Quand on se permet d'aller construire chez le voisin

Publié le 17 Novembre 2015

Quand on se permet d'aller construire chez le voisin

Des personnes décident de dépasser les limites de leur pays pour construire des bâtiments... et ils protestent quand ces bâtiments sont détruits... Où est le droit élémentaire à la propriété dans cette affaire ? Ce n'est pas parce que ses ancêtres vivaient dans un pays que l'on a le droit d'exproprier des habitants en s'arrogeant un droit suprême et éternel sur une terre !

Le droit sur une terre n'existe pas ! La terre n'appartient qu'à elle-même et le fait que ses ancêtres vivaient dans un lieu n'autorise personne à s'approprier ce lieu !

Il est plus que curieux que des membres d'un peuple qui a particulièrement souffert durant le XXe siècle se conduisent comme des voleurs en expropriant des terres sous le principe fallacieux de l'histoire, de la religion et de la tradition...

Au nom de quel principe a-t-on le droit de construire et de s'arroger des terres qui ne nous appartiennent pas ? Le droit à la propriété est accordé à un individu, non à un peuple ! Il est limité à un pays, avec des limites territoriales qui ne peuvent être dépassées, quelles qu'en soient les raisons ! Une réquisition pour "raison de sécurité" n'a rien de légal.

S'arroger des terres sous couvert de la religion c'est du vol car la religion n'est que supposition et la Bible n'engage que ceux qui veulent bien la servir...

La colonisation, c'est du vol. Il faut cesser ce vol car il ne sert pas les intérêts d'un peuple qui a suffisamment souffert dans l'histoire...

Un article du journal 'Le Monde' daté du 31 Juillet 2015

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Les colons de Beit El défient Nétanyahou
La destruction de deux immeubles, confirmée par la justice, scandalise les extrémistes religieux israéliens
Deux pelleteuses grignotent par à-coups les deux immeubles sous les regards vindicatifs des spectateurs. Parmi les colons de Beit El, en Cisjordanie, ce mercredi 29 juillet, certains prient pendant que d'autres jettent des pierres. Une mère et sa famille pleurent. Des jeunes, kippas vissées sur la tête, tentent de forcer les barrières installées autour de la zone par la police israélienne. Les forces de l'ordre repoussent sans ménagement les protestataires. Un grand camion blanc vient leur prêter main-forte en aspergeant largement la foule d'une eau sale envoyée sous haute pression.

Beit El, colonie israélienne de 6 000 âmes, située au nord de Ramallah, est devenue depuis bientôt dix jours le centre de l'attention médiatique et politique en Israël. Tout commence en 1970, quand l'armée israélienne s'installe sur un terrain séparé par une route du camp de réfugiés palestiniens de Jalazone. Une réquisition pour " raison de sécurité " autorisée par la loi israélienne. Mais, huit ans plus tard, quand les premiers colons s'établissent sur cette colline qu'ils estiment chargée d'histoire, les bâtiments militaires sont déplacés un peu plus loin, laissant alors un espace vacant. Il y a quelques années, les colons décident d'y construire deux immeubles. C'est Meir Draynoff, un entrepreneur israélien, qui est chargé de leur construction, d'où leur nom, les immeubles Draynoff. Vingt-quatre appartements devaient accueillir des nouvelles familles. La vue sur les collines de Cisjordanie était imprenable.

" Ces destructions sont un énorme gâchis ", maugrée Baruch Lévi. Ce Franco-Israélien, barbe blanche bien taillée, rappelle le manque de logements en Israël tout en réfutant l'illégalité des constructions sur le territoire palestinien. Violation que reconnaît pourtant le droit international. Pour les extrémistes religieux, la Judée-Samarie, le nom qu'ils donnent à la Cisjordanie, fait partie du Grand Israël. Israk Rosental, un jeune originaire de Jérusalem, venu prêter main-forte aux habitants, met, lui, la loi de Dieu au-dessus de tout. Il assène : " Les Juifs ont mis deux mille ans à revenir sur leurs terres. Nous n'allons pas nous contenter de ce que nous avons aujourd'hui, nous avons le droit de construire chez nous. " Avant de lâcher, un brin menaçant : " Ceux qui nous refusent ce droit vont contre la Bible. "

La Cour suprême israélienne ne l'a pas entendu de cette oreille. Soutenu par l'ONG israélienne Yesh Din, le propriétaire palestinien saisit en 2010 la plus haute instance judiciaire de l'Etat hébreu, qui finit par lui donner raison en février après une longue bataille judiciaire. La Cour exige la démolition des deux immeubles Draynoff dont la construction a été interrompue par la procédure. Une décision saluée par Yesh Din, qui exige désormais que les terrains soient rendus à leur propriétaire. C'est le début d'une autre bataille, sur le terrain cette fois-ci.

Jets de pierres et de bouteilles
Depuis quelques semaines, environ 200 jeunes avaient pris position à l'intérieur des immeubles pour empêcher physiquement leur destruction. Ils en ont profité pour peindre sur la façade deux immenses drapeaux israéliens, comme un pied de nez aux Palestiniens. Lundi 27 juillet, les forces de l'ordre israéliennes ont évacué de force les deux bâtiments. Cinquante réfractaires ont été interpellés pour refus d'obtempérer ou pour violence. Une violence que tente de justifier maladroitement Yair Laniry, 18 ans, tee-shirt vert et papillotes : " Nous sommes attaqués alors que nous luttons pour nos droits. " Installé à Beit El depuis sa naissance, il se tourne alors vers les barrières : " Regardez combien de policiers sont déployés ! Peu importe, nous reconstruirons ces maisons. Quoi qu'il arrive. " Tout ce qui tombe sous la main de ces jeunes manifestants est balancé : pierres, bouteilles d'eau ou même tables en bois et chaises en plastique. Plusieurs d'entre eux seront blessés lors des charges des forces de l'ordre.

L'annonce, mercredi 29 juillet, du premier ministre Benyamin Nétanyahou d'autoriser la construction immédiate de 300 logements à Beit El, n'aura pas suffi à calmer les esprits. La colère de Judy Simon, en tout cas, ne retombe pas. La porte-parole de la colonie, foulard noué sur la tête, enchaîne les interviews. " Nous avons toujours dit que si ces bâtiments tombaient, le gouvernement devait lui aussi tomber ", lâche-t-elle derrière ses lunettes de soleil. " Nous appelons tous les parlementaires, tous les membres du gouvernement qui aiment la terre d'Israël et se respectent à quitter ou arrêter de soutenir ce gouvernement. " Les colons peuvent pourtant se vanter d'avoir fait venir plusieurs membres influents du gouvernement. Parmi eux, Naftali Bennett, ministre de l'éducation et chef du parti nationaliste religieux Foyer juif.

Les contreparties israéliennes à ces destructions ne passent pas côté palestinien. Depuis Ramallah, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a dénoncé " une menace au processus de paix ". L'Union européenne, dans un communiqué, a même réclamé l'annulation de cette décision tout en rappelant son attachement à l'arrêt de la colonisation.

Le premier ministre israélien ressemble toujours un peu plus à un équilibriste. D'un côté, il doit répondre à la plus radicale de sa population, de l'autre il doit faire bonne figure auprès de la communauté internationale. Sa coalition, rassemblant 61 sièges sur 120 à la Knesset, ne tient qu'à un fil. Et l'on aperçoit toujours dans Beit El, comme un peu partout en Cisjordanie, les banderoles qui exigent que " Bibi " tienne ses promesses électorales en faveur des nouvelles constructions.

Nicolas Ropert

Rédigé par Philippe NOVIANT

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