Quand les occidentaux jouent à un jeu très dangereux en Syrie

Publié le 23 Décembre 2016

Quand les occidentaux jouent à un jeu très dangereux en Syrie

Continuer à ne rien faire en Syrie nous condamne à devoir gérer des migrants fuyant la guerre...

Continuer à ne rien faire en Syrie contraint les habitants à pactiser avec le diable, donc, à nous faire encore et toujours plus d'ennemis prêts à commettre des actes affreux et inhumains sur notre sol...

L'inaction ne peut plus être la solution dans ce conflit : il faut agir pour tenter d'installer une démocratie en Syrie afin d'éteindre les mouvements terroristes et de rétablir une paix qui n'incitera plus les habitants à fuir leur pays.

En attendant, il devient évident que le régime Syrien doit être éradiqué : on ne peut pas accepter que des villes soient totalement assiégées et privées de nourriture sous prétexte qu'une fraction de la population n'est pas d'accord avec les dirigeants !

Et s'il faut, pour cela, dire ses quatre vérités à la Russie, qu'on le fasse !

Un article du journal 'Le Monde' daté du 30 juillet 2016

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Les rebelles d'Alep dans les filets d'Al-Nosra

Les habitants cherchent le soutien des djihadistes pour briser le siège des forces loyales au président syrien

S'allier avec le diable pour échapper à une asphyxie programmée. C'est le pari désespéré des habitants des quartiers orientaux d'Alep, contrôlés par la rébellion. Pour desserrer l'étau des troupes syriennes loyales au président Bachar Al-Assad, qui, depuis trois semaines, tiennent dans leur viseur la route du Castello – dernière voie de ravitaillement de ces secteurs –, la population en appelle au Front Al-Nosra.

Ce groupe armé à la pointe de la rébellion syrienne, dont les forces sont déployées au sud de la ville, a longtemps été la branche syrienne d'Al-Qaida, classée " terroriste " par quasiment toutes les capitales arabes et occidentales. Mais, jeudi 28 juillet, dans une déclaration diffusée sur la chaîne qatarie Al-Jazira, son chef, Abou Mohammed Al-Joulani, a annoncé la rupture de tout lien avec la centrale djihadiste.

" Les gens ont le choix entre mourir de faim et pactiser avec des terroristes ", soupirait en début de semaine Noura Al-Jizawi, membre de la Coalition nationale syrienne, la principale formation anti-Assad. " L'inaction des pays occidentaux, tous occupés à soigner leurs relations avec Moscou, ouvre un boulevard aux mouvements extrémistes ", ajoutait cette jeune opposante basée à Gaziantep, dans le sud de la Turquie, à 120 kilomètres au nord d'Alep.

Vendredi 22 juillet, à la sortie des mosquées d'Alep-est, des fidèles se sont rassemblés pour clamer leur détresse. Chaque nuit, quelques camions de fruits et légumes parviennent à se faufiler en ville. Ils profitent de l'obscurité pour échapper aux tirs des milices prorégime postées en surplomb de la route du Castello. Mais leur cargaison ne suffit pas à nourrir une population estimée à 326 000 personnes par le conseil révolutionnaire local, la municipalité des quartiers est. Les étals se vident et les prix s'envolent.

" Notre seule option "

Terrorisés à l'idée de subir le même sort que les autres villes assiégées de Syrie, comme Homs, qui a agonisé plus de deux ans avant de se rendre, les manifestants ont appelé à l'aide celle qu'ils considèrent comme leur dernier espoir : Jaysh Al-Fatah (" l'Armée de la conquête "), une coalition de groupes radicaux, stationnés à quelques kilomètres au sud d'Alep, incluant le Front Al-Nosra et les salafistes d'Ahrar Al-Cham.

L'un des principaux commandants de la résistance d'Alep-est, Yasser Abdel Rahim, chef de Fatah Halab, un rassemblement de groupes armés plus modérés, a, lui aussi, sollicité l'aide de Jaysh Al-Fatah. Fatah Halab regroupe les principales brigades alépines, affiliées à l'Armée syrienne libre (ASL), comme Jaysh Al-Moudjahidine, Tajamu Fustakim et Noureddine Al-Zenki.

Certaines d'entre elles reçoivent de l'argent et des armes légères des bailleurs arabes et occidentaux de l'opposition, représentés dans le " MOM ", un centre d'opérations basé dans le sud de la Turquie.

Une bande d'environ six kilomètres de large, occupée par l'armée régulière et ses supplétifs chiites étrangers, sépare les faubourgs sud d'Alep, tenus par les insurgés, des positions de Jaysh Al-Fatah. Il suffirait que ses combattants percent cette zone, au niveau de Ramoussah, pour lever le siège de la ville.

" Maintenant que la route du Castello est fermée, c'est la seule option qu'il nous reste, argumente Zakariya Malahifji, conseiller politique de Tajamu Fustakim, basé à Gaziantep. Cela ne nous enchante vraiment pas de faire entrer Al-Nosra dans Alep, mais nous n'avons pas le choix. On ne peut pas laisser 300 000 personnes mourir de faim. Vous feriez quoi à notre place ? "

En prévision du siège, le conseil local a emmagasiné des réserves. Mais les bombardements quotidiens des avions russes et syriens ont entravé ces efforts. Selon Assaad Al-Achi, le directeur de Baytna Souria, une ONG humanitaire installée à Gaziantep, les quartiers rebelles ont en stock six mois de fioul, trois mois de farine et à peine un mois de denrées de base – riz, huile, sucre…

Des sacs de semences ont été distribués aux familles les plus pauvres, pour leur permettre de faire pousser quelques légumes sur leurs toits ou dans les jardins. Mais la portée de ces projets reste très limitée dans une ville aussi densément peuplée qu'Alep, qui, contrairement à d'autres zones assiégées comme la Ghouta, la banlieue de Damas, ne dispose pas d'espaces verts.

Pour l'instant, Jaysh Al-Fatah n'a pas répondu aux appels à l'aide des insurgés. " Compte tenu des discussions en cours entre les Etats-Unis et la Russie, pour isoler Al-Nosra et accroître les frappes sur ses positions, il peut être dans son intérêt de se fondre dans une ville comme Alep tout en accroissant sa coopération avec d'autres groupes, liés aux Occidentaux et censés être épargnés par les bombardements ", avance Basel Junaidy, un analyste syrien.

Jusqu'à présent, les djihadistes du Front Al-Nosra ont concentré leurs efforts sur la province d'Idlib, plus au sud, une région moins stratégique pour le régime Assad, où ils ont posé les fondations d'un futur émirat islamique. Il n'est pas certain qu'ils soient prêts à fragiliser ce bastion, en étirant leurs lignes jusqu'à Alep.

" Obéir à notre population "

Certains groupes armés modérés répugnent encore à l'idée de les voir débarquer en masse dans cette ville. Une alliance formelle avec les extrémistes d'Al-Nosra risquerait de les priver définitivement du peu de soutien militaire qui leur parvient encore de Turquie. Même débarrassée du label Al-Qaida et rebaptisée Front Fatah Al-Cham, cette formation reste menaçante aux yeux des Etats-Unis.

Les rebelles modérés se méfient d'autant plus d'Al-Nosra que ce groupe s'est plusieurs fois attaqué à des unités soutenues par Washington, comme la brigade Hazm, anéantie par les djihadistes à la fin de l'année 2014. " D'ici un mois ou deux, quand il n'y aura plus de pain, ils changeront d'avis ", prédit cependant Ibrahim Al-Ali, un conseiller de l'ASL.

Le lifting du Front Al-Nosra annoncé par Abou Mohammed Al-Joulani – avec la bénédiction d'Ayman Al-Zawahiri, le chef d'Al-Qaida – pourrait faciliter les rapprochements. " On sait que le MOM coupera les aides - si la rébellion modérée d'Alep s'allie avec Al-Nosra - , dit Ibrahim Al-Ali. Mais à la fin, c'est à notre population qu'il faut obéir. Et non aux pays occidentaux qui regardent Assad et les Russes nous écraser sans réagir. "

Benjamin Barthe

Moscou annonce des couloirs humanitaires

Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, a annoncé, jeudi 28 juillet, une " opération humanitaire de grande ampleur " à Alep. Trois couloirs humanitaires seraient formés avec les forces gouvernementales pour " les civils pris en otage par les terroristes ainsi que les combattants souhaitant déposer les armes ". Un quatrième doit être ouvert, dans le Nord, sur la route du Castello, afin de permettre " le passage en sécurité des combattants armés ". Interrogé à Genève sur cette annonce, l'envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, s'est montré prudent, précisant que l'ONU n'avait pas été consultée. Soulignant qu'il ne reste que deux à trois semaines de vivres, il estime que " le compte à rebours est déclenché " pour une reprise totale du contrôle d'Alep.

Rédigé par Philippe NOVIANT

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