Ces gens n'ont-ils pas quelque peu oublié le but de leur mission ?

Publié le 12 Novembre 2014

Cumul-mandatsCette situation est honteuse. Elle l'est car ces élus ont oublié de montrer un minimum de décence en occultant le fait que le but de leur mission doit être d'oeuvrer dans l'intérêt général. Dans ce dossier, force est de constater qu'on est loin de cet objectif...

Comment Sabrina Saidi peut-elle demander un appartement qui lui a été promis ? Promis par qui ? Promis pour quoi ? Mme Saidi s'est-elle impliquée en politique uniquement par intérêt personnel ? Quelque soit l'auteur, comment peut-on envoyer des tracts anonymes pour fustiger une prétendue situation maritale anormale ? Comment des élus peuvent-ils condamner de prétendus agissements sans preuve ? N'y a-t-il pas les forces de l'ordre pour enquêter sur de tels agissements ? Dans cette affaire, on va voir les forces de l'ordre après avoir échoué à se rendre justice soi-même...

Quoiqu'il en soit, ces bisbilles ne sont liées en rien à l'action de ces élus pour l'intérêt général. Seul l'intérêt personnel prévaut. C'est triste et honteux.

Un article du journal 'Le Monde' daté du 29 Juillet 2014

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Très sale ambiance autour de la mairie de Bobigny
Tract anonyme, enregistrements clandestins, plaintes multiples : la nouvelle équipe municipale UDI se déchire

Fait divers ou fait politique ? " Histoire de filles " ou lutte d'influence ? Depuis quelques semaines, Bobigny, préfecture de la Seine-Saint-Denis, bruisse du conflit qui oppose la nouvelle majorité municipale à une de ses adjointes. On y parle " séquestration ", " menaces de mort ", " diffamation ", " dénonciation calomnieuse "… " Boboche ", comme elle est surnommée, 50 000 habitants et presque autant de langues bien pendues, se passionne pour cette histoire qui ternit les débuts du maire, Stéphane de Paoli (UDI), élu en mars après quatre-vingt-quinze années de règne du Parti communiste.

Le premier acte se déroule, mardi 8 juillet à l'hôtel de ville, un bâtiment gris creusé d'alvéoles. Sabrina Saidi, 33 ans, adjointe chargée de la petite enfance, se trouve dans le bureau du premier adjoint, Christian Bartholmé. Elle doit parler avec lui de l'appartement qui lui a été promis durant la campagne. A 50 ans, il est celui qui tient les rênes de la mairie selon de nombreux habitants, bien plus que l'inexpérimenté Stéphane de Paoli. Il occupe aussi le poste de directeur de cabinet adjoint de Jean-Christophe Lagarde, le maire de la commune voisine de Drancy.

Dans le bureau, trois autres hommes ont pris place autour de la table, dont Kianoush Moghadam, 32 ans, directeur du développement territorial. Comparé à l'acteur américain Joe Pesci en raison de sa petite taille et de son débit de mitraillette, lui aussi est un proche du député Lagarde, dont il a été l'attaché parlementaire pendant quatre ans. " C'est un guet-apens ", pense alors la jeune femme. La question de l'appartement est en effet tout de suite évacuée.

Ses interlocuteurs accusent Sabrina Saidi d'être l'auteur d'un tract qui circule dans les boîtes aux lettres depuis la fin juin, dirigé contre Lynda Benakouche, une chargée de mission de la ville. De nombreux témoins assurent l'avoir vue le distribuer.

Le document, émaillé de fautes d'orthographe, reproche à la chargée de mission d'être l'épouse de Jean-Christophe Soumbou, un des membres du " gang des barbares ", condamné à dix-huit ans de prison pour sa participation au meurtre d'Ilan Halimi. L'implication supposée de Lynda Benakouche dans des actes de violence en réunion sur une femme enceinte est aussi mise en avant. " Observez, Drancy arrive en force ! - Allusion à la présence de collaborateurs de Jean-Christophe Lagarde - La mairie de Bobigny a embauché Al-Qaida ", conclut le texte. Lynda Benakouche entend porter plainte pour diffamation.

Le tract est vécu comme un affront par la majorité municipale, qui ne supporte pas que l'on s'attaque à un membre de la " famille ". Dans le bureau de Christian Bartholmé, la réunion s'éternise pendant près de deux heures trente. Kianoush Moghadam, qui a grandi dans le même quartier que Jean-Christophe Soumbou, s'énerve face aux dénégations de Sabrina Saidi : " Ferme ta gueule ! Tu crois que tu parles à qui ? " La jeune femme n'a jamais caché son aversion envers Lynda Benakouche. Se sachant soupçonnée, elle a glissé avant de venir un petit Dictaphone noir dans son soutien-gorge. Toute la conversation est enregistrée à l'insu de ses interlocuteurs. " C'est aussi dangereux pour tes miches ", la prévient Christian Bartholmé. Le lendemain, la jeune femme se présente au commissariat et porte plainte pour " menaces de mort " et " séquestration ". Les quatre hommes présents font de même pour " dénonciation calomnieuse ".

Dix jours plus tard, le sujet occupe quatre pages dans Marianne : " Comment la droite confie Bobigny à des petits caïds ", titre l'hebdomadaire. Le Parti communiste, moribond depuis sa défaite historique, profite de la brèche pour s'en prendre à la majorité. " Une chape de plomb est tombée sur les Balbyniens ", juge l'ancienne maire, Catherine Peyge, qui ne siège plus au conseil municipal.

Une assemblée générale est organisée à l'initiative de la CGT le 21 juillet dans les locaux de la mairie en présence de 200 salariés. La gestion des ressources humaines par l'équipe est mise en cause. " Nous avons saisi le préfet pour demander un contrôle de légalité afin de savoir si M. Moghadam et d'autres ont les qualifications requises et un casier judiciaire conforme pour les postes occupés ", assure un cadre du syndicat, sous le couvert de l'anonymat. " J'ai un bac + 5 en urbanisme, j'ai travaillé à l'Assemblée nationale… Il n'y a pas de présomption d'innocence pour les gens comme nous, issus de l'immigration ", se défend Kianoush Moghadam.

En 2008, le jeune homme menait avec d'autres une liste indépendante aux municipales baptisée " Libr ". Une grande partie de ses candidats s'est reportée en 2014 sur l'UDI. Les liens tissés avec Jean-Christophe Lagarde, député de la circonscription, n'y sont pas pour rien. Ce dernier a encore versé en 2013 une partie de sa réserve parlementaire aux associations présidées par Lynda Benakouche ou Kianoush Moghadam. " La ville ne leur donnait rien car ils refusaient de prêter allégeance ", justifie l'élu.

Pour ses opposants, le maire de Drancy, par ailleurs candidat à la présidence de l'UDI, exporte les méthodes qui ont fait son succès. " C'est un cocktail droite-centre avec les petits loulous qui tiennent les quartiers, comme à Saint-Ouen ou au Blanc-Mesnil ", juge un responsable communiste. " Nous ne sommes pas une bande d'envahisseurs envoyés par le méchant député Lagarde ", rétorque de son côté Christian Bartholmé, qui ajoute : " J'espère que le PC n'est pas derrière cette affaire de tract. "

Le premier adjoint a revu Sabrina Saidi samedi 12 juillet. Cette fois, c'est lui qui a enregistré la jeune femme à son insu. Cette dernière explique ne pas avoir voulu parler pour défendre une amie, coupable selon elle d'être à l'origine du tract. L'amie en question s'est présentée à la police et désigne Sabrina Saidi comme seule responsable. Le parquet doit communiquer dans la semaine sur l'éventuelle ouverture d'une information judiciaire pour les faits de menaces de mort et de séquestration.

Reste un point à éclaircir, qui a particulièrement intéressé les membres de la majorité lors de leur discussion avec Sabrina Saidi : pourquoi n'aime-t-elle pas Lynda Benakouche ? L'intéressée sourit : " Une amie m'a dit que Lynda parlait sur moi, lui disait de ne pas traîner avec moi. C'est un peu des histoires de fille, en fait. "

Olivier Faye

Rédigé par Philippe NOVIANT

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