael Morris ne précise pas s'il a fait partie de l'expédition. Le jeune radical assume en tout cas son discours sioniste ultraradical : " Aucun compromis n'est possible avec les Arabes. Pourquoi est-ce qu'on partagerait cette terre qui nous appartient ? Nous sommes en guerre. Une guerre sainte que nous n'avons pas commencée mais que nous poursuivons. " Il accuse la police et l'armée israéliennes de soutenir les Palestiniens ou, en tout cas, de minimiser leurs violences alors que celles causées par les colons sont surmédiatisées, selon lui.

" Les habitants des avant-postes se voient comme des éclaireurs, pas comme des fanatiques ", estime Moshe Fischer, chercheur israélien associé au Jewish People Policy Institute, basé à Jérusalem. Pour ce sociologue, spécialiste des colonies de Cisjordanie : " Tous les colons ne sont pas violents mais les plus radicaux sont organisés comme de véritables gangs. Les éléments les plus extrêmes sont souvent jeunes et en révolte contre l'ordre établi. "

Certains habitants un peu plus âgés se veulent moins dans l'action mais tout aussi religieux. Et surtout très méfiants. Il aura fallu plusieurs jours de tractations pour obtenir le droit de rencontrer la famille Shmidov. Depuis la mort du petit Ali Dawabsha et de son père, ces colons se savent montrés du doigt.

C'est Chaya Shmidov, 28 ans, qui a finalement accepté de servir de guide. Foulard bleu noué dans les cheveux, longue robe bicolore, cette mère de deux jeunes enfants est l'une des pionnières de l'avant-poste. Installée depuis sept ans avec son mari dans une maison en préfabriqué, cette native de " Dallas, Texas " enseigne la religion dans une colonie du nord de la Cisjordanie. Comme un gimmick, une phrase revient dès qu'on l'interroge. Comprend-elle que sa présence est un obstacle à la paix avec les Palestiniens ? " C'est écrit dans la Torah que cette terre appartient aux Juifs. " A-t-on le droit d'attaquer les Palestiniens ? " C'est écrit dans la Torah que si quelqu'un t'attaque, tu as le droit de te défendre. "

Ni elle ni Elhanan, son mari, ne condamnent les responsables de l'attaque de Douma. La mère de famille se contente de rappeler que tuer n'est pas autorisé par la religion. Son mari va plus loin. Barbe touffue, cheveux rasés derrière et longs devant, il n'excuse pas l'incendie volontaire de Douma mais dit " le comprendre ". " Combien de Juifs ont été tués sans que personne ne s'en émeuve ? ", interroge-t-il avant de rappeler l'assassinat fin juin de Malachi Rosenfeld, un colon israélien abattu par un Palestinien en Cisjordanie.

" Les Arabes sont partout "
Ouvertement raciste, Elhanan Shmidov s'emporte contre " les Arabes qui sont partout. Jusqu'à Tel-Aviv ou Petah Tikva ", une ville du centre d'Israël d'où est originaire sa belle-famille. Très militant, le couple Shmidov était de toutes les manifestations. Opposés au démantèlement des colonies de Gaza il y a dix ans, ils sont allés soutenir sur place les colons qui résistaient contre leur expulsion. Aujourd'hui, ils s'estiment trop vieux et encouragent les jeunes à prendre leur place au sein des cortèges d'extrême droite.

Un rabbin vient aussi de s'installer il y a quelques semaines dans l'avant-poste, lui-même fondé par un homme de Dieu, le rabbin Yossi Shouker, décédé en 2007. Impossible de rencontrer le nouvel arrivé, trop occupé à prier, dit-on. Ces derniers sont parfois accusés de propager une idéologie radicale. Une hypothèse à laquelle n'adhère pas le chercheur Moshe Fischer. Selon lui, les religieux peuvent parfois modérer les plus virulents mais " dans certaines colonies les rabbins sont dépassés. Un militant engagé peut avoir davantage d'influence sur ses congénères que ces rabbins ". Une hypothèse qui colle aux explications fournies par Rafael Morris, qui décrit une mouvance " sans hiérarchie, sans structure, faite de militants qui veulent faire progresser les colonies ". Au détriment du droit international.

Nicolas Ropert

Rédigé par Philippe NOVIANT

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