M. Laurent Wauquiez défend-il l'intérêt général par sa brutalité ?

Publié le 10 Octobre 2016

M. Laurent Wauquiez défend-il l'intérêt général par sa brutalité ?

Je suis partisan de toutes les méthodes quand il s'agit de défendre l'intérêt général... Je crois que la brutalité, la véhémence sont nécessaires quand la diplomatie et la politesse ont révélé leurs limites.

Mais M. Laurent Wauquiez défend-il l'intérêt général par ses méthodes ou juste une ambition personnelle servie par son populisme ?

On est en droit de se poser la question...

La défense de l'intérêt général ne peut être réalisée si toutes les opinions ne peuvent être faites. La liberté d'expression est une des pierres angulaires de notre démocratie, elle ne peut être limitée, ce, à aucun prix et quelles qu'en soient les raisons ! M. Laurent Wauquiez est donc dans une faute politique majeure en empêchant les membres de l'opposition de parler !

En attendant, depuis son arrivée, pas un seul comité de ligne sur les transports TER n'a été organisé : M. Laurent Wauquiez en aurait-il rien à faire des problèmes quotidiens des voyageurs dans les trains ?

Sa politique est faite de précipitation non concertée, de populisme uniquement destinés à servir une ambition démesurée par rapport à ses compétences réelles : celles de servir l'intérêt général...

Nous n'avons pas choisi la bonne personne à la tête de cette région car elle est plus obnubilée par ses intérêts propres que ceux de ses concitoyens...

Un article du journal 'Le Monde' daté du 26 avril 2016

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Wauquiez, la méthode-choc en guise de rupture
Le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes multiplie les annonces, quitte à réduire le temps du débat
La véhémence avec laquelle ce dernier a fustigé l'attitude des élus absents illustre le climat d'extrême tension régnant entre M. Wauquiez et ses adversaires depuis son accession à la tête de la collectivité, le 4 janvier.

Depuis près de quatre mois, le style de l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy irrite les élus de l'opposition. Du PS aux écologistes, en passant par le FN, tous décrivent un homme autoritaire, méprisant, qui coupe la parole et limite au maximum le champ d'expression de ceux qui ne font pas partie de sa majorité LR-UDI-MoDem. " On était prêt à travailler en bonne intelligence avec lui mais nos relations sont déjà catastrophiques, déplore le chef de file du FN dans la région, Christophe Boudot. C'est une question de ton et de personnalité. Il ne peut pas s'empêcher d'avoir un mot de mépris pour l'opposition. "

Ce dernier va même jusqu'à " regretter " la façon dont son prédécesseur, le socialiste Jean-Jack Queyranne, gérait l'Assemblée régionale : " Malgré nos désaccords, il était toujours cordial et laisser tous les groupes d'opposition s'exprimer lors des assemblées plénières. " Pas Laurent Wauquiez. " Il a un fonctionnement autocratique. Il veut être le seul décisionnaire sur tous les sujets, en considérant que l'opposition n'a pas son mot à dire ", peste à son tour le président du groupe PS, Jean-François Debat, alors que le chef de file des écologistes, Jean-Charles Kohlhaas, le brocarde en " monarque napoléonien ", qui " décide seul ". " Laurent Wauquiez est très directif et n'admet pas qu'un engagement pris ne soit pas mis en œuvre ", convient Etienne Blanc, premier vice-président de la région, chargé des finances. " C'est un type très intelligent et très rapide, qui va à l'essentiel et rend les débats plus concis, le défend Patrick Mignola, vice- président MoDem, chargé des transports. L'opposition a tort de l'interpréter comme de la brutalité, car c'est seulement un changement de méthode. "

300 millions d'économies

A 41 ans, cet homme pressé a immédiatement cherché à marquer une " rupture " – un mot sarkozyste qu'il répète inlassablement – avec la gestion de M. Queyranne. Un vrai bulldozer. Pour incarner le changement, il a affiché sa volonté de réaliser plus de 300 millions d'économies sur les dépenses de fonctionnement à l'issue de son mandat – quitte à mettre la collectivité " à la diète " – afin de disposer de davantage de moyens financiers pour investir dans des projets, sans être contraint d'augmenter les impôts.

Mais pour l'instant, celui qui se donnait cent jours pour dessiner une nouvelle région a surtout multiplié les mesures symboliques et les formules-chocs. Laurent Wauquiez a notamment joué sur la fibre populiste, en laissant entendre que les élus ne seraient pas tous exemplaires. " Il faut revenir à quelque chose qui soit intègre et honnête ", a-t-il déclaré fin janvier, en médiatisant à outrance sa décision de baisser de 10 % les indemnités des conseillers régionaux, la suppression des téléphones portables pour tous les élus ou la vente de cinquante voitures du parc de la collectivité…

Car la communication est un -pilier essentiel de la méthode de gouvernement du vice-président délégué des Républicains (LR). Chaque jour, ou presque, ce grand ambitieux présente une nouvelle mesure dans la presse locale pour donner l'impression que son arrivée aux manettes est synonyme de " vrai changement ". L'opposition l'accuse de se laisser aller à des effets d'annonce permanents, sans être assurée de la mise en œuvre concrète des mesures promises. Le 7 avril, le député de -Haute-Loire a par exemple annoncé en fanfare que des bourses au mérite seraient attribuées aux bacheliers, sans délibération du conseil régional et sans avoir prévu cette dépense au budget.

Un mois plus tôt, il avait déjà indiqué que la région allait investir 100 millions d'euros dans la construction d'une autoroute entre Lyon et Saint-Etienne, sans s'accorder avec les autres élus concernés. Lesquels ont vu rouge et l'ont contraint à reporter ce projet. Le 30 mars, il a promis " 100 millions d'euros de plus pour la formation ". Trois jours après, aucune trace de ce choix stratégique dans le budget… " Il fait de la communication mensongère ! ", s'étrangle M. Debat.

Le jeune loup va si vite que, parfois, ses vice-présidents ne sont même pas au courant de ses décisions… dans leurs propres domaines de compétence. C'est ainsi que le 6 avril, M. Wauquiez a tenu une conférence de presse sur la question des lycées, sans même avoir convié sa vice-présidente en charge de cette thématique. " Il va trop vite, tranche M. Kohlhaas. Une collectivité de 8 millions d'habitants, avec 9 000 agents, ça ne se change pas en cent jours ! "" Sous couvert de moderniser le fonctionnement de l'institution, il la maltraite ", en a conclu M. Queyranne dans une tribune au Monde, publiée le 6 avril.

L'équipe du président de région assume ce tempo effréné. " Laurent Wauquiez est un vrai patron. Il veut accélérer la mise en œuvre de notre programme, car la mandature ne dure que six ans et on profite que l'opposition ne soit pas encore en ordre de marche ", confie M. Blanc. M. Mignola relativise à son tour les critiques contre M. Wauquiez : " L'opposition s'attaque à son style car elle peut difficilement remettre en cause le cœur de sa politique, qui consiste à diminuer les dépenses de fonctionnement pour augmenter celles d'investissement. "

Reste que l'ex-ministre de M. Sarkozy – qui n'a pas souhaité répondre aux sollicitations du Monde – a lui-même fait les frais de son empressement, en enregistrant une déconvenue sur la mesure phare de sa campagne. Après les attentats du 13 novembre, il avait promis la mise en place de portiques de sécurité à l'entrée des lycées de sa région mais son idée s'est heurtée au principe de réalité et à la résistance de proviseurs et de parents. Résultat : au lieu des 600 portiques prévus, seule une poignée devrait finalement être installée.

En outre, l'opposition l'accuse de " clientélisme ", en pointant une subvention de 300 000 euros octroyée par la région pour un projet de mise en lumière des -monuments du Puy-en-Velay, la commune qu'il a dirigée de 2008 à 2016, ou une autre de 50 000 euros pour l'UNI, un syndicat étudiant marqué très à droite. Soit le créneau occupé par Patrick Buisson, l'ex-conseiller de M. Sarkozy venu de l'extrême droite, que M. Wauquiez continue de rencontrer. De quoi alimenter l'idée que M. Wauquiez veut faire de ce territoire une machine de guerre au service de ses ambitions nationales. Le recrutement à la région de deux piliers du siège parisien de LR – dont Ange Sitbon, spécialiste de la carte électorale – au nez et à la barbe de M. Sarkozy, n'en est qu'une illustration.

Alexandre Lemarié avec Richard Schittly (à Lyon)

Rédigé par Philippe NOVIANT

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