Quand la Russie continue à faire de la désinformation par voie de presse

Publié le 12 Juillet 2016

Quand la Russie continue à faire de la désinformation par voie de presse

La grande force de la Russie a toujours résidé dans sa faculté de relayer ses mensonges par voie de presse. Une presse aux ordres, incompétente et non indépendante est une arme on ne peut plus efficace dans un pays autocratique comme la Russie.

On en a, encore une fois aujourd'hui, la preuve la plus évidente. Ces faits montrent la plus-value indéniable de notre propre pays en matière de compétence de notre propre presse : le pluralisme d'une presse indépendante est garant de notre démocratie. C'est toute la différence entre un état corrompu comme la Russie et le nôtre...

La Russie a juste à donner de fausses informations pour déstabiliser toute l'Europe et conforter son propre peuple dans son amour de son pays. Il y a, bien évidemment, un énorme mensonge d'état, mais qui est capable de révéler ce mensonge alors que la presse est mise sous le boisseau ?

C'est efficace et ça ne date pas d'aujourd'hui : une presse libre et indépendante viole les libertés individuelles... des dictateurs ;)

Un article du journal 'Le Monde' daté du 12 février 2016

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L'offensive médiatique russe vise l'Europe
Moscou dépeint une Union européenne déstabilisée par les réfugiés et attaque l'Allemagne
Une Europe plongée dans l'insécurité et des dirigeants incapables d'y remédier, quand ils ne mentent pas de façon délibérée à des fins électoralistes. Telle est la vision présentée par les médias publics russes, qui consacrent une bonne partie de leurs informations à la crise migratoire en Europe, mettant en avant, quasi exclusivement, les mouvements d'extrême droite. Depuis les incidents survenus la nuit du Nouvel An à Cologne, durant laquelle de nombreuses femmes ont été agressées par des migrants et des demandeurs d'asile, l'Allemagne est particulièrement visée par cette campagne agressive, mais pas seulement. Tous les pays d'Europe sont concernés.

Alors que des dizaines de milliers de Syriens se pressent de nouveau aux portes de la Turquie pour fuir les bombardements russes dans le nord de leur pays dénoncés par les Occidentaux, Moscou accroît la pression en dépeignant une Europe déstabilisée. L'ensemble des réseaux russes sont mobilisés, chaînes de télévision, agences, sites Internet, ainsi que leurs antennes et bureaux à Londres, Berlin, Paris ou Vienne, pour diffuser, en plusieurs langues, une " version " déformée des événements.

D'Autriche, de Suède ou de Bruxelles, la tonalité des " nouvelles " est toujours la même, et les titres ravageurs. " Vienne : un migrant viole un enfant de dix ans dans une piscine ", " Journaliste belge agressée lors d'un reportage à Cologne ", " L'Autriche ne va pas renvoyer un demandeur d'asile qui a violé une femme de 72 ans ", " Les procureurs suédois ne seront pas obligés de signaler les agressions sexuelles par des réfugiés "…

Le 16 janvier, Perviy Kanal, la première chaîne russe, a consacré dans son journal du soir un long sujet à Lisa F., une jeune Berlinoise de 17 ans d'origine russe " enlevée et violée " par des étrangers. Le reportage démarrait " sur le nouvel ordre qui s'est instauré en Allemagne ", où, " selon des témoignages, les migrants ont commencé à violer des enfants mineurs ". Qu'importe les démentis des enquêteurs allemands et du parquet de Berlin – qui a porté plainte contre le journaliste –, cette version a été soutenue par le ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lui-même. Et loin de faire machine arrière, la chaîne a appelé, mardi, les journalistes allemands à faire preuve de " solidarité " avec leur collègue russe, " le premier à avoir parlé " de cette affaire.

Angela Merkel ciblée
Les agences proches du Kremlin, dédiées notamment à un auditoire étranger, ne sont pas en reste, et ces dernières ciblent en premier lieu la chancelière Angela Merkel, qui aurait perdu tout contrôle de la situation et mènerait le pays au bord du chaos par sa politique irréfléchie. " La crise des réfugiés atteint un tournant ", affirmait Spoutnik mardi, en se faisant l'écho d'une " large opinion publique " selon laquelle la dirigeante allemande ferait preuve d'" impérialisme moral " et tenterait " de faire repentance pour les péchés historiques de l'Allemagne ".

Les rassemblements du mouvement allemand anti-immigration Pegida (" Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident ") sont suivis de près, et ses assertions sur " les mensonges " et " dissimulations " de la police sont copieusement relayées. Ce traitement de choix n'est pas dû qu'à l'actualité. Aux yeux du Kremlin, Mme Merkel est avant tout la chef de file d'une Europe qui s'est opposée à l'annexion de la Crimée, et qui a imposé des sanctions à la Russie en raison du conflit meurtrier dans l'est de l'Ukraine.

" Poutine utilise la crise des réfugiés pour affaiblir Merkel ", écrit Judy Dempsey, analyste à la fondation Carnegie Europe, qui voit une " corrélation directe " entre le soutien du chef du Kremlin à son allié syrien Bachar Al-Assad et la chute de popularité de la chancelière allemande chez elle. " Plus la guerre en Syrie dure, plus elle affaiblit Merkel, et une Merkel affaiblie signifie une Europe elle-même affaiblie et divisée ", affirme Mme Dempsey.

La France n'est pas épargnée. La manifestation du 6 février organisée malgré son interdiction par la microscopique branche française de Pegida, rejointe par le général Christian Piquemal, ancien commandant de la Légion étrangère, et surtout les procès qui ont suivi ont fait l'objet d'un flot ininterrompu " d'informations ". Lundi, l'agence Russia Today a littéralement inondé ses réseaux avec l'" arrestation " du général Piquemal – dont la comparution immédiate devant un tribunal a été ajournée en raison de son état de santé.

" Cette arrestation a suscité une tempête de réactions sur les réseaux sociaux, une grande partie des internautes l'ayant fermement condamnée ", assurait l'agence pro-Kremlin, avant d'afficher, quelques minutes plus tard, " les réactions de responsables politiques de droite scandalisés ".

" Aucune alternative possible "
Les témoignages recueillis et les tweets collectés provenaient en réalité tous de représentants du Front national ou proches de lui – Robert Ménard, Gilbert Collard, Stéphane Ravier –, à l'exception de Thierry Mariani, député des Français de l'étranger, membre du parti Les Républicains et grand ami de la Russie de Vladimir Poutine.

" C'est un thème qui permet d'insister sur l'instabilité du monde, les dangers qu'il y aurait à souhaiter des changements brusques ou davantage de pluralisme et qui provoque l'envie de se fermer, analyse le politologue russe Kirill -Rogov. L'image d'un Occident instable est très importante dans la propagande poutinienne pour deux raisons : démontrer que le gouvernement mène une politique positive et qu'il n'y a aucune alternative possible. "

Les résultats ne se sont d'ailleurs pas fait attendre. Selon un sondage de l'institut Fondation opinion publique publié le 8 février, 59 % des Russes estiment que l'Europe ne devrait plus accepter les réfugiés contre 34 % en septembre 2015, et 75 % pensent que l'afflux de réfugiés peut affecter la Russie.

Isabelle Mandraud

Rédigé par Philippe NOVIANT

Publié dans #Informations

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