Quand l'Etat fait de la politique fiscale à la petite semaine

Publié le 14 Janvier 2016

Quand l'Etat fait de la politique fiscale à la petite semaine

Très franchement, dans ce dossier, l'Etat et les services fiscaux ne nagent-ils pas dans l'incompétence ? Sous prétexte qu'il manque 1 Milliard d'Euros dans les caisses, on décale d'un trimestre une mesure économique importante !

Ce faisant, on détruit la confiance que l'on a eu tant de mal à avoir de la part des forces vives économiques de notre pays !

De qui se moque-t-on ?

Un milliard, ça représente une augmentation de 2cts sur le litre d'essence ! Comme il est historiquement bas, une hausse en la matière pendant un an mettait de l'argent dans les caisses et tout le monde n'y aurait vu que du feu !

De surcroit, on est à 80 Milliards d'Euros de déficit annuel ! Un peu plus, un peu moins, franchement, vu les taux d'intérêts historiquement bas, ça ne valait pas la peine de briser la confiance des entreprises pour si peu !

Mais quand on est nul, ma bonne dame, on est nul ! Merci Hollande, merci Sapin, merci les nuls, on sait que si on a besoin de rien, on peut venir vous voir...

Lamentable et minable...

Un article du journal 'Le Monde' daté du 18 Septembre 2015

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Baisse des charges : les patrons crient à la trahison
Le report d'un trimestre des allégements de cotisations pourrait coûter 10 000 emplois en 2016, selon l'OFCE
Improvisation ", " instabilité ", " non-respect de la parole donnée "… Le décalage de la prochaine tranche d'allégements de charges pour les entreprises, confirmé mercredi 16 septembre par le ministre des finances, Michel Sapin, ne passe pas auprès des patrons.

Initialement prévues pour le 1er janvier 2016, les baisses de cotisations sur les salaires allant de 1,6 à 3,5 smic, qui constituent la seconde tranche du pacte de responsabilité, seront reportées d'un trimestre, au 1er avril, a annoncé l'exécutif. Raison invoquée : la nécessité de financer les nouvelles mesures annoncées ces derniers mois en faveur des entreprises (suramortissement, aide aux TPE pour l'embauche d'apprentis, gel des seuils sociaux…), alors même que l'autre grand volet de la politique gouvernementale de soutien aux entreprises, le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), monte en puissance, générant des dépenses plus élevées que prévu pour Bercy. Au total, un milliard d'euros manque dans les caisses, que le gouvernement a décidé de compenser par ce report d'un trimestre.

" C'est une très mauvaise surprise. Nous avions déjà fait nos budgets d'investissements et de recrutements pour 2016. Nous allons devoir revoir nos calculs ", déplore Bruno Grandjean, le patron de Redex, un fabricant de machines-outils qui emploie 250 salariés sur ses deux sites de Ferrières-en-Gâtinais (Loiret) et de Senonches (Eure-et-Loir). " Le coût pour nous sera d'environ 40 000 euros - pour un chiffre d'affaires de 40 millions d'euros - : cela ne va pas forcément chercher très loin, mais peut représenter plusieurs emplois ", calcule le dirigeant. " Avec ce qui va être reporté, une entreprise peut ajouter un mi-temps à son effectif. Or un arbitrage en matière d'emploi tient parfois à peu de chose… ", souligne Eric Verhaeghe, qui dirige le site Web d'informations sociales Tripalio (sept salariés).

" Les salaires concernés par cet allégement vont de 1 820 euros à 4 000 euros net. Ils concernent environ 40 % des salariés français, mais plus particulièrement ceux de l'industrie et des grandes entreprises, où les salaires sont en moyenne plus élevés que dans le secteur marchand. Or, on sait qu'à ce niveau de salaire, la sensibilité de l'emploi au coût du travail est relativement faible ", nuance Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

" Désastreux " message
A partir d'un certain niveau de qualification et de salaire, que les économistes situent autour de 1,5 smic, le chômage est quasiment inexistant, plaide-t-il. Une baisse du coût du travail n'est donc pas susceptible de le résorber en créant de l'emploi, mais plutôt d'entraîner une hausse des salaires des individus concernés, notamment les cadres. L'OFCE estime néanmoins à 15 000 les emplois qui devraient être créés en 2016 grâce à ces nouvelles baisses de cotisations. Si le gouvernement ne les avait pas reportées d'un trimestre, ce chiffre aurait été de 25 000, selon l'organisme.

Au-delà du poids supplémentaires à supporter sur leurs comptes, c'est l'effet symbolique de l'annonce que dénoncent les chefs d'entreprise. L'offensive de charme du gouvernement en leur direction, qui avait culminé avec les déclarations enflammées du ministre de l'économie, Emmanuel Macron, lors de l'université d'été du Medef fin août (" Vous avez l'amour et vous avez les preuves d'amour "), en prend pour son grade. D'autant que ce revirement intervient au moment où les dirigeants commençaient à accepter la main tendue du gouvernement.

" Nous sommes reconnaissants des efforts faits en faveur du secteur industriel, très exposé - à la concurrence internationale - . Mais le message envoyé par l'Etat cette semaine est désastreux. Une fois de plus, l'entreprise est la variable d'ajustement ", regrette M. Grandjean, de Redex. L'image d'un Etat tellement aux abois financièrement qu'il en est à essayer de gagner un trimestre choque le patronat.

C'est toute la " politique de l'offre " déployée depuis trois ans qui devient sujette à caution. Et l'approche de la campagne présidentielle, propice à toutes les volte-face, n'arrange rien. " Qui nous dit que demain, ce n'est pas le mode de calcul du CICE, ou le montant du suramortissement, qui seront modifiés ? ", s'interroge M. Grandjean. " Moins on voit de stabilité sur le contexte juridique et financier, plus on est enclin à freiner en termes d'investissement et d'emploi ", abonde Alexandre Pham, à la tête du réseau d'agences de recrutement Lynx RH. Un critère d'autant plus important que le moteur économique semble se gripper avec une croissance nulle au deuxième trimestre en France, un ralentissement dans les pays émergents…

" Un coup de canif vient d'être porté au pacte de responsabilité. - … - Sans visibilité sur l'évolution des charges, le risque est grand de voir se prolonger l'attentisme actuel ", a déploré mercredi la CGPME. " On touche à l'un des fondamentaux du “pacte” : la confiance. Or, la confiance, c'est la moitié de la croissance ! ", avait martelé la veille Pierre Gattaz, le président du Medef.

Les patrons mettent enfin en évidence l'illisibilité d'un système où inflation réglementaire et changements de pieds finissent par donner le tournis. " Au 1er janvier 2016, nous devons déjà mettre en place la déclaration sociale nominative, les complémentaires santé obligatoires, le compte pénibilité… Ce report n'est pas cataclysmique, mais il s'ajoute à tout le reste ", soupire M. Verhaeghe. " Au point où nous en sommes, je vais demander à mon directeur financier d'attendre décembre avant de chiffrer précisément les charges 2016. En espérant y voir plus clair ! ", conclut M. Pham.

Audrey Tonnelier

Rédigé par Philippe NOVIANT

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