Quand l'incompétence de nos anciens ministres est démontrée par leur interview

Publié le 26 Octobre 2016

Quand l'incompétence de nos anciens ministres est démontrée par leur interview

Je suis frappé de l'incompétence généralisée de tous ces ex-ministres qui nous ont gouvernés récemment...

Et si c'était cela la cause du déclin de la France ?
Et si ce déclin était motivé par un manque total de connaissances de ces ministres ?
Et si ce déclin était dû à la totale déconnexion d'avec la réalité de ces personnes qui ont prétendu gouverner le pays ?

Je reprendrai leur propos et démontrerai que leur travail n'a pas été au niveau de celui exigé pour diriger un pays comme le nôtre...

1. " Ce qu'on paie aujourd'hui, c'est ni plus ni moins quinze ans d'absence de réflexion idéologique au sens noble du terme, estime ainsi Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la famille de mai 2012 à mars 2014 : il n'y a rien de plus faux... Ce n'est pas l'idéologie qui doit être au coeur d'une action, mais le pragmatisme... Le pragmatisme doit dominer en ce sens qu'une politique ne peut être que la somme d'actions équilibrées... Le manque idéologique n'est pas la cause de l'échec, c'est cette volonté d'aller vers une idéologie de gauche ou de droite qui l'est, car on oublie le citoyen pour se fier uniquement à ses idées...

2. "Or, pendant la campagne présidentielle, on n'en a pas tiré toutes les conséquences ; on n'a pas -intégré la réflexion de Blum sur l'articulation entre conquête et exercice du pouvoir.". On laisse entendre que l'échec est dû au fait qu'on n'ait pas lu Blum et que l'on n'ait pas suffisamment dit que l'on assume l'économie de marché. Mais que veut dire "assumer l'économie de marché " ? Ca ne veut rien dire du tout, hormis le fait que l'on s'enferme encore et toujours dans une idéologie économique néfaste à tous ! De nouveau, Mme Nicole Bricq est totalement hors sujet !

3. M. Benoit Hamon s'est aussi laissé enfermé dans ses attributions car le programme de M. François Hollande ne mentionnait pas la manière de faire de l'économie sociale et solidaire... Et alors ? Il n'avait qu'à prendre ses dossiers et les traiter ! Il lui faut un texte pour qu'il puisse le traiter ? Il n'y a pas suffisamment de problèmes en France ? Ca ne lui serait pas venu à l'idée de faire un tour de France pour poser la question aux Français pour savoir de quoi ils manquaient ? C'est sûr que c'est très difficile de travailler pour l'intérêt général quand on reste enfermé dans son ministère et que l'on oublie le peuple !

4. M. Thierry Repentin regrette d'avoir eu à s'occuper de formation professionnelle à la place du logement. Et alors ? Il n'y a rien à faire en formation professionnelle ? Tous les acteurs économiques disent que la France a un vrai retard en la matière et M. Thierry Repentin s'apitoie sur son sort ? Si il faut deux ou trois mois pour s'accaparer un dossier, qu'il les prenne ! Personne ne lui a demandé d'ouvrir sa bouche sans maîtriser son dossier ! Qu'il travaille en silence mais qu'il travaille ! Franchement, je ne vois pas où réside le problème quand il s'agit de travailler des nouveaux dossiers... On les prend et on les traite et s'il faut du temps pour les maitriser, qu'on prenne ce temps car on a 5 ans pour produire des résultats... Après, je rejoins sa façon de voir sur sa perte de fonctions au bout de 9 mois... Quand on est nommé ministre, il faut le temps pour gérer les dossiers. La faute politique en revient donc à M. François Hollande concernant son changement d'affectation. Après, concernant le fait que l'administration prenne ses marques par rapport aux politiques, il faut savoir taper du poing sur la table en montrant qui est le patron...

5. Mme Marylise Lebranchu prend les gens pour des imbéciles ! Tous les Français savent que la France est dans une mouise noire en matière économique ! Le pourcentage de son endettement représente près de 97% de son PIB ! Tout le monde sait ça et Mme Marylise Lebranchu déplore que l'on ne l'ait pas dit aux Français ? Les Français n'ont pas accepté la hausse d'impôt non pas parce qu'ils ne connaissaient pas la situation mais parce que la situation a été faite par des politiques qui sortent des mêmes écoles et ont eu la même formation ! A quoi sert d'avoir des gens qui font tant d'études s'ils ne savent pas gérer un budget et qu'ils ne savent que demander du fric aux Français suite à leur décisions désastreuses ? Là aussi, Mme Marylise Lebranchu a une bien mauvaise analyse de la situation !

6. Pareil pour Mme Nicole Bricq : expliquer ne sert à rien ! Il faut engager des réformes ! A la limite, on peut expliquer que des réformes économiques de grande ampleur sont nécessaires : il faut faire en sorte que les patrons embauchent et, pour cela, freiner leur charge et fournir du personnel qualifié... Pour faciliter l'embauche, il faut écouter les patrons : il faut rendre les coûts salariaux moins importants à la fois en réduisant fortement les charges et à la fois en gagnant sur les temps de formation des salariés... S'il doit y avoir une explication à fournir aux Français, ça doit être celle-là et elle doit obligatoirement avoir lieu en début de mandat car ce genre de décisions économiques commencent à porter leur fruit au bout de 2 ans au minimum...

7. Hors sujet complet aussi concernant Mme Michèle Delaunay : la priorité des réformes ce n'était pas la réforme des régions... Il fallait faire des réformes pour la lutte contre le chômage : c'était cela la priorité !

8. Mme Marylise Lebranchu n'avait pas forcément tort d'insister sur le fait de parler d'Europe et du monde pour expliquer que notre pays était dans une obligation de bouger dans un contexte de mondialisation à la concurrence économique exacerbée... Las, l'incompétence de notre président qui lui aurait répondu "ça n'intéresse personne" est prouvée : on ne donne pas un discours pour intéresser mais pour informer ! C'est aussi par cette conception surannée de la politique que nos dirigeants faillissent !

9. Mme Nicole Bricq a plutôt raison de fustiger la présence de deux têtes pensantes à l'économie. Néanmoins son analyse n'est pas complète : c'est parce que ces deux têtes ont une vision idéologique opposée en matière économique que l'échec est présent ! Ce n'est pas la présence des deux têtes qui est néfaste, mais bel et bien le fait que ces deux têtes ne fonctionnent pas de manière pragmatique, qui a immobilisé notre pays en matière économique ! Le simple fait que M. Arnaud Montebourg aille faire des études d'économie à la sortie de ses fonctions est la preuve de la pertinence de ces propos ! Quand on recrute des incompétents, rien d'étonnant à ce que notre pays ne progresse pas !

10. Mme Marylise Lebranchu oublie aussi joyeusement que son budget ne lui appartient pas. La politique est réalisée dans l'intérêt général et s'il faut plus de moyens dans un ministère que dans un autre, tout le monde doit l'accepter et doit savoir jouer collectif. Mme Aurélie Filippetti et M. Frédéric Cuvillier ont donc tort de critiquer le système bicéphale de l'exécutif. Ce n'est pas lui qui est en cause mais uniquement le fait que les ministres veuillent jouer perso en voulant faire croire que ce sont eux qui dépensent alors qu'ils ne que gérer l'argent public !

11. Même hors sujet idéologique pour M. Dominique Bertinotti et Mme Christiane Taubira : les sujets de société doivent être gérés par les Français eux-mêmes et non pas par une idéologie fondée sur telle ou telle valeur. Dans le cadre du "mariage pour tous", un référendum aurait du avoir lieu car seul celui-ci est garant de la pérennité du "vivre-ensemble". En ce sens, les valeurs idéologiques "gauche" contre "droite" sont purement et simplement dépassées...

12. Mme Aurélie Filippetti pointe une trahison sur les engagements de l'exécutif. Ce n'est qu'en partie vrai, car on oublie que la politique consiste d'abord à gérer des situations actuelles. Ainsi, le programme doit devenir accessoire : on doit plus s'attacher au monde de gouvernance que de savoir si on va faire telle ou telle action. En politique comme en toutes choses, la réalité d'aujourd'hui n'est pas nécessairement celle de demain. Il faut donc savoir sortir de cette logique du "Père-Noël" qui nous enferme dans une sorte de liste de cadeaux et où la prime va à celui qui promet le plus. La politique Française vaut plus que de simples souhaits couchés sur le papier où le populisme et la démagogie priment sur une saine gestion de notre pays. Là aussi, la posture idéologique néfaste à la gestion de notre pays est patente...

13. M. Benoit Hamon, M. François Lamy et Mme Michèle Delaunay, en parlant de valeurs de gauche, en reviennent à l'idéologie qui mine encore et toujours l'action politique.

Pour toutes ces raisons, notre gouvernement a été et reste foncièrement mauvais car lourdement incompétent. Il est juste dommage que ces anciens ministres n'aient pas progressé lors de leur passage à ces hontes fonctions...

Un article du journal 'Le Monde' daté du 21 mai 2016

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Fin de règne

Politique Dix anciens ministres dressent, à un an de la fin du quinquennat, un bilan sans pitié du mandat de François Hollande
Il n'y a pas si longtemps, quand ils recevaient la presse dans leur -ministère et consentaient à s'épancher, c'était toujours à une condition : que leurs doutes, leurs états d'âme, leurs frustrations ou leurs agacements ne se voient pas -relatés, le lendemain, dans les -colonnes des journaux. " Ce que je vous dis là est évidemment off " : tel était le prix, à l'époque, de leurs confidences.

Depuis, ils ont quitté le gouvernement, et c'est à la buvette de l'Assemblée ou du Sénat, dans leur bureau de parlementaire ou au -bistro qu'ils donnent désormais rendez-vous. Et ce qui frappe, d'emblée, c'est la liberté de parole qu'ils ont retrouvée pour répondre à une question qu'ils n'imaginaient pas devoir se poser, il y a quatre ans presque jour pour jour, le 16 mai 2012, lors de leur entrée au premier gouvernement de François -Hollande : " Comment en est-on arrivé là ? " Autrement dit, comment expliquent-ils, -quatre ans plus tard, que le président de la -République -n'apparaisse même pas en -mesure de se -qualifier pour le second tour de la prochaine élection présidentielle, que le Parti -socialiste soit en miettes, et que la -défiance de l'électorat de gauche à l'égard du gouvernement -atteigne des records ?

A écouter ces ex-ministres qui, à la différence de leurs anciennes collègues Cécile Duflot, -Delphine Batho ou Christiane Taubira, n'ont pas (encore) consacré de livre à leur passage au gouvernement, le malentendu date bien d'avant 2012. " Ce qu'on paie aujourd'hui, c'est ni plus ni moins quinze ans d'absence de réflexion idéologique au sens noble du terme, estime ainsi Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la famille de mai 2012 à mars 2014. Il y a dix ans, quand Ségolène Royal a essayé de réinventer quelque chose autour de “l'ordre juste” et de la “démocratie participative”, toute la direction du PS l'a moquée. Après sa défaite, en 2007, on a mis le couvercle sur toutes les idées nouvelles, on est revenu à un discours très traditionnel et au fond très paresseux. On a pris collectivement des années de retard sur l'évolution de la société ", ajoute l'ancienne maire socialiste du 4e arrondissement de Paris, aujourd'hui membre du Conseil d'Etat.

Chargée de l'écologie, puis du commerce -extérieur, sous Jean-Marc Ayrault, Nicole Bricq porte elle aussi un regard fort critique sur la longue cure d'opposition traversée par le PS après la défaite de Lionel Jospin à la présidentielle de 2002. " Nous, socialistes, devons -reconnaître que nous n'avons pas assez travaillé avant 2012. Regardez la déclaration de principes que le PS a publiée en 2008 : pour la première fois, il est dit très clairement que nous assumons l'économie de marché. Or, pendant la campagne présidentielle, on n'en a pas tiré toutes les conséquences ; on n'a pas -intégré la réflexion de Blum sur l'articulation entre conquête et exercice du pouvoir. Si tout avait été clair au moment de l'élection, les frondeurs n'auraient pas existé, et ça nous aurait évité tout un tas de problèmes -depuis quatre ans ", explique cette proche de Pierre Moscovici, redevenue sénatrice de Seine-et-Marne depuis sa sortie du gouvernement, en mars 2014.

Rétrospectivement, beaucoup sont convaincus que ce manque de préparation à l'exercice du pouvoir a lourdement pesé sur les débuts du quinquennat, marqué par un procès -précoce en amateurisme. A les écouter, cela a joué à plusieurs niveaux. Celui des compétences, d'abord. Certains le reconnaissent aujourd'hui : au moment de leur entrée au gouvernement, ils étaient peu armés pour les dossiers qui leur furent confiés. C'est le cas de Benoît Hamon. " En 2012, on me charge de l'économie sociale et solidaire et de la consommation. Or, en tout et pour tout, c'était trois -lignes dans le programme de François -Hollande. Bref, je me retrouve sans feuille de route précise et avec une besace, au départ, très légère. Sauf dans certains domaines, comme l'éducation nationale, où on avait vraiment bossé sur des idées précises, tout ou presque était à inventer ", admet aujourd'hui le -député des Yvelines.

Thierry Repentin garde, lui aussi, un souvenir compliqué de ses débuts au gouvernement. Contrairement à d'autres, il avait, avant 2012, un vrai champ d'expertise, en l'occurrence celui du logement, secteur dont il était responsable dans l'équipe de campagne de François Hollande après avoir été, pendant quatre ans, président de l'Union sociale pour l'habitat. Pourtant, lors de la constitution du premier gouvernement de Jean-Marc Ayrault, pour des raisons d'équilibre politique, le portefeuille lui échappe au profit de l'écologiste Cécile Duflot. Et c'est finalement la formation professionnelle qu'il récupère, un mois plus tard, après les élections -législatives de juin 2012. " J'avais travaillé pendant des mois sur la politique du logement, et je me retrouve du jour au lendemain chargé d'un autre dossier d'une très grande complexité. Forcément, dans ce genre de situation, même en bossant nuit et jour, il vous faut au moins deux ou trois mois pour commencer à maîtriser le sujet ", raconte l'ancien sénateur de Savoie, pour qui ces premiers mois ont été d'autant plus difficiles que l'appareil du PS était à l'époque défaillant. " Dans cette première période, le PS était totalement absent pour accompagner le gouvernement auprès de l'opinion. Ça a mis les ministres seuls face à l'opinion, les obligeant à monter en première ligne sur tout un tas de sujets sur lesquels ils n'étaient pas censés intervenir. "

Erreurs dans la dramaturgie

Pour Thierry Repentin, l'histoire ne s'arrête pas là. En mars 2013, neuf mois après avoir -décroché son premier maroquin, le départ de Jérôme Cahuzac le propulse aux affaires européennes, où il doit remplacer au pied levé Bernard Cazeneuve, lui-même nommé à Bercy pour succéder au ministre délégué au budget débarqué pour cause d'évasion fiscale. " J'étais en pleine réunion de cabinet sur -la finalisation de la réforme de la formation professionnelle et de l'apprentissage quand on m'a appelé pour me demander de bouger. J'ai tout laissé en plan, et j'ai atterri aux affaires européennes avec une nouvelle fois des dossiers hypertechniques à récupérer, sur les OGM, le traité de libre-échange transatlantique, etc. Une fois de plus, je suis reparti de zéro, avec des réseaux à constituer et une administration à découvrir. "

L'expérience durera cette fois un an : au lendemain de la débâcle socialiste aux municipales de mars 2014, Thierry Repentin doit laisser la place à Harlem Désir, exfiltré de la direction du PS, et recasé aux affaires européennes. Aujourd'hui moins exposé mais plus à l'aise dans ses petits bureaux de délégué interministériel à la mixité sociale dans l'habitat, poste qu'il occupe depuis avril 2015, l'ancien sénateur le reconnaît volontiers : " C'est très difficile, quand vous êtes ministre dans ces -conditions, de réformer en profondeur. Si vous n'êtes de passage que pour quelques mois et que vous n'avez pas, en arrivant, une bonne connaissance de -votre sujet, l'administration prend très vite le dessus et, comme ministre, vous ne faites au fond que courir après un monde qui change. "

Comme au théâtre, si le casting est essentiel, la dramaturgie l'est tout autant. Or, sur ce point aussi, plusieurs anciens ministres -reconnaissent aujourd'hui des erreurs dont ils considèrent, avec le recul, qu'elles jouèrent un rôle central dans le fossé qui se creusa, dès les premiers mois, entre le gouvernement et les Français. Première de ces erreurs : ne pas avoir, d'emblée, dit la " vérité " sur la situation du pays. " La décision prise en juillet 2012 de ne pas nous appuyer sur le rapport extrêmement sombre publié à l'époque par la Cour des comptes continue de nous coûter très cher quatre ans après ", estime ainsi Marylise Lebranchu.

Comme d'autres, l'ancienne ministre de la -décentralisation, de la fonction publique et de la réforme de l'Etat, débarquée du gouvernement lors du dernier remaniement, en février, se dit aujourd'hui " étonnée " par un tel choix, lequel fut d'ailleurs plus celui de François -Hollande que de Jean-Marc Ayrault. " Il ne s'agissait pas de dramatiser car la situation était en soi dramatique. Il suffisait de dire la -vérité de façon quelque peu solennelle, à savoir que, vu l'état des comptes publics, on ne pouvait rien faire sans augmenter les impôts. Si on avait joué cartes sur table, les Français auraient -accepté les hausses d'impôts. C'est comme dans une -famille : quand on est à découvert, on comprend qu'il faut se serrer la ceinture. A la place, on n'a ni expliqué la société dans laquelle on se trouvait ni parlé de la société à laquelle on -rêvait. Du coup, personne n'a vraiment compris pourquoi nous avons fait tel ou tel choix. "

Pour Nicole Bricq, là réside également l'erreur originelle du quinquennat. Comme -Marylise Lebranchu et bien d'autres, la sénatrice de Seine-et-Marne regrette l'absence de " discours fondateur " au début du quinquennat. " Les Français n'aiment pas qu'on leur -raconte des histoires, mais ils veulent qu'on leur raconte une histoire. Or, ce récit du quinquennat, qui aurait dû partir de la situation de la France telle que nous l'avons trouvée, n'a été fait ni par François Hollande, qui n'est pas un théoricien, ni par Jean-Marc Ayrault, qui n'est pas un communicant. Du coup, à la place de ce récit fondateur, qu'avons-nous retenu du premier été ? L'image d'un président se voulant -ordinaire et partant en vacances avec sa valise à roulettes. Bref, quelque chose qui ne collait pas avec la situation extrêmement difficile dans laquelle était la France à l'époque. Or, c'est dommage, car quand vous regardez rétrospectivement les choses, il y a une cohérence dans la politique qui a été menée. Seulement, il aurait fallu l'expliciter… "

A écouter d'autres anciens ministres, une deuxième erreur, en termes de pure dramaturgie politique, aurait plombé les débuts du -quinquennat. Celle-ci concerne l'agenda des -réformes, un agenda que l'ancienne ministre déléguée aux personnes âgées, Michèle Delaunay, n'hésite pas aujourd'hui à qualifier de -" catastrophique ". Elle aussi estime qu'il aurait fallu, en début de mandat, " un vrai discours d'appel à l'effort national à la Mendès France ". Mais elle va plus loin : " Il aurait fallu prendre au tout -début quatre ou cinq décisions à la fois -ambitieuses et simples à comprendre, par exemple dire d'emblée qu'on allait créer dix grandes régions sur le modèle des Länder allemands. Or, à la place, qu'a-t-on fait ? D'un côté, en matière de lutte contre la pauvreté, on a saupoudré des milliards à droite et à gauche, au lieu de les -concentrer sur une mesure forte qui change la vie quotidienne, et, de l'autre, on a parlé pendant des mois de réformes, comme le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi - CICE - , dont le nom et le fonctionnement étaient totalement -incompréhensibles pour la plupart des gens. "

" Des réunions de comptables "

Ministre délégué puis secrétaire d'Etat chargé des transports de 2012 à 2014, Frédéric -Cuvillier est du même avis : " En réalité, on a fait énormément de choses, mais on a oublié de les hiérarchiser et de montrer l'impact qu'elles allaient avoir dans la vie quotidienne de nos concitoyens. " Marylise Lebranchu va dans le même sens : " Le problème du vocabulaire est essentiel : on a dit à longueur de discours qu'on était désormais pour la “politique de l'offre”. Mais une telle expression ne dit rien à personne. Inversement, il y a des sujets dont on a refusé de parler. Beaucoup, comme moi, ont pendant des mois poussé le président de la -République à parler de l'Europe et du monde, afin d'expliquer nos choix, notamment en -matière de politique économique, dans le -contexte de la mondialisation. Il nous répondait : “Ça n'intéresse personne.” "

La politique économique. Sur ce point, la -plupart reconnaissent aujourd'hui que les -débuts furent difficilement compréhensibles. " A Bercy, tout le monde a vu qu'il y avait deux -lignes politiques : Montebourg était le ministre de la démondialisation, et Moscovici et moi, nous étions les ministres de la mondialisation, résume aujourd'hui Nicole Bricq. Selon l'étage auquel on se trouvait, on entendait une chose et son contraire. " Fleur Pellerin, elle--même à Bercy de 2012 à 2014, garde également un souvenir particulier de ses années de ministre -déléguée chargée des PME, de l'innovation et de l'économie numérique : " Les acteurs économiques ont besoin de clarté et de visibilité, ce qui est difficilement compatible avec le fait d'avoir à Bercy des gens qui ont une vision totalement opposée de l'économie. On ne peut pas avoir un social-libéral aux finances comme Moscovici et un colbertiste opposé à la mondialisation à l'économie. Les gens n'ont rien compris. Comment voulez-vous, ensuite, qu'ils nous fassent confiance ? "

Pourquoi cette " politique des deux fers au feu ", pour reprendre l'expression de François Lamy, ministre délégué à la ville de 2012 à 2014 ? Son analyse rejoint celle de la plupart de ses ex-collègues : ce manque de -cohérence dans l'action du gouvernement à ses débuts serait lié à la fois aux conséquences de la primaire socialiste de 2011, au choix de Jean-Marc Ayrault comme premier ministre et à la façon même dont s'est organisée la gouvernance dans les premiers mois du quinquennat. " Face à une personnalité forte comme Montebourg, qui se sentait protégé par son score à la primaire, -Ayrault a très vite souffert d'un manque de poids politique, et ça s'est ressenti dans les arbitrages, explique le député de l'Essonne, proche de Martine Aubry. Il faut ajouter à cela la personnalité du président de la République, dont il est souvent difficile de -savoir ce qu'il pense réellement et qui sème -volontiers le doute sur ses -intentions, ce qui complique les choses. "

Plusieurs anciens ministres voient aussi le manque d'esprit collectif au sein du gouvernement comme une source essentielle des problèmes rencontrés depuis 2012. " Dès le début, ce qui m'a frappé, c'est l'absence de -ciment politique dans l'équipe, raconte Benoît Hamon. Chacun y allait avec ses notes, on parlait les uns après les autres, on ne s'interpellait pas, on ne discutait pas. Chacun était dans son couloir de nage, sans aucun sens de la collégialité. Avec un tel fonctionnement, quand on vous assène à longueur de journée le même discours sur les déficits publics en vous expliquant à coups de graphiques qu'on ne peut rien faire, eh bien, on clôt le débat avant même qu'il n'ait lieu. C'est la -tyrannie du PowerPoint qui tue l'action politique. "

Marylise Lebranchu, avec d'autres mots, ne dit pas autre chose quand elle compare sa dernière expérience de ministre aux précédentes, secrétaire d'Etat au PME, de 1997 à 2000, puis garde des sceaux, de 2000 à 2002, pendant la cohabitation. " Je me souviens de nos réunions, le samedi matin, au début du quinquennat, sur la stratégie de dépense publique : c'était des réunions de comptables, on n'était que dans l'obsession de dépenser moins. Du coup chacun se faisait tout petit en se -disant : “Pourvu qu'on ne me sucre pas 1 milliard par-ci ou 2 milliards par-là.” Ce genre de situation ne peut pas créer du collectif. C'était très différent sous Jospin : on discutait, on s'engueulait, mais au final, on faisait tous bloc -derrière le premier ministre. "

" Impuissance volontaire "

Dans un tel contexte de pénurie budgétaire, plusieurs anciens ministres estiment que la structure même des institutions a aggravé la -situation. Chargée de la culture de 2012 à 2014, Aurélie Filippetti décrit ainsi les choses : " Pour négocier son budget, le ministre de la culture, qui est par définition vu comme un ministre -dépensier, essaie de sauver les meubles en allant voir le premier ministre ou le président de la -République. Il peut arriver qu'on -contourne l'un pour obtenir un bon arbitrage de l'autre. En réalité, ce système dyarchique est -absurde, parce qu'il crée forcément des rivalités et des tensions entre Matignon et l'Elysée. " -Frédéric Cuvillier, redevenu député du Pas-de-Calais et maire de Boulogne-sur-Mer après deux ans passés au gouvernement, en vient aujourd'hui à la même -conclusion : " Le bicéphalisme de l'exécutif pose un vrai problème. Soit il faut supprimer le premier ministre, soit il faut affaiblir le président de la -République, mais on ne peut pas continuer dans cet entre-deux ", estime-t-il. Pour l'ancien ministre des transports, cette " clarification " est d'autant plus nécessaire que le passage au quinquennat a raccourci le temps dont dispose l'exécutif pour mener à bien son agenda de -réformes. " La France est un pays -extrêmement difficile à réformer en raison de pesanteurs et de conservatismes en tout genre. On l'a vu avec la réforme territoriale. Il faut donc de la clarté dans les institutions ", estime-t-il.

Chargée, aux côtés de Christiane Taubira, de la mise en œuvre du mariage pour tous, -Dominique Bertinotti analyse le cheminement long et chaotique de cette réforme à l'aune de ces différents problèmes de gouvernance. L'obsession pour les questions économiques et budgétaires, d'abord. " En conseil des -ministres, on ne parlait que d'économie et un peu de politique étrangère, jamais nous n'avons abordé en profondeur les questions de société comme celle de la famille. J'ai très vite ressenti que, à l'Elysée et à Matignon, le mariage pour tous était un simple marqueur politique, qu'il fallait le faire parce que cela montrait qu'on -cochait en quelque sorte une case de notre programme, mais il n'y avait pas, derrière tout cela, de réflexion approfondie. " S'est ajoutée, selon elle, une seconde obsession qui, rétrospectivement, a coûté cher au gouvernement auprès de son propre électorat, sans pour autant lui apporter quoi que ce soit dans le camp d'en face. " Le président de la République a pensé que sur les questions -sociétales, on pouvait avancer par consensus. Donc, on a écouté et reçu tout le monde. Mais la politique, ça ne peut pas toujours être la synthèse. C'est une lecture du monde et de l'avenir qui n'est pas la même selon qu'on est à droite ou à gauche. Pour moi, nous avions été élus avec un engagement très clair qui, par -nature, ne pouvait pas déboucher sur un -compromis qui plaise à tout le monde. "

Ce que pointe ici l'ancienne ministre déléguée à la famille fait écho, en réalité, à un problème plus général, que la plupart des anciens ministres que nous avons interrogés mettent, chacun à sa façon, en lumière : une progressive prise de distance, au fil des mois, vis-à-vis des engagements de la campagne présidentielle. Pour les anciens ministres les plus identifiés à l'aile gauche du PS, le constat s'énonce sur le mode de la trahison. C'est le cas d'Aurélie Filippetti : " Le gouvernement s'est peu à peu aligné sur une ligne libérale-sécuritaire qui est aux antipodes de ce que François Hollande avait promis en 2012. Le président qui n'aimait pas les riches, en fait, n'aime que les riches. Je suis consternée de la manière dont François Hollande et Manuel Valls se sont fondus dans les intérêts de la classe dominante ", explique la députée de la Moselle.

Ce constat est partagé, sans surprise, par Benoît Hamon, figure de l'aile gauche du PS. " On a fait des choses, notamment dans le -domaine de la santé et de l'éducation. Mais pour le reste, on a renoncé aux transformations essentielles qui auraient pu nous faire basculer dans un autre monde. L'histoire de ce quinquennat, au fond, est celle d'une impuissance volontaire ", estime le député des -Yvelines. Pour François Lamy, ce renoncement date d'avant même le début du quinquennat et il a un -visage, celui de Manuel Valls : " En réalité, tout a commencé dès avant la présidentielle, quand Valls, qui n'avait fait que 5 % à la primaire, est -devenu l'homme fort de la campagne auprès du candidat. Ensuite, sa place a été grandissante. Tout le problème est là : l'homme fort du quinquennat, celui qui lui a donné son empreinte, est celui qui a fait 5 % à la primaire. "

Quoique en termes plus mesurés, d'anciens ministres de sensibilité plus modérée au sein du PS ne disent pas fondamentalement autre chose. " Il faut avoir le courage de le reconnaître : nous n'avons pas assez donné de gages à la gauche. Or, un électorat, il faut lui donner des preuves d'amour, regrette Michèle -Delaunay. Au-delà, ce qui me crève le cœur, c'est de constater qu'il n'y a pas eu, ces derniers mois, un grand discours sur les réfugiés. Nous sommes de gauche, et nous n'avons même pas été capables de rappeler ce qui a fait la tradition d'accueil séculaire de la France. C'est tout de même incroyable de penser que c'est une chancelière allemande élue par la droite qui a tenu ce discours. "

thomas wieder, Thomas Wieder

Rédigé par Philippe NOVIANT

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