Les lycéens ont-ils le droit de bloquer leur lycée ?

Publié le 14 Septembre 2016

Les lycéens ont-ils le droit de bloquer leur lycée ?

La plupart des lycéens n'ont pas 18 ans, ils ne sont donc pas majeurs, in fine, n'ont pas la personnalité juridique.

Dès lors, comment se fait-il qu'on les autorise à bloquer leur lycée ?

De plus, comment se fait-il que, non formés, par définition, ils prennent partie pour ou contre une loi dont ils n'ont aucunement les moyens de comprendre les implications ?

Bref, il y a un manque d'autorité évident dans cette affaire. Ce manque d'autorités vient des profs (trop heureux, tu parles, de faire grève par procuration, c'est à dire sans toucher à leur portefeuille), des responsables des lycées, mais aussi des parents qui oublient un peu trop rapidement qu'ils ont l'entière responsabilité juridique de leurs rejetons frondeurs.

Je m'interroge ouvertement sur ce mouvement qui se bat contre une loi qui est censée résoudre la situation catastrophique dans laquelle est empêtrée la jeunesse depuis des années... Ca fait, oui, des années que le chômage des jeunes bat record sur record et quand une loi veut essayer de modifier cet état de fait, la fameuse 'peur du changement' veut que l'on revienne en arrière alors même que la situation actuelle ne peut être pire.

Le seul intérêt de cette loi est de donner du boulot, en tant qu'attaché parlementaire ou directeur de cabinets, aux responsables étudiants et lycéens... La lutte contre le CPE, en 2006, n'a été bénéfique pour personne hormis pour M. Julliard ;)

Un article du journal 'Le Monde' daté du 09 avril 2016

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Mouvement lycéen mode d'emploi

Contre la " loi travail ", les lycéens se mobilisent hors des syndicats
Drôle de mouvement que cette mobilisation lycéenne contre le projet de loi sur le travail. Spontané, insaisissable, déstructuré, parfois radical. Un mouvement sur lequel personne n'a véritablement prise, pas même les syndicats lycéens qui appellent à une nouvelle journée d'action samedi 9 avril – soit un mois jour pour jour après la première.

Croisés au fil des cortèges, où les banderoles " maison " sont bien plus nombreuses que les drapeaux des syndicats, les lycéens témoignent d'une distance à l'égard de ces derniers, certains même d'une méfiance. " On est indépendants de toute organisation. Les syndicats lycéens, on n'a pas de contact avec eux ", assure Lucien, en terminale au lycée Montaigne, à Paris (6e arrondissement). " On ne veut pas être récupérés, renchérit Mona, en 2de au lycée Sophie-Germain (4e arrondissement). Il y a certainement des adhérents au lycée, mais ils ne sont pas censés nous représenter. On ne veut pas qu'ils décident à notre place. "

Bloquer pour débattre

Dans les lycées, les mobilisations fonctionnent de manière presque autogérée. Souvent à l'initiative d'une poignée d'élèves, capables, en l'espace de quelques jours, de bloquer tout un établissement. A Hélène-Boucher, un des lycées " moteurs " à Paris, dans le 20e arrondissement, ils sont une dizaine à avoir lancé le mouvement – des terminales surtout, renseignés, politisés. " A la rentrée des vacances de février, on a passé une semaine à étudier la loi avant d'organiser une première assemblée générale - AG - . On a d'abord lancé une pétition pour avoir le droit de le faire, car la direction n'était pas très chaude, raconte Fedor, en terminale. Pendant cette première AG, on a passé une demi-heure à expliquer la loi. " Depuis, assemblées et blocages ont lieu toutes les semaines.

Au lycée Adolphe-Chérioux, à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), les professeurs ont été sollicités par des élèves pour " pour parler de cette loi ; on l'a fait en dehors des cours ", raconte Corinne Barre, enseignante de sciences économiques et sociales. En mars, ils étaient quelques élèves à suivre leurs professeurs dans les manifestations. Leur nombre a grossi après l'AG autorisée par la proviseure, lundi 4 avril. " C'est là qu'on a décidé de faire un blocus, raconte Adam, en terminale. On s'est donné rendez-vous à 7 h 30, on a bloqué avec tout ce qu'on a trouvé : Caddie, poubelles, une armoire ramassée dans la rue… " Le blocus a duré deux heures, encadré par des professeurs. " Puis on est passés dans les classes pour expliquer la loi et appeler à se mobiliser. "

C'est bien là la fonction initiale des blocages. L'expression s'est imposée au meilleures des années 2000, avec la contestation de la loi Fillon, puis du contrat première embauche (CPE) : les blocages doivent permettre aux lycéens de se rassembler, de débattre, puis de venir grossir les rangs des manifestants. " Dans les années 1968-1970, on se réunissait entre lycéens, on prenait une salle, on lançait une AG. Ça se faisait dans l'enceinte des lycées, témoigne Robi Morder, juriste spécialiste des mouvements de jeunes. Quand on n'a plus – ou pas toujours – cette possibilité, on se recentre sur les moyens à disposition : bloquer. "

Des blocages plus virulents ? Les rectorats tiennent la liste des " débordements ". Derniers en date : les feux de poubelles et jets de pierres qui, jeudi 7 avril dans cinq lycées des Hauts-de-Seine, ont abouti à une vingtaine d'interpellations. Le SNPDEN-UNSA, syndicat de proviseurs, n'a pas caché son inquiétude face à une " certaine véhémence " qui peut s'exprimer. Le 31 mars, il a d'ailleurs défendu des fermetures préventives de certains lycées.

Si les ressorts de cette mobilisation, ses " figures ", n'émergent pas spontanément, c'est aussi que beaucoup d'étapes se jouent sur Facebook : on y vote les AG, on y donne le calendrier… " Un mouvement n'a pas nécessairement besoin de porte-parole quand chacun, sur les réseaux sociaux, peut se faire entendre ", note Robi Morder. " Chaque lycée mobilisé a sa page Facebook, rapporte Mona, lycéenne à Paris. Il y a des groupes de conversation privés dans chaque établissement, et des groupes interlycées. " C'est comme ça que les établissements parisiens sont entrés en relation avec d'autres à Rennes, Clermont, Bordeaux, Marseille, Lyon, pour tenter de s'organiser en " coordination -nationale ".

C'est aussi comme ça que Catherine Argoud-Daudon, proviseure du lycée Salvador-Allende d'Herouville-Saint-Clair (Calvados), suit l'évolution du blocage de son établissement, prise, dit-elle, " entre le désir de ne pas couper le fil avec les lycéens, une certaine fierté de les voir devenir citoyens, et la crainte que tout le monde se retrouve soumis à une dictature de l'indignation ". Le blocage de ce lycée normand a été voté sur les réseaux sociaux : 70 % des 350 participants l'ont approuvé.

Quelle place, alors, tiennent les organisations dites " représentatives ", FIDL, UNL et SGL, dans le mouvement, elles qui n'appellent pas aux blocages ? " Les lycéens nous contactent, on leur apporte une assistance sur le fond et la forme ", explique Pierre Monquet, du SGL.

" Les lycéens, c'est comme le dentifrice : une fois sortis du tube, on ne sait pas comment les faire rentrer " : la métaphore, attribuée au ministère de l'éducation, a beau être usée jusqu'à la corde, elle reste d'actualité.

Mattea Battaglia et Aurélie Collas

L'arithmétique des blocages
Combien de lycées bloqués ? A la veille de chacune des cinq principales journées d'action contre la " loi travail ", la question s'est posée sans que personne, ni au ministère de l'éducation ni parmi les syndicats lycéens, ne puisse avancer de prévisions. La surprise est venue d'un recensement consensuel, le premier jour, avec une petite centaine de lycées bloqués le 9 mars, sur 2 500 au total dans le public. Puis, les calculs ont divergé : de source ministérielle, 115 étaient bloqués le 17 mars, 57 le 24 mars, 176 le 31 mars et 34 le 5 avril. Les lycéens en ont, eux, presque systématiquement recensé de 150 à 250.

Rédigé par Philippe NOVIANT

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