Il doit être illégal d'acheter le silence

Publié le 4 Décembre 2013

gaz de schisteC'est honteux ce qu'il se passe aux Etats-Unis, le pays le plus démocratique au monde, dit-on.

Là bas, on peut acheter le silence à coup de dollars, comme en Sicile, le pays de la Mafia.

C'est donc bien à un système mafieux auquel on a affaire : les victimes sont contraintes d'accepter la transaction financière pour fuir des terres empoisonnées. Avec la transaction financière, est liée une clause de silence.

Cette clause ne peut figurer dans un contrat, car elle est très clairement abusive. En droit, toute clause abusive est réputée non écrite. Si la Loi était bien faite, les victimes pourraient profiter de la manne offerte tout en gardant leur droit élémentaire lié à leur liberté d'expression.

Quand un pays baffoue la liberté d'expression, est-ce encore un pays démocratique ? En plus, on nage en pleine hypocrisie car c'est ce même pays, qui ne condamne pas le racisme sous le sacro-saint principe de la liberté d'expression !

Les Etats-Unis ont donc encore beaucoup de progrès à faire en matière de démocratie.

Un article du journal 'Le Monde' daté du 10 Août 2013

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Gaz de schiste américain : " Silence, on fore ! "

Condamnée au silence à vie sur le gaz de schiste, une famille de Pennsylvanie est sauvée d'affaire par le brouhaha médiatique. Seuls les époux Hallowich sont désormais visés par l'arrangement amiable qu'ils ont conclu avec une compagnie de forage en 2011 les contraignant au silence. Leurs enfants, âgés de 7 et 10 ans, n'auront pas à tenir leur langue, contrairement à ce que spécifiait le compte rendu d'audience à huis clos, jusque-là confidentiel, mais rendu public mercredi 31 juillet par la presse locale.

Le couple avait attaqué en justice quatre compagnies pétrolières (Range Resources, Williams Gas/Laurel Mountain Midstream et MarkWest Energy), dont les activités polluaient leur ferme de Mount Pleasant, située près du gisement de gaz de schiste Marcellus Shalle, l'un des plus importants des Etats-Unis.

Selon Chris et Stephanie Hallowich, les produits chimiques utilisés par ces entreprises de forage sont à l'origine des brûlures aux yeux, à la gorge et aux oreilles ainsi que des maux de tête dont ils ont été victimes.

L'accord amiable proposé par Range Resources, typique pour ce genre de litige, consiste en une indemnité de 750 000 dollars offerte aux plaignants en échange de leur silence. " Pour la sécurité et la santé de nos enfants, nous avions besoin - de cet argent - pour les retirer de cet endroit ", avait expliqué l'épouse.

L'industrie du gaz de schiste a trouvé la parade, souligne le site Alternet, fleuron du militantisme en ligne, qui résume ainsi le choix donné aux victimes : " Recevoir une compensation financière pour les dégâts causés à leur santé (...) ou dénoncer publiquement les abus qui ont causé ces dégâts. Mais comme personne ne peut se passer d'une compensation, personne ne parle. "

" Fiasco "

En acceptant cette somme, la famille Hallowich s'est donc engagée à ne jamais parler en public de fracturation hydraulique, cette technique controversée d'exploitation du gaz de schiste très polluante, selon les écologistes, et encore moins de la compagnie attaquée. Mais qui dit " famille ", dit parents " et " enfants. Motus et bouche cousue pour petits et grands.

En 2011, un avocat de Range Resources, James Swetz, avait martelé face au juge : " Notre position est que cela s'applique à toute la famille ", en référence au gag order ou " obligation de silence ". Une décision inédite, selon le défenseur des Hallowich, Peter Villari.

" Nous savons que nous avons signé pour nous taire pour toujours, mais pourquoi cela doit-il lier nos enfants qui sont encore mineurs et empiéter sur leurs droits ? ", avait réagi la mère des deux enfants lors de l'audience.

Devant le tollé provoqué par l'affaire, Range Resources a fini par se rétracter, mercredi 7 juillet, assurant que la décision n'avait jamais été censée s'appliquer aux enfants. Un rétropédalage un peu tardif qualifié de " fiasco " par les médias américains.

Alexandra Geneste (New York, Nations unies, correspondante)

Rédigé par Philippe NOVIANT

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