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Mercredi 19 décembre 2012 3 19 /12 /Déc /2012 07:00

35h.jpgCertes, c'est un ancien responsable du Medef qui parle. Certes, il défend sa paroisse. Il n'empêche. Il n'empêche qu'il a quand même grandement raison et que ses arguments sont difficilement attaquables. Effectivement, si les 35h sont une réussite économique indéniable, pourquoi nos voisins Européens n'ont jamais repris cette idée ? Si cette mesure fait baisser le chômage et enrichit les personnes, comment se fait-il que tous les gouvernements n'en soient pas friants ?

De plus, cette mesure a eu des conséquences très fâcheuses sur le Code du Travail : car les 35h sont un boulet économiques sans nom, on a changé, par les mesures de 2008, le mode de représentation du personnel, ce qui a abouti, dans bon nombre de cas au non respect de la hiérarchie des normes au sein du Code du Travail ! En effet, le Code pouvait mettre en place des valeurs qui se voyaient invalidées par des accords de branche : du jamais vu en matière législatif où la hiérarchie des normes doit et rester la pierre angulaire de tout texte !

Bref, il faut que la France arrête d'essayer de courir le 100m avec un boulet de 10kg aux pieds : sans boulet, nous ne sommes déjà pas champion du Monde, alors avec...

Un article du journal 'Le Monde' daté du 1er Novembre 2012

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Après quinze années d'espérances déçues, il est temps d'abolir les 35 heures
Sept raisons pour ne pas persévérer dans la fatale erreur des lois Aubry

Il y a quinze ans, le 10 octobre 1997, Lionel Jospin annonçait le dépôt d'un projet de loi sur la réduction du temps de travail, au nom de la lutte contre le chômage et du progrès social. Le choc fut si violent que le lendemain d'une prétendue réunion de concertation à Matignon, à laquelle je participais - en tant que président de la commission économique du Medef - , Jean Gandois démissionnait de la présidence du Conseil national du patronat français. Quinze ans après, la confrontation de cette " espérance " avec la réalité révèle un contraste saisissant.

1. Les 35 heures devaient faire baisser le chômage.

En partageant le travail, la réduction du temps de travail devait permettre la création de 700 000 emplois. Pendant un temps, la conjoncture exceptionnellement favorable de la fin des années 1990 et du début des années 2000 a pu faire illusion, en faisant croire que les créations d'emplois durant cette période étaient dues, en tout ou partie, aux 35 heures. Mais cette illusion s'est rapidement dissipée.

Reposant sur un cadre de pensée keynésien fondé sur l'excès d'offre, cette idée selon laquelle le partage du travail créerait des emplois fait fi de l'impact d'une telle mesure sur les coûts et sur la compétitivité des entreprises, et s'est révélée donc profondément erronée.

2. Les 35 heures ne devaient pas renchérir le coût du travail.

La mise en place d'une garantie mensuelle de rémunération pour les salariés payés au smic s'est bien traduite de facto par la règle des 35 heures payées 39, que la plupart des accords signés en application des lois Aubry ont étendue à l'ensemble des salariés. Face à cette réalité, les responsables politiques de l'époque ont renvoyé à de futurs efforts de modération salariale le soin de compenser cette augmentation des coûts. La comparaison avec l'Allemagne montre que l'inverse s'est produit : alors que c'est la France qui a mis en place les 35 heures, c'est l'Allemagne qui a réalisé des efforts de modération salariale. En particulier, l'harmonisation par le gouvernement Raffarin des différents minima salariaux engendrés par la seconde loi Aubry s'est ajoutée à la hausse consécutive à la réduction du temps de travail proprement dite, pour conduire à une augmentation du smic horaire de 31 % entre 1998 et 2005 ! On ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec le décrochage industriel et commercial entamé par la France durant cette période.

3. Les 35 heures ne devaient pas avoir d'impact sur les finances publiques.

En réalité, les aides que le gouvernement a dû mettre en place pour alléger, au niveau des bas salaires, la charge des 35 heures payées 39 ont bien pesé sur le déficit, et lourdement. Les dirigeants de l'époque prétendaient que grâce aux créations d'emplois induites, de nouvelles recettes sociales allaient être générées et que, conjuguées à la baisse des prestations d'assurance-chômage, elles allaient permettre de financer ces aides.

La réalité fut tout autre : en 2002, avant que ces aides ne soient fondues dans la masse des allégements généraux sur les bas salaires, elles atteignaient déjà 10,5 milliards d'euros par an, grevant lourdement les finances publiques. Cinq ans plus tard, en 2007, le coût annuel était même encore un peu plus élevé, à 12 milliards d'euros. De fait, le coût de l'allégement de la charge des 35 heures sur les bas salaires a tout simplement été transféré aux autres salariés, dont elle a augmenté le coût en sus des 35 heures, et au capital, aux dépens de l'emploi de ces salariés et de l'investissement.

4. Les 35 heures devaient être " une chance à saisir pour réhabiliter et relancer le dialogue social dans notre pays ", sachant qu'" une mesure générale, centralisée et immédiate n'aurait pas de sens ".

En réalité, en légiférant dans les plus petits détails, jusqu'au minutage des temps d'habillage et de déshabillage, sur un sujet qui, chez la plupart de nos partenaires européens, relève du domaine conventionnel, les lois Aubry resteront un symbole de l'interventionnisme tatillon et absurde de l'Etat dans la sphère de l'entreprise productive. En obligeant les partenaires sociaux à s'engager dans " une négociation corsetée avec le pistolet sur la tempe ", pour reprendre l'expression d'Edmond Maire, l'Etat leur a laissé le goût amer d'un passage en force et a durablement tari la dynamique des accords sociaux.

5. Les 35 heures ne devaient pas s'appliquer à la fonction publique.

Le gouvernement de l'époque, estimant avec une lucidité remarquable que le pays connaissait " un certain nombre de contraintes budgétaires ", disait ne pas avoir l'intention d'appliquer les 35 heures à la fonction publique. En réalité, la contagion, inéluctable, a bien eu lieu. Conjuguée à une insuffisance de gains de productivité, elle a participé à l'augmentation incontrôlée du nombre de fonctionnaires au cours de la décennie 2000, en particulier dans la fonction publique territoriale (+ 45 %) et dans la fonction publique hospitalière (+ 22 %), qu'elle a de surcroît durablement désorganisée. Pendant ce temps, l'Allemagne augmentait à 41 heures par semaine le temps de travail des fonctionnaires fédéraux, comparable à celui applicable dans la plupart des Länder.

6. Les 35 heures devaient être imitées par nos partenaires européens.

Il s'agissait, pour la France, de " jouer un rôle moteur et d'initiative dans l'Europe ". Et à ceux qui avaient l'audace de douter du désir de nos partenaires de s'engager dans la même voie, on répondait qu'ils seraient " bientôt les seuls en Europe à tenir un discours archaïque ". Or, quinze ans plus tard, force est de constater que c'est la France qui est isolée ! Les 35 heures restent une particularité inexportable et un handicap unique envers les investisseurs désireux d'investir en Europe.

7. Les 35 heures devaient être l'instrument de " la conquête du temps libéré ".

Grâce à la réduction du temps de travail, les Français allaient avoir " du temps pour bricoler et jardiner ". Sur ce point, l'Insee confirme que toutes les prévisions ont été battues : entre 1996 et 2006, le chiffre d'affaires du secteur du bricolage a été presque multiplié par deux. Mieux : l'Insee nous apprend que durant cette période, les ventes du petit équipement de jardin ont été multipliées par plus de quinze.

En somme, par l'effet des 35 heures, les Français ont davantage bêché que bûché. Et le travail au noir a fortement augmenté. Comment, dès lors, revitaliser le terreau économique de notre pays ? Les outils sont connus : plutôt que la défiscalisation des heures supplémentaires, que le nouveau gouvernement vient d'ailleurs d'enterrer, il est nécessaire de renvoyer la fixation du temps de travail au niveau de chaque entreprise, dans les limites fixées par le droit européen. En parallèle, il faut augmenter le temps de travail dans la fonction publique, ce qui contribuera à éviter de gonfler davantage ses effectifs, à restaurer la qualité des services publics et à colmater les déficits publics.

Dans la perspective du redressement productif et de l'effort de compétitivité souhaité par le gouvernement, il appartient à la majorité qui a décidé les 35 heures il y a quinze ans de présenter le bilan de cette réforme et d'en tirer la conclusion qui s'impose : son abolition.

Denis Kessler

Economiste, PDG du groupe

de réassurance SCOR et

ancien vice-président du Medef


    Interrogé par Le Parisien, mardi 30 octobre, Jean-Marc Ayrault a répondu qu'il n'était " pas dogmatique " sur les 35 heures, provoquant de nombreuses réactions, avant d'affirmer le même jour sur France Info qu'il n'était " pas question de revenir sur les 35 heures "

Par Philippe NOVIANT - Publié dans : Informations - Communauté : CAP21
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Mardi 18 décembre 2012 2 18 /12 /Déc /2012 07:00

18 Assemblee NationalePendant dix ans de pouvoir de la droite, on n'est pas revenu sur les 35h. C'est que cette mesure, oh combien démagogique, représente un piège pour un gouvernement.

Tout le monde sait que ça coûte un fric monstre, mais personne n'a le courage de l'enlever car les Français y sont énormément attachés.

Ainsi, à droite comme à gauche, on est pour enlever les 35h quand on reçoit des rapports économiques démontrant les faibles bénéfices, et l'immense gabégie associés. Par contre, on est contre devant les Français car sinon ne nous renouvellent pas le mandat.

Et un peu de courage, Messieurs les hommes politiques, c'est trop vous demander ? Bien sûr, car la place est belle et on ne va tout de même pas cracher sur 7000Euros par mois, au minimum, pour défendre l'intérêt général...

Un article du journal 'Le Monde' daté du 1er novembre 2012

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Jean-Marc Ayrault contraint d'éteindre l'incendie qu'il a allumé sur les 35 heures
Le premier ministre, affaibli, a été la cible d'attaques de la droite après une phrase ambiguë

Ne pouvait-on envisager une autre formulation, une phrase un peu plus finement ciselée ? En répondant aux interrogations des lecteurs du Parisien, et notamment à une série de quatre questions sur les 35 heures, Jean-Marc Ayrault, en toute innocence, a allumé le feu. Le premier ministre, qui dans sa quatrième réponse a estimé que celles-ci ne constituaient " pas un sujet tabou ", a sans surprise semé le trouble dans sa majorité et s'est exposé à une violente offensive de la droite. Comme si le chef du gouvernement avait lui-même fourni le bâton pour se faire battre.

Certes, s'agissant d'une rencontre avec un panel de lecteurs, et non d'un entretien classique, M. Ayrault se serait délibérément autorisé un " discours plus libéré ", comme l'explique un de ses conseillers. " Je ne suis pas dogmatique ", soulignait-il d'ailleurs dans cet entretien, soucieux de conforter son image de dirigeant ouvert à la concertation, alors que le rapport de force avec le patronat, à l'approche de la remise du rapport Gallois et des annonces sur la compétitivité, se durcit.

Reste que le cabinet du premier ministre, dès lundi soir, avait senti le vent de la polémique. Relisant le texte de l'entretien réalisé le matin même, les collaborateurs de M. Ayrault n'ont pas cherché à modifier la phrase dans le journal à paraître le lendemain, comme c'est souvent l'usage, au motif que l'entretien avait été mené par des lecteurs et filmé. Ils ont néanmoins prévenu, le soir même, les présidents des deux groupes parlementaires et les deux ministres chargés des matinales radio du mardi, Laurent Fabius et Michel Sapin. Lesquels tentent de sauver le soldat Ayrault.

" Supprimer les 35 heures, c'est supprimer les heures supplémentaires, c'est donc travailler plus pour payer moins ", assure alors M.. Sapin. A l'Elysée, où l'on n'a été informé que mardi matin à l'aube de cette sortie de M. Ayrault, le refus de commenter ce nouveau faux pas ne masquait pas une certaine stupéfaction. Aggravée par le choix du premier ministre de démentir lui-même, peu après 8 heures sur France Info : " Il n'est pas question de revenir sur les 35 heures parce que ce n'est pas la cause de nos difficultés économiques. Il y en a beaucoup d'autres. "

Outre que l'on a connu correction plus habile, le fait que le premier ministre affirme dans le même temps une chose et son contraire n'a pas ravi le staff du président. Pendant qu'à l'Assemblée nationale, à l'heure où se réunissent les groupes politiques, en fin de matinée, c'est la grande effervescence. Le répertoire complet des " couac ", " bévue ", " gaffe ", " cacophonie " est de nouveau de sortie. A tour de rôle, les UMP Eric Ciotti puis Jean-François Copé se pressent au-devant des micros et des caméras agglutinés salle des Quatre-Colonnes.

" Surinterprétation "

Les porte-parole du groupe socialiste affichent leur stupéfaction devant ce qu'Annick Lepetit appelle " une surinterprétation systématique " des propos du premier ministre. Et ne cessent de démentir que cette affaire en soit une. Mais la droite a prévu de transformer l'Hémicycle en stand de tir lors des questions au gouvernement. Arrivés quelques minutes avant le début de la séance, M. Ayrault et M. Sapin prennent place côte à côte. Christian Jacob (copéiste), le président du groupe UMP, ouvre le feu. " Il n'y a plus de pilote dans l'avion ! ", conclut-il sa lourde charge. Le premier ministre dément une nouvelle fois : " La durée légale du travail est de 35 heures et elle ne changera jamais ". La deuxième salve vient de Bernard Accoyer (filloniste). " Vous avez eu raison de vouloir ouvrir ce débat sans tabou ", lance le député de Haute-Savoie au chef du gouvernement. Réponse de ce dernier : " Pendant dix ans, vous avez été au pouvoir. Pendant tout ce temps, vous n'avez pas abrogé les 35 heures. Pourquoi ? "

La partie se prolonge à l'extérieur. Les élus de droite continuent de se gausser, les quelques députés du PS qui osent se livrer défendent bec et ongles le premier ministre. Olivier Faure, proche de M. Ayrault, dénonce " une chasse à l'homme ". " C'est une tempête dans un verre d'eau ", assure le député de Seine-et-Marne. " On passe au sujet suivant " martèle un conseiller à l'Elysée. Ironie de l'histoire : à ses côtés pendant l'entretien au Parisien, se trouvait Bernard Candiard, nouveau conseiller spécial du premier ministre, tout juste nommé pour " nous aider à gérer le temps long ", selon un proche de M. Ayrault.

David Revault d'Allonnes et Patrick Roger

Par Philippe NOVIANT - Publié dans : Informations - Communauté : CAP21
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Vendredi 14 décembre 2012 5 14 /12 /Déc /2012 07:00

insectes-repas.jpg"Pour préserver l'état de la planète, bouffez des insectes !", telle pourrait être la devise de cet article. Les insectes préservent plus la planète que les autres sources de protéines. De là à convertir les hommes à manger ce genre de plats, il y a cependant un pas à franchir...

Un article du journal 'Le Monde' daté du 28 Septembre 2012

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REPORTAGE
Des usines d'insectes pour nourrir les Chinois

Une industrie naît dans le pays afin d'offrir une alimentation bon marché et riche en protéines

Li Jinsui ne manque pas d'ambition. Il fait fièrement visiter l'usine d'insectes pour laquelle il a déposé sept brevets et investi l'équivalent de 250 000 euros de sa poche. Sur les hauteurs de Kunyang, cité satellite de Kunming, la capitale de la province du Yunnan (sud-ouest), la production a réellement débuté en 2009.

Aucun de ses invités n'échappe à un plat de vers de bambou, affichés à son catalogue. La liste ne s'arrête pas là. Son entreprise, Yunnan Insect Biotechnologies, propose larves séchées, poudre de protéine extraite d'exosquelettes d'insectes et insectes en entier, le tout destiné à la consommation humaine et animale.

Li Jinsui, un précurseur ? Fort probable. De plus en plus d'experts de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) voient dans le développement de l'entomophagie un substitut à la viande ou au poisson. Et une alimentation meilleur marché pour les élevages animaliers, notamment les fermes aquacoles.

Les qualités nutritionnelles - protéines, minéraux, etc. - des insectes sont importantes. Qui plus est, ils présentent un bien meilleur rendement que le bétail traditionnel. Ils ont également besoin de beaucoup moins d'eau. Actuellement, 70 % environ des terres arables et 9 % de l'eau douce sont consacrés à l'élevage, responsable en outre de 18 % des émissions de gaz à effet de serre.

M. Li a travaillé douze ans pour lancer son usine. Il est à l'avant-garde d'une industrie chinoise balbutiante et a reçu l'aval des autorités locales. " Le marché est prêt ", dit-il. " Il y a pénurie de protéines dans le pays. Il faut en passer par l'importation de poissons du Chili ou du Pérou, explique cet homme de 45 ans. Et pour les humains, le savoir manque sur le potentiel des insectes comme source de nutrition. "

Ses recherches l'ont conduit à se focaliser sur une espèce : La mouche. " C'est la clé ", lance-t-il. Elle est particulièrement répandue, pas nocive pour son environnement, comestible par l'homme et l'animal et peut même servir dans l'industrie pharmaceutique. Sa chitine, composant principal de la carapace des crustacés et des arthropodes, renforce ainsi les défenses immunitaires.

Li Jinsui n'est pas le seul à avoir fait tous ces calculs. Il a des concurrents, par exemple dans la province du Shandong, à 2 000 kilomètres au nord-est. Mais il prend un malin plaisir à expliquer pourquoi ces éleveurs d'insectes ne parviendront pas à produire à plus grande échelle si un marché de masse apparaît : " D'un point de vue technologique, ils vivent encore dans les années1970,ils ne produisent que 50 à 100 kg par jour, ils seront incapables de passer à la vitesse supérieure. "

Pour le moment, M. Li dit pouvoir livrer quotidiennement 150 kg de vers de mouche, mais il promet que la " phase 3 " du développement de l'usine l'amènera à 10 tonnes chaque jour, dès 2015, car tout ce qu'il vend est acheté d'emblée, précise-t-il, en entrant dans une pièce où volent deux millions de mouches.

Reste toutefois à peaufiner ses recherches et à parvenir à nourrir les mouches de son de riz et non de déjections animales, comme c'est le cas à présent, ce qui les rend impropres à la consommation humaine.

Il faudra par ailleurs réussir à convaincre le consommateur de déguster ces repas qui inspirent jusqu'à maintenant plus de dégoût que d'envie. Si les palais chinois semblent se faire aux vers de bambou, c'est loin d'être le cas pour les larves. " Les voir dans son assiette suscite une réticence psychologique difficile à dépasser ", reconnaît M. Li. Comment la combattre ? Il faut investir dans l'éducation et convaincre de la valeur nutritionnelle des insectes ; " c'est un travail ardu, mais nous devons nous en charger ", ajoute l'entrepreneur.

L'utilisation des insectes relève des traditions culinaires dans cette province peuplée de minorités. Sur le marché de Mangshi, une ville modeste à deux heures de route de la frontière birmane, on vend toujours des nids de guêpes, à 160 yuans la livre (20 euros). L'acheteur extraira une à une les larves vivantes de leur alvéole, avant de les faire frire au wok.

" Les conditions économiques sont dures pour les habitants de la région, tous ne peuvent pas acheter du boeuf. Même élever un porc nécessite de le nourrir et de patienter pendant deux ans, c'est long et, à leur échelle, onéreux ", explique Guo Yunjiao, professeur de biologie à l'institut de recherche sur les insectes de l'université locale. Dans les villages de la région, cet expert explique aux habitants comment développer durablement une exploitation d'insectes, ce qui nécessite des compétences techniques précises. Ici, la méthode la plus répandue consiste à brûler le nid de guêpes, quitte à tuer la reine. M. Guo se rend dans les villages pour enseigner l'enfumage.

La montée du cours des larves d'abeille suscite des vocations. Depuis cinq ou six ans, des habitants des plaines se mettent à leur tour à la culture d'insectes autour de Mangshi. Guo Yunjiao raconte aussi, peut-être avec une légère emphase, avoir reçu " 10 000 lettres ou e-mails de demandes de conseils " lorsque la télévision nationale s'est penchée sur son enseignement, signe de l'intérêt de paysans déshérités pour ces bestioles nourrissantes.

Li Jinsui, lui, se félicite que les habitants de ces régions reculées perpétuent les traditions, mais il pense qu'il est grand temps pour la Chine de passer à la production d'insectes à échelle industrielle. Plus de 200 espèces sont comestibles, or seule une poignée peut être élevée à l'échelle familiale. Et les dénicher en milieu sauvage requiert une importante main-d'oeuvre.

Ne reste donc qu'à ouvrir des usines et développer de nouveaux procédés techniques, ce qu'il continuera de faire sur les 27 hectares de terrain qu'il a acquis. Si la consommation d'insectes venait un jour à se banaliser, il pense avoir ses chances de devenir le leader mondial sur ce marché, avec à la clé 60 % de retour sur investissement.

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Harold Thibault

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Sur lemonde.fr

Par Philippe NOVIANT - Publié dans : Informations - Communauté : CAP21
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Jeudi 13 décembre 2012 4 13 /12 /Déc /2012 07:00

livre-numerique.jpgL'Europe n'est pas en odeur de sainteté dans l'opinion publique Européenne. Elle n'est pas prête d'y être à nouveau quand on analyse les injonctions que fait Bruxelles sur la France en la sommant d'adopter des taux de TVA sur un produit ayant le même contenu.

Bruxelles n'a-t-elle que ça à faire que de s'immiscer dans des affaires nationales que le taux de TVA doit être ? Que Bruxelles juge la façon de gérer le budget de la France, passe encore, mais qu'elle s'occupe de ses affaires sur la différence de taxation entre un livre numérique et en format papier.

Que Bruxelles se taise en la matière et tout le monde se portera mieux !

Un article du journal 'Le Monde' daté du 24 Octobre 2012

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Bruxelles somme Paris d'abandonner la TVA réduite pour le livre numérique
La Commission exige une hausse de la taxe de 7 % à 19,6 %. La France a prévu de la baisser à 5,5 %

Dans le domaine culturel, les sujets de contentieux s'accumulent entre Bruxelles et Paris. Après le cinéma, le livre. Quoique attendue, la décision de la Commission européenne de sommer la France de revenir à un taux de TVA normal, à 19,6 % pour les livres numériques, contre un taux réduit de 7 % - qui devrait même passer à 5,5 % au 1er janvier 2013 -, ouvre un nouveau front.

La Commission européenne devrait envoyer, mercredi 24 octobre, un avis motivé sur ce dossier. A terme, Bruxelles menace de saisir la Cour de justice. La France est en infraction puisque Nicolas Sarkozy a décidé, il y a un an, d'abaisser la TVA appliquée au livre numérique, de manière discrétionnaire, alors que les règles communautaires exigent l'accord de tous les Etats membres en matière fiscale.

Pour Bruxelles, le livre numérique est un service, ce qui explique qu'il soit taxé à un taux normal, comme par exemple les jeux vidéo. Le livre papier, lui, considéré comme un bien culturel, jouit d'une TVA à taux réduit. Le montant de ces taux " normaux " et réduits varie selon les pays.

Pour les autorités françaises, cette différence de traitement entre imprimé et numérique est jugée aberrante pour les livres homothétiques (qui reproduisent un ouvrage à l'identique). Elle est, en revanche, admise pour les livres enrichis, qui comprennent des bandes sonores ou des vidéos.

La Commission européenne a adressé, le 3 juillet, une première mise en demeure à la France, estimant que les dispositions actuelles de la directive TVA ne lui permettent pas d'appliquer un taux réduit aux livres numériques.

" Même contenu "

Dans sa réponse, la France a maintenu sa position, en plaidant " pour la neutralité fiscale dès lors que les livres disponibles par voie de téléchargement et les livres imprimés présentent le même contenu ", explique-t-on au ministère de la culture. Sur ce sujet, signe de la continuité de la politique entre MM. Sarkozy et Hollande, Jacques Toubon, ancien ministre de la culture, a d'ailleurs été confirmé à la tête d'une mission d'harmonisation des TVA sur les produits numériques.

De son côté, Vincent Montagne, président du Syndicat national de l'édition (SNE) et patron du groupe Média-Participations, a plaidé, le 10 octobre, à la Foire internationale du livre de Francfort, pour " une véritable politique industrielle du livre " qui passe notamment " par une fiscalité neutre et non discriminante " pour le livre.

Dans une communication du 26 septembre, consacrée à l'avenir de la TVA, la Commission a reconnu " la légitimité de ce débat ", en soulignant " l'importance de la neutralité technologique ".

La France est loin d'avoir obtenu gain de cause sur le sujet et agace la Commission par son entêtement mais, sur le fond, les lignes bougent. Comme disait l'écrivain Colette : " C'est grand tort d'avoir raison trop tôt. "

Alain Beuve-Méry

Par Philippe NOVIANT - Publié dans : Informations - Communauté : CAP21
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Mercredi 12 décembre 2012 3 12 /12 /Déc /2012 07:00

italie_seisme_aquila_centre432.jpgLes scientifiques sont des hommes, pas des machines. Ils ont le droit de se tromper et ont le droit d'avoir des opinions différentes des autres.

Ainsi, de la prison ferme pour des experts ne renvoie nullement une bonne image de la société envers la science. Si ces experts ont été manipulés par des lobbies en étant incités financièrement à donner des avis étant à l'encontre de l'intérêt général, ils doivent être punis pour tromperie agravée.

Rien de tel, à priori, dans le dossier relaté ici. Des experts se sont trompés, de bonne foi, ils doivent donc être rappelés à l'ordre mais la prison est excessif par rapport à leurs erreurs.

L'erreur est humaine, et qui n'en commet pas ?

Un article du journal 'Le Monde' daté du 24 Octobre 2012

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Séisme de L'Aquila : prison ferme pour les experts
Sept spécialistes italiens ont été condamnés pour n'avoir pas prévu la catastrophe en 2009. Une première
Rome Correspondant

Les scientifiques italiens ont passé une mauvaise nuit. Lundi 22 octobre, sept d'entre eux se sont vu infliger une peine de six ans de prison ferme assortie de l'interdiction de tout office public pour " homicide par imprudence ". Leur faute ? Selon le juge de L'Aquila, Marco Billi, qui a rendu la sentence, les sept hommes appartenant à la Commission nationale des grands risques auraient sous-estimé, en 2009, le risque de tremblement de terre. Le 6 avril de cette année-là, un séisme a ravagé la capitale des Abruzzes et plusieurs villages alentour, provoquant la mort de 309 personnes.

Les condamnés devront en outre verser solidairement 7,8 millions d'euros de dommages et intérêts aux parties civiles et de frais de justice. Ils resteront en liberté jusqu'à la fin de l'éventuelle procédure d'appel et de cassation.

A l'énoncé du verdict, vers 17 heures, dans la petite salle bondée du tribunal de L'Aquila, c'est la stupeur. Juge unique, M. Billi reproche aux prévenus d'avoir fourni des " informations inexactes, incomplètes et contradictoires ". Les parties civiles n'en attendaient pas tant. " Un jugement historique, commente un avocat des plaignants. Cela marque un pas en avant pour le système judiciaire et j'espère que cela conduira à des changements, non seulement en Italie mais dans le monde entier. "

Pour les inculpés, c'est la consternation : " Je suis découragé, désespéré. Je pensais être acquitté, je ne comprends toujours pas de quoi je suis accusé ", commente Enzo Boschi qui, peu de temps auparavant, présidait encore l'Institut national de géophysique et vulcanologie (INGV).

Leur " faute " a été commise le 31 mars 2009. Ce jour-là, à L'Aquila, Franco Barberi, Enzo Boschi, Mauro Dolce, Bernardo De Bernardinis, Giulio Selvaggi, Claudio Eva et Gian Michele Calvi se réunissent. A l'ordre du jour : les secousses répétées et de plus en plus fortes (près de 400 au cours des quatre derniers mois) qui mettent en alerte les habitants de la ville. Tous sont experts, sismologues, géologues ou spécialistes des situations d'urgence.

Aucun ne sait vraiment ce qui pourra advenir. Mais leur conclusion est rassurante. Franco Barberi estime qu'" il n'y a aucune raison de dire qu'une séquence de secousses de faible magnitude puisse être considérée comme précurseur d'un événement de plus grande ampleur ". Un autre expert invite les habitants à ne pas s'inquiéter et à aller " boire tranquillement un verre de montepulciano ", le vin local.

Une semaine plus tard, à 3 heures 32 du matin, la terre tremble à nouveau : la secousse, de 6,2 sur l'échelle de Richter, sera ressentie jusqu'à Rome, à plus de 100 kilomètres de là. Plus de 300 morts sont sortis des décombres. Le centre-ville de L'Aquila, riche d'oeuvres d'art, est fortement endommagé. Des dizaines de milliers de personnes resteront sans abri pendant de longs mois. L'Italie est sous le choc. Une plainte est déposée contre la Commission des grands risques dès le mois de juillet.

Rapidement, la polémique enfle. Peut-on prévoir un séisme ? La Commission des grands risques a-t-elle été à la hauteur de sa tâche en choisissant de ne pas donner l'alarme ? A la même période, un scientifique couronné de moins de lauriers, Giampaolo Giuliani, avait diffusé sur Internet des messages sur l'éventualité d'un tremblement de terre fin mars dans les Abruzzes. Sa méthode, basée sur l'étude de la concentration du gaz radon 222 libéré par la croûte terrestre avant les secousses, a été snobée par les experts. " Un imbécile ", avait jugé Guido Bertolaso, alors responsable de la protection civile.

Est-ce cette désinvolture qui a motivé le verdict particulièrement sévère du juge Billi ? Est-ce la pression des habitants d'une ville qui, trois ans après le séisme, se présente toujours emmaillotée d'échafaudages et de structures d'acier enserrant les maisons fissurées ? Est-ce le cadre de ce procès, dont les 30 audiences se sont déroulées dans un bâtiment tout neuf de la zone industrielle après la destruction complète de l'ancien tribunal ?

Les arguments de la défense, qui a plaidé l'acquittement des sept experts en faisant valoir qu'il était impossible de prévoir un séisme, n'ont pas pesé lourd. Pas plus que la lettre de soutien signée par 5 000 scientifiques et envoyée au président de la République, Giorgio Napolitano.

Le procureur, Fabio Picuti, n'a pas hésité à risquer la comparaison avec le 11 septembre 2001 à New York. " Après l'attentat, a-t-il dit, le rapport qui démontrait une analyse insuffisante des risques a conduit à la démission du chef de la CIA et de son adjoint. Cela montre qu'un tel raisonnement existe. "

Le précédent de L'Aquila laissera des traces. " C'est la mort de la collaboration entre l'Etat et les scientifiques, a commenté le physicien Luciano Maiani, actuel président de la Commission des grands risques. Il ne sera plus possible de donner un avis serein et désintéressé dans un tel climat de pression judiciaire et médiatique. "

Et les familles des victimes ? " On ne peut pas appeler ça une victoire. C'est une tragédie. De toute façon, ça ne ramènera pas nos proches, a réagi Aldo Scimia, dont la mère a été tuée dans le séisme. Je continue d'appeler ça un massacre commis par l'Etat, mais, au moins, nous espérons que nos enfants auront des vies plus sûres. "

Philippe Ridet

    Des scientifiques dénoncent " un précédent dangereux "

    Une partie du monde scientifique s'est alarmée, lundi soir, de la condamnation des experts italiens, voyant dans ce jugement " un précédent très dangereux ". " C'est un triste jour pour la science ", a commenté la sismologue Susan Hough, de l'Institut d'études géologiques des Etats-Unis. " Nous sommes profondément préoccupés, ce n'est pas juste la sismologie qui a été jugée, mais toute la science ", estime Charlotte Krawczyk, présidente du département de sismologie de l'Union européenne des géosciences. Pour Richard Walters, du département des sciences de la terre de l'université d'Oxford, " on ne devrait pas envoyer en prison des responsables scientifiques qui ont fourni une information mesurée et scientifiquement exacte ". M. Walters redoute " que cela ne décourage d'autres scientifiques de donner leur avis sur les risques naturels ".

Par Philippe NOVIANT - Publié dans : Informations - Communauté : CAP21
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