Le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) est-il une bonne mesure ?

Publié le 21 Janvier 2016

Le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) est-il une bonne mesure ?

D'un côté de la dépense d'argent public, de l'autre, des emplois créés. A priori, une opération blanche. Mais est-elle si blanche que cela ?

Pour répondre à cette question, il faut effectuer quelques calculs pour juger de la pertinence de la dépense face aux résultats.

Pour la "Maison Blanche", on a créé 60 emplois (15 emplois par crèche créée), ce, pour 1 Million d'Euros de reçus. Cela nous fait donc l'emploi à 16 666 Euros. Ce n'est pas donné, mais ça reste relativement correct. Pour Carrefour, c'est 120 millions pour 2014 pour 4800 emplois sur 2 ans, soit 2400 par an. Cela nous fait donc du 50 000Euros par salarié. Ca commence sérieusement à faire beaucoup, à faire trop...

Au global, c'est 300 000 emplois sur 3 ans, soit 100 000 emplois par an, le tout pour 18,2 Milliards : cela nous fait l'emploi à 182 000 Euros, soit 15 ans de prestations sociales... C'est clairement trop, beaucoup trop.

Nous sommes un état qui dépensons beaucoup trop : pour 240 Milliards de recettes, nous avons 320 Milliards de dépenses. Dès lors, pouvons-nous continuer à subventionner l'emploi à ce prix là ? Ne vaut-il pas mieux réformer la durée de travail et ajouter de la flexibilité dans notre Code du travail qui en manque cruellement à la place de subventionner à ce point des emplois qui le sont déjà pour bon nombre d'entre eux ?

Je pense qu'avant de dépenser à ce point l'argent de l'Etat, il serait déjà plus qu'utile de favoriser le travail au sein de notre pays : trop de gens se contentent de leurs prestations sociales en arguant qu'elles gagnent plus à rester à la maison qu'à travailler. Favoriser le travail serait beaucoup moins onéreux que le CICE.

Il est donc temps de se dire que la réduction du chômage doit servir à économiser l'argent du contribuable, non l'inverse. Une gestion efficace de l'Etat commande que l'on le fasse en bon père de famille. Ce n'est pas ce que fait le gouvernement actuel par ce dispositif qui coûte beaucoup, trop, d'argent à l'Etat.

Un article du journal 'Le Monde' daté du 23 Septembre 2015

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" Le CICE a été le moyen de survivre "
Lancé en 2013 pour créer des emplois en abaissant le coût du travail, le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) est perçu comme un accélérateur d'embauches autant que comme une " rustine " par les entreprises
A la question " le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) vous a-t-il permis d'embaucher ? ", la réponse de Sylvain Forestier est sans appel. " Bien sûr ", répond le patron de La Maison bleue, qui gère des crèches pour les entreprises et les mairies. " Nous avons reçu 1 million d'euros de CICE au titre de 2014, sur un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros. Grâce à cette somme, nous avons ouvert trois ou quatre crèches en plus l'an dernier sur une quinzaine au total, donc embauché davantage : une quinzaine de postes par établissement ", calcule ce patron de 1 800 salariés.

De quoi réjouir le gouvernement. Mis en place début 2013, le CICE, l'une des mesures phares – avec le pacte de responsabilité – de la politique économique de François Hollande, se voulait une main tendue, une preuve de la volonté de l'exécutif de soutenir les entreprises hexagonales.

Mais, surtout, une manière d'endiguer le chômage de masse, en incitant les patrons à créer des emplois alors que la croissance reste poussive. Mardi 22 septembre, le comité de suivi du CICE, animé par France Stratégie (organisme de réflexion lié à Matignon) devait rendre public un rapport sur les effets de ce crédit d'impôt sur la masse salariale, de 4 % au titre de 2013 et de 6 % ensuite. Ciblant les salaires allant jusqu'à 2,5 fois le smic, le CICE vise à abaisser le coût du travail, pour un montant qui devrait atteindre 18,2 milliards au titre de 2014.

Chez Carrefour aussi, on en tire un bilan positif. Le géant de la grande distribution, qui a obtenu 120 millions d'euros de CICE pour 2014, souligne que le dispositif " a permis de créer 4 800 emplois net sur deux ans - à comparer à un total de 43 000 embauches en 2014 - , et d'augmenter les heures travaillées, dans les rayons et aux caisses ".

Calibrage généreux
" C'est clairement une mesure qui a atteint son but ", s'enthousiasme Guillaume Richard, le fondateur d'O2, un prestataire de services d'aide à domicile (ménage, repassage, garde d'enfants…) " J'estime que le CICE a pesé pour environ un quart des 1 200 emplois net que nous créons chaque année. Il nous a aussi permis de former 600 personnes au CAP petite enfance l'an dernier. Enfin, nous avons pu compenser la hausse de la TVA dans notre secteur - passée de 7 % à 10 % au 1er janvier 2014 - et ainsi rester compétitif par rapport au travail au noir ", détaille le patron.

Compétitif : le mot est lâché. " Vendu " par le gouvernement comme un outil pour créer rapidement des emplois – en août 2014, Michel Sapin, le ministre des finances, promettait 150 000 à 300 000 créations d'emploi dans les trois ans grâce à lui – le CICE court, depuis sa naissance, deux lièvres à la fois.

Mis en place dans la foulée du rapport Gallois de novembre 2012, il vise aussi à restaurer la compétitivité du tissu économique français, et notamment de l'industrie, grande perdante face à l'Allemagne depuis une décennie. Il doit permettre aux entreprises d'abaisser leur coût de revient, donc leurs prix, ou d'investir davantage, afin d'être mieux placées dans la course aux parts de marché.

Du coup, le dispositif a été calibré généreusement : jusqu'à 2,5 smic, il touche une population très large, du personnel de caisse des supermarchés aux techniciens qualifiés de la métallurgie. La mesure " concerne environ 85 % des salariés, donc environ 80 % de ceux de l'industrie ", pouvait-on lire à sa création sur le site du ministère de l'économie. Pour de nombreux chefs d'entreprise, le CICE n'a donc pas directement, ou pas encore, contribué à créer de l'emploi.

" Les 220 000 euros de CICE que nous avons reçus pour en 2014 nous ont permis de retrouver un peu de la compétitivité perdue depuis cinq ans par rapport à nos concurrents allemands, espagnols et britanniques, et de reconstituer nos marges. Nous avons créé quelques emplois, mais nous l'aurions fait même sans cette aide, car il s'agissait de cadres ", confirme Hervé Lecesne, PDG de Nactis Flavours, un fabricant d'arômes alimentaires de 250 salariés.

Le constructeur automobile PSA, lui, a " décidé d'affecter comptablement l'intégralité du CICE à la réduction du coût horaire de la main-d'œuvre ouvrière ". Le taux horaire a ainsi été réduit de 1,32 euro. " C'est un élément important qui a permis d'améliorer la compétitivité des sites français, ce qui est essentiel pour l'affectation des nouveaux projets " souligne-t-on dans l'entourage de Carlos Tavares, le PDG du groupe.

" Avec le CICE, nous avons mis en place un service de prototypage de trente personnes. On pense souvent que les aides à l'emploi doivent être ciblées sur les bas salaires, car c'est là que se concentre le chômage, mais c'est une erreur ! Les centres de recherche également sont concernés par les problématiques de coût du travail, car ils sont délocalisables en Chine ou en Inde ", estime Anne-Charlotte Fredenucci, présidente d'Anjou Electronique, une PME familiale du Maine-et-Loire qui fabrique des ensembles câblés, comme les commandes de vol de l'avion de combat français Rafale.

" contreparties "
D'autres sont moins convaincus. " Nous avons reçu 8 millions d'euros au titre du CICE, mais nous avons d'importantes pressions de la part de nos syndicats pour distribuer des contreparties en terme salarial ", explique ce cadre du chimiste belge Solvay.

" Pour moi, cela ne change pas la face du monde. Ce qui me coûte cher, c'est l'achat de matériel, les outils, la location d'entrepôts… pas ma masse salariale ", souligne Michel Meunier, patron de Janus Groupe, une petite société de serrurerie-métallerie de Rieux (Oise), qui emploie 13 salariés. " Le CICE, c'est une rustine : ce n'est pas lui qui va créer de l'emploi, c'est la croissance économique. Les chefs d'entreprise ont besoin de simplification administrative, de moins de prélèvements obligatoires, et surtout de commandes ! ", martèle ce patron, ancien président du Centre des jeunes dirigeants.

Cette rustine, certains l'apprécient tout de même. " Beaucoup de nos adhérents ont des difficultés de trésorerie. Et pour toute une catégorie d'entreprises, le CICE a été tout simplement le moyen de survivre ", observe Pierre Burban, le secrétaire général de l'Union professionnelle artisanale, qui représente les très petites entreprises du bâtiment ou du commerce.

Faut-il en conclure que le CICE a en partie raté son objectif ? Pas si sûr. Car ce sont bien les investissements d'aujourd'hui qui font, dans certains secteurs, les embauches de demain. " Il est difficile d'arriver à démontrer que le CICE a été fléché vers telle ou telle dépense. On investit globalement pour l'entreprise, et l'emploi en fait partie ", conclut Mme Fredenucci.

Audrey Tonnelier, (avec Jean-Baptiste Jacquin)

Rédigé par Philippe NOVIANT

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