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Mercredi 27 mars 2013 3 27 /03 /Mars /2013 07:00

coffret-de-secours---medecine-du-travail---farmor-913054La main mise de ces "experts" sur notre santé est malsaine. Ils sont praticiens, certes, mais comme ils ont des liens avérés avec l'industrie pharmaceutique, ils ne sont en rien indépendants. Malheureusement, cette indépendance est, et doit demeurer, la clé de voute de toute communication sur un médicament.

De plus, ils sont experts en quoi ? De gynécologie ? Assurément ! Mais sont-ils experts des médicaments que l'industrie met sur le marche ? Rien n'est moins sûr !

L'expert serait un médecin indépendant qui mènerait des recherches sur les médicaments de l'industrie pharmaceutique. Il pourrait être financé par l'industrie, mais pas directement. On pourrait imaginer une sorte de "tampon", d'une agence qui serait chargée de récupérer des fonds et de les affecter à des laboratoires indépendants qui seraient à même de mener des recherches. Le chef de l'équipe de recherche pourrait, alors et à juste titre, se nommer expert et donner son avis concernant la molécule.

Malheureusement, ça ne se passe pas comme cela en France... Il faut donc réformer notre système afin de donner plus d'indépendance à nos "experts" afin que leur communication soit reprise et serve de base à la commercialisation des molécules. L'indépendance est le meilleur moyen de s'assurer que de pareilles affaires ne se reproduisent plus.

A méditer.

Un article du journal 'Le Monde' daté du 11 Janvier 2013

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Pilule : enquête sur ces médecins liés aux labos
La polémique enfle sur la dangerosité des pilules de 3e et 4e génération. Après la révélation par Le Monde daté du 15 décembre 2012, d'une première plainte au pénal déposée en France par Marion Larat, une jeune femme demeurée handicapée après un accident vasculaire cérébral qu'elle impute à la prise de sa pilule, les questions se multiplient. Dès 1995, les études scientifiques ont établi l'accentuation du risque thromboembolique veineux de ces contraceptifs oraux récents par rapport à leurs prédécesseurs de 2e génération. Et depuis 2007, la Haute autorité de santé recommande aux médecins de ne plus prescrire les pilules de 3e génération aux nouvelles utilisatrices en première intention. Recommandation restée largement lettre morte. Nous avons cherché à savoir pourquoi.

C'est un puissant et rassurant bruit de fond qui n'a jamais cessé. Pourquoi les médecins ont-ils continué de prescrire à la moitié de leurs jeunes patientes des pilules de troisième et quatrième génération, en dépit des recommandations contraires de la Haute Autorité de santé (HAS) depuis 2007 ? Sans doute parce que les alertes sur la dangerosité de ces contraceptifs ont été couvertes par une autre musique, omniprésente : le discours des gynécologues les plus médiatiques de France.

Ces experts qui, à la télévision comme dans les revues médicales, congrès ou journées de formation continue, n'ont cessé d'assurer que les pilules de 3e et 4e génération présentaient moins d'effets secondaires que les précédentes, et étaient mieux tolérées par les femmes. Ces leaders d'opinion qui n'évoquaient les risques que pour les minimiser et jamais ne rappelaient la nécessité de renoncer à toute prescription en première intention. Contre l'avis de la HAS, et contre la littérature scientifique, qui n'a jamais apporté la preuve de bénéfices supplémentaires mais bien celle d'un surcroît de risques thromboemboliques veineux par rapport aux contraceptifs oraux plus anciens.

Le professeur Israël Nisand, responsable du pôle de gynécologie-obstétrique au CHU de Strasbourg, est sans doute le plus exposé de ces experts ès contraception. Le 9 février 2011, il coanime une conférence de presse des laboratoires Effik présentant un sondage sur la pilule, reprise dans toute la presse. " Les pilules de 3e génération contiennent un progestatif "plus puissant " qui permet de diminuer les doses d'oestrogènes, d'où "une tolérance meilleure ",, a expliqué le docteur Nisand ", rapporte alors l'AFP. Un an auparavant, lors de l'annonce par Effik du remboursement de la première pilule de 3e génération microdosée, le Pr Nisand se félicitait d'un " vrai bénéfice pour les femmes ", dans un communiqué de la firme. Qui citait également Brigitte Letombe, gynécologue au CHRU de Lille, alors présidente de la Fédération nationale des collèges de gynécologie médicale (FNCGM), réjouie de ce remboursement attendu " depuis plus de vingt ans ".

Tous deux ont rendu, en février 2012, un rapport officiel sur la contraception et l'avortement chez les jeunes filles (Et si on parlait de sexe à nos ados ?, Odile Jacob). Ils y pointaient les " avantages évidents pour les jeunes " des pilules de 3e génération et suggéraient de " remonter le courant de la désinformation ambiante " : " Les grands médias en rajoutent sur la nuisance possible des contraceptions hormonales (...) . "

Six mois plus tard, en septembre 2012, le déremboursement programmé des pilules de 3e génération, qui renverrait les jeunes filles vers " les pilules vieilles de quarante ans ", les désole . C'est un coup du gouvernement pour faire des économies sur le dos des femmes. Car " le service rendu était considérable ", selon M. Nisand.

Montée en défense Depuis le 14 décembre 2012, et le premier dépôt de plainte en France contre une pilule de Bayer, certains de ces experts ont poursuivi sur leur lancée, montant en défense dans les médias. Non, les pilules de 3e et 4e génération ne sont pas si dangereuses que cela. Les accidents - 1 000 effets secondaires sévères en 2012 selon le patron de l'Agence du médicament - sont " extrêmement rares ", martèle le professeur Nisand sur Europe 1, le 9 janvier : " Il y a des pilules de 2e génération qui ont quarante ans et qui sont bien plus risquées que les 3e génération. "

Marion Larat, la plaignante désormais handicapée, avait, selon lui, un terrain prédisposé, " elle aurait probablement fait son AVC aussi avec une pilule de 2e génération et encore plus avec une grossesse " (France Inter, 14 décembre). Il continue de douter du surcroît de risques thromboemboliques des pilules récentes. " Le niveau de preuve apporté par les études est insuffisant, assure-t-il au Monde, lundi 7 janvier. Et dans nos consultations, on a la démonstration que les femmes abandonnent moins ces pilules. "

La preuve par l'expérience de terrain. Brigitte Letombe, pour qui les accidents n'interviennent que " lorsqu'on est porteur de certaines mutations génétiques " (AFP, 2 janvier), pense que les études épidémiologiques se trompent. " On voit bien, dit-elle au Monde, que ces pilules de 3e génération ont moins d'effets secondaires. C'est un vécu professionnel que la recherche scientifique ne peut pas évaluer. " Quant aux risques, tout n'est qu'" interprétation hâtive de résultats qui n'ont rien de nouveau, et présentent des biais méthodologiques, auxquels s'ajoute la peur d'un effet Mediator ".

Son confrère Christian Jamin, gynécologue parisien, demeure tout aussi sceptique : le risque supplémentaire " est loin d'être admis par l'ensemble des spécialistes du monde entier " (France inter, 2 janvier). La moitié des patientes auxquelles il s'est résigné à prescrire des pilules de 2e génération reviennent en disant qu'elles préféraient les 3e. Alors " n'hésitons pas à changer pour quelque chose de mieux toléré ! ". Même constance chez Sylvain Mimoun, gynéco-andrologue à l'hôpital Cochin. Les pilules récentes " moins androgéniques ", présentent moins d'effets secondaires (Le Parisien, 17 décembre). " A titre personnel, confie-t-il au Monde, je ne pense pas qu'il faille affoler. "

Contre toute évidence Si ces experts très médiatiques persistent à nier l'évidence scientifique et à inciter au non-respect des recommandations de la HAS, ce serait parce " qu'ils sont payés par l'industrie pharmaceutique pour être ses porte-parole ". Voilà la conviction de Martine Hatchuel, coprésidente de l'Association nationale des centres d'interruption de grossesse et de contraception (Ancic), que partage le docteur Philippe Foucras, fondateur du Formindep, pour une information médicale indépendante : " Quand les leaders d'opinion expriment d'autres avis que ceux de la science, c'est souvent qu'ils sont influencés par les laboratoires qui les rémunèrent comme consultants. "

Le Monde a retracé l'activité récente de ces experts : il apparaît a minima qu'ils ont tissé des liens étroits avec les laboratoires. Israël Nisand, dont le nom est constamment associé à la communication des firmes Effik et HRA Pharma, revendique sereinement cette proximité. " J'ai des intérêts avec tous les laboratoires qui m'aident à organiser des congrès dans ma ville, a-t-il dit au congrès Infogyn 2012. Et de nous expliquer que 25 laboratoires financent sa réunion annuelle de formation des gynécologues d'Alsace. Que lorsqu'il est expert invité à la conférence de presse d'Effik, on lui " rembourse l'après-midi ". " Je viens à Paris, je ne vais quand même pas le faire à mes frais ! " Qu'il animera en avril les " Samedis de la contraception " à Strasbourg, formation continue financée par les laboratoires - un mois après que Brigitte Letombe aura fait de même à Lille.

Dans son rapport sur la contraception, racontant ses discussions avec les industriels au sujet d'un éventuel " forfait contraception " pour les mineures, le professeur Nisand assume la stratégie commerciale dont il faciliterait le déploiement. En mettant entre les mains des toutes jeunes filles une pilule récente à 7 euros, les firmes, note-t-il, agiraient " par souci de santé publique, mais aussi pour la promotion de leur produit ainsi faite auprès de jeunes femmes peu tentées ultérieurement de changer une contraception qui les aura satisfaites dans leurs premières années de vie sexuelle ".

M. Nisand entretient des relations tout aussi étroites avec les laboratoires Nordic Pharma, qui produisent la Mifegyne (RU 486), pilule abortive. Il a animé en 2011 leur conférence de presse et colloque sur l'IVG, a établi le protocole de leur étude (Amaya) menée en centres d'orthogénie, avant de déclarer " Merci à Nordic d'avoir fait cette étude remarquable ", qui montre une " formidable tolérance de l'IVG médicamenteuse " au congrès Infogyn de 2012. Et de défendre la pratique de l'IVG médicamenteuse jusqu'à 14 semaines d'aménorrhée, position en contradiction avec la HAS, qui recommande de s'arrêter à 9 semaines.

Sur la contraception d'urgence, il s'est rapproché de HRA Pharma qui commercialise la pilule du surlendemain, EllaOne. En 2009, il participait à un groupe d'experts (dont Brigitte Letombe) sur les oublis de pilule réuni par ce laboratoire, sous la houlette du docteur Christian Jamin. Groupe qui, en octobre 2011, a conclu ses travaux par une incitation à l'usage d'EllaOne dans une revue d'obstétrique. Il est aujourd'hui investigateur principal pour la France d'une étude HRA Pharma sur cette pilule.

De son côté, le docteur Jamin affirme " travailler avec à peu près tous les laboratoires qui oeuvrent dans la contraception ". Il est notamment consultant ou membre d'un comité d'experts pour Bayer, Teva-Theramex, MSD, HRA-pharma, Effik.

Son confrère Sylvain Mimoun a déclaré des liens d'intérêt avec Teva-Theramex et Pfizer. Brigitte Letombe reconnaît de même travailler, ou avoir travaillé " avec tous les laboratoires de contraception ". Dans sa déclaration publique d'intérêts faite devant la HAS, elle cite Bayer, Codepharma, Theramex, HRA Pharma, Pierre Fabre, Organon, Sanofi (comme " communicante ").

Booster une carrière Les praticiens hospitaliers se défendent de tout profit personnel. Ils assurent renflouer ainsi les caisses des associations de service qu'ils créent pour financer tout ce que l'hôpital ne finance plus. Le professeur Nisand dispose de deux associations, qui correspondent aux deux pôles de gynécologie-obstétrique du CHU. " Tout l'argent gagné dans les travaux de recherche va à ces deux associations, il permet de payer des choses pour les femmes ", plaide-t-il. Les médecins du secteur privé, eux, obtiennent par exemple un petit coup de main des firmes pour monter le site Internet de leur cabinet médical...

Tisser des relations étroites avec les firmes accélère indéniablement une carrière professionnelle et confère envergure, pouvoir et notoriété. C'est être invité à des congrès nationaux ou internationaux, dans les hôtels de Monaco ou Deauville. Se voir confier des études terminales précédant commercialisation. Accéder à des publications prestigieuses puisque l'on peut rendre compte de ces essais. Cautionner en tant qu'expert invité les conférences de presse des firmes lors de lancement de produits. Diffuser son savoir dans la formation continue, et s'en trouver rémunéré.

Comme lors des " Samedis de la contraception ", ces journées de formation proposées gratuitement aux professionnels dans les grandes villes de France, organisées par les gynécologues Christian Jamin et David Elia. Ce dernier, qui a dispensé ou dispense ses conseils à 27 laboratoires, nous en détaille le modèle économique : " La journée est présidée par le patron du service gynécologique du CHU local et le médecin libéral leader de la région. Nous octroyons des stands aux laboratoires pour présenter leurs produits, qui sont fréquentés pendant les pauses. En échange ils financent l'organisation de la journée. " Pas d'interférences pour autant avec la formation médicale dispensée, jure-t-il : " Je ne roule pas pour un laboratoire mais pour l'industrie en général. Participer aux projets des industriels, les aider à s'adresser aux médecins, permet de connaître de l'intérieur les laboratoires, leurs forces et faiblesses. " Dans le mois qui suit, les participants, dont les laboratoires obtiennent ainsi les coordonnées, sont relancés par des visiteurs médicaux. Et l'évolution de leurs prescriptions est scrutée.

Membre du Formindep, Françoise Tourmen, médecin, ancienne responsable de centre d'orthogénie, a vécu tout cela de près : " Le PDG de HRA Pharma est venu me voir, m'a mise en lien avec son service communication, a soutenu mon association. J'étais transformée en leader local d'opinion. Mon avis était sollicité pour des documents du labo. Je parlais aux journaux régionaux. Et je devais porter la bonne parole dans les organismes de formation continue. HRA Pharma travaille avec des sociétés de formation professionnelle pour médecins comme Preuves et pratiques . La firme vous fournit un diaporama expert reprenant intégralement ses messages, et vous paie 500 euros le quart d'heure pour le lire. " Le dernier diaporama reçu de Preuves et pratiques, en 2010, était signé Brigitte Letombe.

Quel est le problème ? Lorsqu'on les interroge sur l'étanchéité entre leurs multiples liens d'intérêt et leur expression publique sur la pilule, ces leaders d'opinion s'offusquent, jusqu'à devenir agressifs pour certains. Ils s'estiment totalement indépendants. Sont persuadés de n'être en rien influençables. Travailler pour 25 laboratoires est une garantie d'indépendance, au moins ne sont-ils pas sous la coupe d'un seul, ajoutent certains. " Le noeud du problème, actuellement, ce sont bien ces leaders d'opinion, analyse le docteur Foucras, fondateur du Formindep. L'induction de prescription liée à l'argument d'autorité : le généraliste copie les prescriptions du gynécologue qui copie celles du prestigieux leader en blouse blanche du CHU, qui est devenu un visiteur médical haut de gamme. D'un point de vue stratégique, pour les laboratoires, c'est parfait, il n'y en a qu'un à influencer qui influencera tous les autres, notamment via la formation continue, devenue coeur de cible de la stratégie d'influence des firmes. "

Un rapport 2007 de l'IGAS soulignait l'essoufflement du système des visiteurs médicaux, trop coûteux pour l'industrie, au profit d'une " recherche croissante par les laboratoires du soutien d'experts, des hospitalo-universitaires, des leaders d'opinion ". Bruno Toussaint, directeur éditorial de Prescrire, revue médicale indépendante, perçoit clairement le mécanisme général d'influence des firmes sur les prescripteurs " déjà révélé il y a deux ans par le Mediator ". Pour faire des économies, les pouvoirs publics sous-traitent aux firmes la recherche clinique. Celles-ci, en finançant les essais, nouent des liens avec des experts, qui gagnent en notoriété puisqu'elles leur permettent d'accroître leur influence qui s'exerce dans la formation initiale à l'hôpital et à l'université, dans les congrès et la formation continue. Les adjoints de ces leaders d'opinion n'ont pas été choisis pour leur esprit critique, les étudiants sont imprégnés du fonctionnement de ce petit milieu, la presse ne pose pas trop de questions dérangeantes.

Ces grands médecins qui tissent tant de liens avec les laboratoires sont-ils pour autant sous influence ? " On ne peut pas leur faire confiance, tranche M. Toussaint. L'expérience montre que plus les experts sont associés au développement d'un nouveau médicament, plus leur opinion sera favorable. "

Le coup d'après Les laboratoires, qui gardent le silence sur la polémique, sont passés à l'étape stratégique suivante. Désormais, ils promeuvent massivement les " pilules monophasiques à l'estradiol naturel ", affichant sur leur publicité le visage radieux de jeunes femmes allongées dans l'herbe. Qlaira (de Bayer), arrivée sur le marché depuis 2009, et Zoely (Teva-Theramex), vendue depuis 2012, reprennent le rôle de la pilule miracle précédemment joué par celle de 4e génération, avec un bonus écologique dans l'air du temps.

La même mécanique se remet en route... Marketing forcené des laboratoires. Leaders d'opinion montant massivement en appui. Vidéos dithyrambiques sur le site des " Samedis de la contraception ". Déclarations des docteurs Nisand et Letombe, déjà convaincus que ces pilules dites naturelles ont " moins d'effets secondaires ".

Prescrire, pourtant, s'interrogeait déjà en décembre 2009, sur ces pilules à l'estradiol naturel : " Le profil d'effets indésirables reste mal connu malgré l'aspect "physiologique" de la composition. " Pourtant une fois encore, la parole des experts étouffe cette petite musique d'alerte.

Pascale Krémer

Par Philippe NOVIANT - Publié dans : Informations - Communauté : CAP21
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Mardi 26 mars 2013 2 26 /03 /Mars /2013 07:00

1336126214KalachAutoriser les citoyens à porter des armes, c'est autoriser les gens à se faire justice eux-même. C'est aller à l'encontre des principes pénaux les plus simples qui soient.

C'est exactement ce que font les Etats-Unis avec un principe oh combien grand humainement : "Dézingue avant de te faire dézinguer". Cette phrase est d'une bêtise à pleurer : " La seule chose qui peut arrêter un malfaiteur avec une arme, c'est un homme bon avec une arme. " ! Surtout quand on pense que des fusillades ont lieu dans des lycées et des collèges, alors que ces armes y sont interdites... Par définition, "l'homme bon" ne pourra pas porter son arme dans ces lieux alors que le malfaiteur ne s'en prive pas !

Bref, la surenchère ne règlera pas le problème. Mais la surenchère gave les fabriquants d'armes par la bêtise de ce pays.

Un article du journal 'Le Monde' daté du 10 Janvier 2013

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Lettre des Etats-Unis
Mon premier fusil

Quoi ? Deux semaines d'attente pour pouvoir acheter un semi-automatique AR-45 ? De quel amendement se moque-t-on ? Au dernier gun show de l'année, à Denver, les clients se bousculent devant les entrées. La foire aux armes se déroule à 20 km du cinéma d'Aurora où a eu lieu l'une des fusillades les plus meurtrières de 2012 (douze morts, en juillet, à l'occasion de la première de Batman), mais on se croirait à des années-lumière. Fusils sur les tables, fusils sur le parking, pistolets, revolvers... De toutes les couleurs, de toutes les formes, des armes partout. Et il faut le reconnaître, passé le premier moment d'effroi, on s'habitue.

Dans cette partie de l'Amérique, rien de plus banal que le gun show. En cette veille de réveillon, l'ambiance est familiale. Les plus petits sont juchés sur les épaules de leur père. Les ados ont une table rien que pour eux où trône " mon premier fusil " : flambant rose pour les filles.

Le Tanner Gun Show est l'une des plus grandes foires de la région : 700 étals bourrés d'armes à feu, de couteaux (en solde, dépêchez-vous, c'est dimanche), de gilets pare-balles, de blousons à poches où glisser les armes cachées que la loi de l'Etat donne le droit de porter partout - sauf dans les écoles et dans les lieux publics (une erreur, comme chacun sait. La preuve : les tueurs visent particulièrement les établissements scolaires sachant que personne n'y est légalement armé).

Une tenancière de stand essaie de vendre à une famille latino une torche qui envoie des décharges électriques. " 11 000 volts !, vante-t-elle, et seulement 70 dollars. " Son compagnon, une armoire à glace vêtue de cuir, appuie : " Elle l'a essayée sur moi. Je criais comme un enfant de 4 ans " ! Les clients défient les clichés, comme cette jeune femme de 27 ans, à piercings et pantalon baggy. Noire, et bien décidée à acheter un pistolet. Menacée ? Pas le moins du monde. Mais déterminée à " défendre sa famille " au cas où elle le serait...

Tom F., 36 ans, se balade dans les allées avec un fusil dans le dos et une pancarte accrochée au canon. " A vendre : AR-15 Sig Sauer ". En 2008, il l'a acheté 800 dollars. Aujourd'hui, il en demande 2 000. Vente de particulier à particulier : aucun papier n'est nécessaire. Depuis que vingt enfants ont été tués en décembre à l'école primaire de Newtown, dans le Connecticut, le marché s'est emballé. " C'est de la folie ", dit-il. Les clients veulent des semi-automatiques, et le même, tant qu'à faire, que le Bushmaster qui a servi à la fusillade. Non que ce soit la Rolls des armes à feu. " C'est juste parce que quelqu'un veut vous l'interdire. " Combien d'armes possède-t-il lui-même ? " Oh, une trentaine ", répond-il sans sourciller. Des fusils de différents calibres, " quelques pistolets ", des fusils à pompe... Vous ne voudriez quand même pas viser un cerf avec le même calibre qu'un coyote ?

Mi-décembre, Barack Obama a annoncé la création d'une commission nationale de réflexion sur la violence et les armes à feu, présidée par le vice-président Joe Biden. Elle doit rendre ses conclusions avant la fin janvier. Mais on peut compter sur les républicains pour freiner des quatre fers. La priorité, disent-ils, c'est la réduction du déficit et les mesures d'austérité.

Pendant ce temps-là, dans les gun shows, on s'empiffre, comme après chaque shooting. En décembre, 53 450 demandes d'autorisation d'achat ont été présentées au FBI dans le Colorado. Soit une augmentation de 50 % par rapport à octobre. Il en va de même au niveau national : 2,8 millions de demandes en décembre contre 1,6 million en octobre. Avant, le background check (la vérification des éventuels antécédents criminels ou psychiatriques de l'acheteur) prenait une demi-heure. Il faut maintenant plus de deux semaines.

Devant le stand de FAST, l'une des associations qui proposent une formation accélérée (une demi-journée) pour obtenir le port d'arme, l'instructeur fait l'article de ses stages. Pas besoin de s'acheter de pistolet, on peut louer. Et il y a des journées " ladies only ". " On s'amuse bien, dit-il. Après Halloween, on fait des concours de tirs sur les citrouilles. " L'homme offre des T-shirts marqués de la citation de Wayne LaPierre, de la National Rifle Association (NRA), le lobby des armes : " La seule chose qui peut arrêter un malfaiteur avec une arme, c'est un homme bon avec une arme. "

Une logique imparable, universellement partagée dans les guns shows. Interdire les armes après une fusillade, dit une pancarte, c'est comme dire : " A bas les cuillères. Elles me rendent obèse "...

Corine Lesnes

lesnes@lemonde.fr

Par Philippe NOVIANT - Publié dans : Informations - Communauté : CAP21
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Lundi 25 mars 2013 1 25 /03 /Mars /2013 07:00

ddrm cruas01Je ne suis pas favorable au fait d'effectuer des transferts de technologie à la Chine. La France doit garder son indépendance, son savoir-faire en la matière et ne pas partager ce qui la fait vivre. Dans toute entreprise, le plus grand secret est associé aux moyen et aux modes de production. Pourquoi, pour quelle raison, EDF échapperait-elle à ce principe ? Pour gagner de l'argent ? Pendant combien de temps gagnera-t-elle de l'argent à vendre sa plus-value. Il ne faut pas tergiverser, il ne faut pas négocier notre savoir-faire à vouloir le vendre à des voleurs et des copieurs.

Si la Chine ne veut pas de notre technologie car on ne lui vend pas les secrets qui vont avec, tant-pis. Il en va de notre avenir en la matière.

M. Hervé Machenaud n'a aucune vision politique ni industrielle. Il ne se rend pas compte que ce ne peut être que notre plus-value industrielle qui peut faire la différence avec nos concurrents, pas le fait de donner de la technologie. Car celui qui donne la technologie est mort. Hervé Machenaud persiste à penser que cela est bon car cela fera vivre la sous-traitance. Mais pendant combien de temps ?

Un article du journal 'Le Monde' daté du 10 Janvier 2013

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Dilemme nucléaire en Chine
Pierre Moscovici tente d'apaiser les relations avec Pékin, où le débat sur le transfert de technologie irrite
Pékin Envoyé spécial

A Pékin, on a peu apprécié le débat français sur la question du transfert de technologie en Chine d'EDF. En visite en Chine, mardi 8 janvier, le ministre de l'économie et des finances, Pierre Moscovici, a tenté de déminer le terrain.

" Nous nous interrogeons sur la façon dont sont appliquées les consignes stratégiques sur les aspects de transfert de technologie ou de propriété intellectuelle ", a déclaré M. Moscovici. Mais, a poursuivi le ministre, l'interrogation prend la forme d'une " étude " menée par l'inspection générale des finances, et non pas d'une " enquête ", comme on a pu le lire dans la presse française. Au coeur de la mission de contrôle de l'Etat, un projet d'accord entre l'électricien français et son partenaire chinois, Guangdong Nuclear Power Company (CGNPC), qui prévoyait un partage de savoir-faire dans le développement d'un nouveau réacteur.

Ce mémorandum de 2010, dont EDF martèle qu'il n'avait rien de " secret ", contrairement à ce qui a été dit, puisqu'il avait été vu par le gouvernement, n'a pas été validé à Paris. L'Etat ne souhaitait pas laisser EDF faire cavalier seul avec CGNPC quand Areva développe dans son coin un autre réacteur, baptisé Atmea, aux côtés du japonais Mitsubishi. Finalement, Areva a été associé au projet et un accord tripartite a été signé, le 13 novembre 2012, visant à dessiner ce nouveau modèle.

" Cette enquête nous paraît, disons, incohérente ", lance un professeur de droit au ministre français au cours d'un débat à l'Université du peuple, mardi. " Elle traduit surtout une méfiance envers la Chine, n'est-ce pas ? " Avant de poser la question : " Est-ce que vous pensez que la Chine a volé la France ? " " Il n'y a aucune suspicion ", répond le ministre.

L'affaire de cet accord mort-né de 2010 illustre le dilemme auquel est confrontée la filière française du nucléaire : que convient-il de céder à la Chine, alors que 80 % des commandes faites à la filière nucléaire française pour les quinze prochaines années proviennent de l'empire du Milieu ?

Le 24 décembre, un expert chinois, Pu Jilong, estimait dans le très officiel China Daily que le parc chinois de centrales s'élèvera à 60 gigawatts en 2020, soit un quintuplement de la puissance actuelle installée, et ce malgré l'année de gel des chantiers après la catastrophe de Fukushima.

" Les Chinois développeront de toute façon un programme nucléaire. La question est de savoir comment être là, comment faire pour qu'ils choisissent la filière française ? ", dit Hervé Machenaud, le directeur de la production et de l'ingénierie d'EDF. " Si la France ne s'inscrit pas dans le programme nucléaire des Chinois, ces derniers travailleront avec nos concurrents canadiens, russes ou américains ", poursuit cet ancien directeur du groupe en Asie-Pacifique, qui a supervisé le fameux projet d'accord enterré.

M. Machenaud, " le Chinois " comme on l'appelle encore chez EDF, est un fervent partisan du partage avec la Chine, au point que le livre commandé à un historien des entreprises sur les succès d'EDF en Chine est titré Le Chemin partagé (François Bourin Editeur, 416 pages, 24 euros).

" Si les Chinois développent un réacteur qui est dans la lignée de la filière française, avec le retour d'expérience français, les codes et normes français feront référence ", poursuit M. Machenaud. Déjà, sur les seize réacteurs en exploitation en Chine, six sont des CPR 1000, un modèle français de deuxième génération. Certes, les Chinois les construisent eux-mêmes - ils en ont acquis de longue date la technologie -, mais derrière ce qui est désormais présenté comme du 100 % chinois, 85 PME françaises ont des contrats de fournisseurs.

Le directeur de la production d'EDF va plus loin : les Chinois ont également un savoir-faire à apporter à la France. " La vision de M. Machenaud fait débat au sein même d'EDF. Oui ce sont les Chinois qui ont réussi à couler le béton du socle central en une fois à Taishan, alors qu'on le faisait en trois avec des problèmes de joints, explique une personne qui a suivi le chantier. Mais il y a des gens au sein de l'ingénierie d'EDF qui pensent que nous allons trop loin sur le partage du retour d'expérience. "

Combien de temps la Chine aura-t-elle besoin des étrangers dans le nucléaire avant d'aller les concurrencer ? " Tant qu'on leur apportera notre expérience, ils sont prêts à nous accueillir et à nous donner accès à leur marché ", pense M. Machenaud.

Un responsable d'une autre entreprise française du secteur, ayant lui aussi une bonne expérience chinoise, n'y croit pas : " Notre problème, aujourd'hui, c'est que l'appropriation chinoise de technologie va beaucoup plus vite que le développement de nouvelles technologies par les étrangers. Sur les réacteurs de deuxième génération construits en Chine, les Français n'ont plus qu'un rôle résiduel. Sur les tranches 1 et 2 des EPR de Taishan, il a fallu lâcher un peu, et sur les tranches 3 et 4 tout le monde sait que ce sera bien plus. Moi, je trouve ça bizarre. " Et d'insister : le programme nucléaire chinois " a vocation à former une filière autonome. C'est un programme à vocation nationaliste ".

La Chine n'en a jamais fait mystère, elle veut en effet maîtriser à terme l'ensemble de la filière. " Dans quelques années, nous saurons travailler seuls ", anticipe un expert chinois travaillant sur un programme de développement d'une des technologies nucléaires. Ce connaisseur rappelle que, déjà, le pays a deux centres de recherche sur ses propres technologies dites de troisième génération, au Sichuan (centre) et à Shanghaï. " Puisque seules la Chine et l'Inde seront de gros marchés à l'avenir, les étrangers ne peuvent pas se passer de nous. Il faut apprendre des Français, des Etats-Unis et de la Russie, obtenir l'ensemble de la technologie et choisir pour nous ce qu'il y a de mieux ", dit-il.

D'ailleurs, pointe cet expert chinois, sur les quatre réacteurs à eau pressurisée (EPR) de troisième génération de conception française en construction sur la planète, les deux européens, surtout celui de Flamanville en France, cumulent les retards. Les deux réacteurs de Taishan, en revanche, respectent le calendrier initial. Parce que les entreprises chinoises chargées de l'ingénierie ont une rapidité propre à celles qui ont enchaîné chantier sur chantier ces dernières années, que le chantier de Taishan bénéficie des retours d'expérience européens, que la main-d'oeuvre chinoise, en nombre, est travailleuse et, enfin, parce que les cocontractants chinois ont un fort intéressement au respect des délais.

La logique politique chinoise veut que l'on finisse un projet à temps, pour pouvoir se targuer d'un succès. Surtout pour CGNPC, qui est lui-même en concurrence sur le marché chinois avec le premier champion étatique, China National Nuclear Corporation, chargé de son côté d'absorber la technologie américaine de troisième génération, l'AP 1000 de Westinghouse. D'ailleurs, les Américains leur ont déjà promis de développer avec eux un nouvel AP 1400, plus puissant donc. " Les chantiers d'EPR en Europe ne sont pas très fluides et la France peine à trouver l'argent ", constate l'expert chinois. Conclusion : " Les Français ne trouveront le salut que sur les marchés étrangers, c'est-à-dire en Chine. " Un ancien haut responsable de CGNPC préfère ce ton diplomatique très chinois : " L'amitié franco-chinoise dans le nucléaire durera longtemps. "

La catastrophe de Fukushima n'est pas sans incidence. Après neuf mois d'inspections de ses centrales, le gouvernement chinois a présenté, le 24 octobre 2012, un rapport sur leur sûreté, afin de rassurer l'opinion. Parmi ses problèmes, la Chine y souligne la dispersion des technologies, qui rend le contrôle difficile. Conséquence, il faudra rationaliser.

Si la multiplication des technologies étrangères et des recherches parallèles chinoises fut nécessaire pour accéder au savoir-faire, Pékin pourrait, au cours des prochaines années, se recentrer sur un ou deux modèles de réacteurs, peut-être dans son treizième plan quinquennal qui guidera son économie de 2016 à 2020, mais se préparera avant. Reste à savoir lesquels.

Harold Thibault

    13 milliards d'euros

    C'est le montant des investissements français en Chine, selon le ministre de l'économie, Pierre Moscovici. Un chiffre quatre fois supérieur aux investissements chinois en France (3,4 milliards d'euros). La France est le troisième pays européen destinataire des investissements chinois, derrière l'Allemagne et le Royaume-Uni.

Par Philippe NOVIANT - Publié dans : Informations - Communauté : CAP21
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Vendredi 22 mars 2013 5 22 /03 /Mars /2013 07:00

coffret-de-secours---medecine-du-travail---farmor-913054C'est une bonne initiative qui est prise ici : elle aide à soulager les personnes en fin de vie et apporte de l'humanité dans les lieux où vivent ces personnes. Une initiative qui mériterait d'être généralisée, assurément.

Un article du journal 'Le Monde' daté du 9 Janvier 2013

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REPORTAGE
A l'hôpital de Chartres, des " biographies thérapeutiques " pour retisser sa vie
Des patients cancéreux se racontent à une écrivaine publique. Elle en tire un livre laissé aux proches
Chartres Envoyé spécial

Monsieur Gilles promène à petits pas sa perfusion à roulettes dans le large couloir, entre dans ce qui ressemble à une chambre d'hôpital, s'assoit, réajuste ses bretelles et braque un regard impatient vers son interlocutrice. Au portemanteau, une blouse blanche, et face à lui, une biographe.

Point de blouse ni d'examens médicaux, juste un stylo et un grand cahier bleu. Point de maladie non plus, ce n'est pas le sujet. M. Gilles, 68 ans, " papi trois fois ", est là pour son " petit bouquin ", comme il l'appelle. Tous les quatorze jours, c'est le même rituel. Une fois lancée la séance de chimiothérapie, il file à son tête-à-tête avec Valéria, pour ajouter quelques pages de plus à son récit de vie, et faire grandir le petit bouquin.

Depuis 2007, le service de cancérologie du centre hospitalier Louis-Pasteur de Chartres propose aux patients en situation non curative d'écrire l'histoire de leur vie, récit à une voix, celle du malade, et à deux mains, celles de Valéria Milewski, biographe. Une démarche qui tient en un proverbe, griffonné sur le tableau de son bureau : " Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens. " Le fil conducteur d'un complément à la médecine allopathique : " Bâtir avec ces personnes morcelées un tuteur sur lequel ils peuvent se reposer, au moment où les circonstances de leur vie font émerger un fort besoin de spiritualité, de transmission, de bilan ", témoigne la biographe.

Dans une autre vie, Valéria Milewski, 45 ans, longs cheveux noirs et port altier, écrivait pour le théâtre. Des drames. Lassée, elle s'inscrit comme écrivain public en 2005 afin de poursuivre l'idée qui lui trotte dans la tête. C'est deux ans plus tard qu'elle vient présenter son projet à Louis-Pasteur. Le pacte est scellé : " On n'a pas d'argent mais on le fait ! " Quarante livres plus tard, le pacte tient toujours.

Il est midi moins le quart, la biographe propose de clore la séance. M. Gilles fait la sourde oreille et poursuit, bavard, la discussion. A l'ordre du jour, pêle-mêle, son permis poids lourd, parce que ses " petits enfants doivent savoir que papi avait toujours ses 12 points ", les travaux dans le mobile home qu'il ne veut pas se résoudre à quitter, ou les tracas causés par son traitement lorsqu'il se met à l'ouvrage, lui qui continue d'enfiler son bleu de carrossier-mécanicien, et travaille encore " à 20 % ". Sans entamer la bienveillance rieuse de la biographe, la séance s'étire, comme pour faire durer le plaisir et retarder le retour en salle de soins.

Deux ans et demi qu'il " s'est mis au travail. On a démarré doucement, puis amplifié, je retrouve des détails oubliés ", explique-t-il. Des détails pour les suivants, ses enfants et ses petits-enfants. " Ils ne connaissent rien de moi, je n'ai pas toujours été présent, j'ai beaucoup travaillé. J'explique comment je m'y suis pris dans la vie, comment j'ai fait pour m'en sortir. " Une sorte de " recueil de bonnes idées... et de mauvaises aussi ! Ça sera "le bouquin à papi" ", sourit-il.

Dans cette urgence de transmettre, à chaque patient son message. Le quotidien et ses leçons pour M. Gilles, une volonté de prévention pour Clarisse-Andrée Essah-Mbarza, 49 ans. Loin de chez elle, c'est en France, où elle visitait un proche, qu'elle a appris la gravité de sa maladie. Une hospitalisation d'urgence, et la voilà contrainte de rester. Alors son livre à elle sera l'histoire d'une révolte contre l'injustice de vivre dans " un pays, la Centrafrique, où l'on nie la maladie ", où l'on est passé à côté de la sienne. " Sortir de ce silence qui tue, pour que ça serve aux autres ", expose-t-elle calmement. Presque de la politique. Et une occasion de mobiliser son énergie et son temps, face au déracinement et à la solitude, pour " vivre la maladie différemment et se sentir allégée " : Clarisse-Andrée écrit chez elle les textes et les reprend ensuite avec la biographe.

A l'hôpital, le récit est sous l'emprise du temps. M. Gilles et Clarisse-André ont noirci plusieurs cahiers, mais la majorité des patients s'arrêtent à quelques pages. Les narrateurs ne prononcent pas le mot " mort ", n'évoquent pas leur propre départ. Si la question de la souffrance ou de l'issue de la bataille affleure discrètement, entre les lignes, l'idée n'est pas de conclure sa vie. " Ce n'est pas un testament. Avec Valéria, on fait un bouquin, point ", résume M. Gilles. " La maladie n'occupe le plus souvent que quelques lignes dans les récits ", souligne Valéria Milewski. Ce n'est pas une dernière confession, pas une psychanalyse non plus. " Ce n'est pas ici que les gens creusent leur souffrance psychologique ", note-t-elle.

Pour le corps médical, qui se bat pour pérenniser l'expérience, la biographie " thérapeutique " a ses vertus. " Cela change le regard de la médecine, la remet à sa place ", décrit le docteur Solub. " On parle d'un sujet au terme de sa vie et plus seulement d'un corps en fin de vie. " Les récits demeurent confidentiels, ils ne les lisent pas. " Ça leur appartient, note Chantal Thaluet, cadre infirmier. Ne pas connaître leur histoire, c'est rester objectif dans notre écoute. "

Il est 17 heures. Le pas précaire, Clarisse-André repart dans son élégant boubou ; bientôt, M. Gilles réajustera ses bretelles et rentrera lui aussi chez lui. Sur la route, ils penseront peut-être à ce qu'ils ont encore à dire, à leur petit bouquin.

Benjamin Leclercq

Par Philippe NOVIANT - Publié dans : Informations - Communauté : CAP21
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Jeudi 21 mars 2013 4 21 /03 /Mars /2013 07:00

referendum.jpgBien entendu que l'UMP nous prend pour des imbéciles en la matière : certains de ses membres demandent un référendum actuellement, alors que l'UMP n'en a engagé aucun quand il était au pouvoir. Il ne l'aurait pas fait dans le cas contraire, c'est une évidence.

Notre classe politique actuelle est gangrénée par une position passéiste du pouvoir : elle considère que le pouvoir, c'est elle, et qu'elle peut, une fois qu'elle a été élue engager les réformes qu'elle veut sans l'assentiment du citoyen.

C'est un tort : notre pays souffre d'un manque de démocratie en la matière. Comme je l'ai déjà dit plusieurs fois, la France n'utilise pas assez le référendum sur un bon nombre de sujets. Les cas de société en sont un. Le mariage pour tous et l'adoption pour tous en sont un.

Un article du journal 'Le Monde' daté du 9 Janvier 2013

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Mariage gay : l'UMP agite l'arme du référendum
Avant la manifestation du 13 janvier, la droite dénonce l'absence de consultation des citoyens

Dans la rue et au Parlement. L'UMP veut mener bataille contre " le mariage pour tous " sur tous les terrains. Le principal parti d'opposition veut contraindre François Hollande à recourir à un référendum sur le projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples homosexuels. Le député UMP de Haute-Loire Laurent Wauquiez a annoncé dimanche 6 janvier son intention de déposer une " motion référendaire " à l'Assemblée pour tenter de " forcer " le chef de l'Etat à recourir à cette consultation.

" Les socialistes avaient promis de rendre plus facile les référendums sur les questions sociétales, je leur demande donc de tenir leur promesse ", explique au Monde M. Wauquiez, assurant que son initiative est soutenue par une trentaine de parlementaires UMP. Il a expliqué vouloir déposer sa motion " à la rentrée parlementaire ", le 15 janvier. Celle-ci n'a aucune chance d'être adoptée à l'Assemblée, où la gauche est majoritaire. Le projet de loi sera, lui, débattu à partir du 29 janvier.

L'ancien ministre UMP souligne que sa demande va dans le sens de l'opinion puisque 69 % des Français souhaitent être consultés directement sur le projet de loi, selon un sondage de l'IFOP pour Valeurs actuelles publié jeudi 3 janvier (réalisé du 18 au 20 décembre 2012 auprès d'un échantillon de 1 007 personnes).

Mais il n'est pas certain que le projet de loi sur le mariage homosexuel puisse être l'objet d'un référendum. L'article 11 de la Constitution de 1958, à jour de la révision constitutionnelle de 2008, prévoit que le président de la République peut prendre l'initiative de soumettre au référendum tout projet de loi portant notamment " sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale ". Un référendum peut également être organisé " à l'initiative d'un cinquième des membres du Parlement, soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales ".

Or, " dans l'interprétation traditionnelle, le projet de loi sur le mariage homosexuel ne peut être considéré comme un sujet de politique sociale, estime le constitutionnaliste, Didier Maus. C'est davantage une réforme sociétale du code civil ". Pour M. Wauquiez, un référendum est possible car le projet de loi du gouvernement a " un impact sur les questions de politique familiale " et peut donc être rattaché au champ social. " C'est discutable mais recevable ", résume-t-il.

" Chercher le consensus "

M. Wauquiez n'est pas le premier, ni le seul à droite, à demander un référendum sur ce sujet. Bruno Le Maire le réclame depuis plusieurs mois. " Je suis le premier, en août, à avoir proposé un référendum sur ce sujet. Cela reste ma position ", affirme-t-il. Le député de l'Eure fustige la méthode employée. " En voulant passer en force, sans consultation, François Hollande commet une erreur politique majeure, accuse-t-il. Les citoyens auraient dû être consultés directement car ce texte engage la conception que chaque Français se fait de la société française. "

Pour Nathalie Kosciusko-Morizet, députée UMP de l'Essonne, " les socialistes auraient dû chercher le consensus le plus large possible sur un tel sujet ". Les députés Hervé Mariton et Henri Guaino ainsi que la présidente du Parti démocrate chrétien, Christine Boutin, exigent aussi une telle consultation. Le président de l'UMP, Jean-François Copé, n'y est pas défavorable.

L'exécutif a déjà fait savoir qu'il était hors de question d'organiser un référendum. En septembre, la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a estimé que " d'une certaine façon, le référendum a déjà eu lieu au moment de la campagne présidentielle ", lorsque les Français ont décidé de porter François Hollande à l'Elysée.

Lors du précédent quinquennat, l'opposition de gauche avait déjà utilisé cette arme - sans succès - en déposant des motions référendaires au Sénat sur les projets de loi relatifs à La Poste, fin 2009, ou sur la réforme des retraites, en 2010. La droite avait rejeté l'utilisation d'un tel outil. Alors ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux avait déclaré, en janvier 2010, en réponse à la motion référendaire déposée par la gauche sur le projet de loi de réforme des collectivités territoriales : " Dans notre tradition républicaine, la démocratie représentative est la règle, la démocratie référendaire l'exception. "

Alexandre Lemarié

Par Philippe NOVIANT - Publié dans : Informations - Communauté : CAP21
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