Il faut lutter contre le FN en engageant des réformes efficaces

Publié le 14 Mars 2014

fn-dessinOn n'a pas le choix : entre une UMP qui court sur les terres du FN sans lui apporter la moindre plus-value et un exécutif immobile, peureux et lâche, on est obligé d'un côté ou de l'autre à agir dans l'intérêt général pour circonscrire la montée du FN.

La droite républicaine doit donc redevenir républicaine et le gouvernement doit engager des réformes courageuses et pérennes afin d'empêcher le FN de grappiller toujours plus de points dans l'électorat.

Il est là l'enjeu : dans la compétence des partis qui forment le bipartisme purement Français. Nos politiques se doivent d'agir. Sinon, les conséquences seraient fâcheuses à donner au parti le plus incompétent, le plus raciste, le plus idiot, les clés du pouvoir.

Un article du journal 'Le Monde' daté du 09 Novembre 2013

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L'exécutif désemparé face à l'emprise du FN
Ministres et députés sont partagés entre réponse sur les valeurs et volonté de ne pas " alimenter le buzz "

Que dire ? Quel discours tenir à l'électorat du Front national ? Sur fond de progression annoncée du FN aux municipales et aux européennes de 2014, de course-poursuite à l'UMP sur les thèmes de ce dernier et de tensions à gauche sur les positions défendues par Manuel Valls, la question taraudait déjà le pouvoir socialiste. Après que Mme Taubira a déploré une forme de solitude au sujet des injures dont elle avait fait l'objet, elle laisse les membres de l'exécutif encore un peu plus désemparés.

Certains d'entre eux sont convaincus que l'absence d'une réplique plus forte et plus rapide aux attaques dont la garde des sceaux a été la cible est due à la volonté de ne pas s'engager dans un combat qui nourrirait la dynamique frontiste. Au lendemain de l'entretien de Mme Taubira, publié mercredi 6 novembre dans Libération, une proche du président se désolait : " L'argument au plus haut niveau à l'Elysée, c'est qu'on est coincé par le FN, donc on ne fait rien. Sinon, on va le faire monter ! " " Le débat n'a pas lieu ", renchérit un ministre.

C'est en s'appuyant sur la mémoire nationale que François Hollande a tenu néanmoins à évoquer ce climat général. Lançant jeudi 7 novembre les commémorations du centenaire de la Grande Guerre, il a indiqué que ce conflit " nous rappelle d'abord la force d'une nation quand elle est rassemblée, y compris dans la tourmente " et souligné " l'intransigeance que nous devons avoir face au racisme ".

Pour le ministre délégué aux anciens combattants Kader Arif, le président, avec ce " discours de cohésion nationale ", aurait répondu aux interrogations de son camp en brossant " une France qui intègre et qui a confiance en elle-même, une République qui n'a pas à avoir peur, une nation qui doit être rassemblée et lutter contre le racisme ". Pour ce proche de M. Hollande, ce dernier a raison de prendre un peu de hauteur pour évoquer la question. " Il ne faut pas rentrer dans un jeu et un rythme imposé par le FN ", estime M. Arif.

Le degré de réactivité à adopter interroge pourtant les membres de l'équipe Ayrault. Un ministre regrette " une forme d'habitude prise à constater, sur les réseaux sociaux, dans les manifs, dans les expressions, une libération totale de la parole raciste. On n'est pas moins choqués, mais moins surpris ". Il y aurait en quelque sorte une forme d'accoutumance, alors que la réaction idoine reste à définir : " Le problème, c'est qu'en réagissant tu risques d'alimenter le buzz, ce qui a toujours été la technique du FN. Je pense pour ma part qu'il faut répondre à chaque fois, ne rien laisser passer ", poursuit ce membre du gouvernement.

Le dilemme, pourtant, est plus sérieux qu'une simple interrogation tactique sur la riposte. " Le trouble est profond car l'irruption du FN introduit un système tripolaire, diagnostique le député PS de Paris Jean-Marie Le Guen. Dans les années 1980, ses électeurs voulaient faire "turbuler" le système. Aujourd'hui, ils adhèrent aux thèses d'un parti qui vise le pouvoir. "

Un autre député confirme : " Tout cela va absolument à l'encontre de la vision traditionnelle du PS et de Hollande pour le deuxième tour. Donc il y a un malaise stratégique, qui se double d'une question : comment on parle au FN ? Et là-dessus, ni l'exécutif ni le PS ne sont à l'offensive. " Que dire, donc ?

Un ministre résume les deux lignes : " Soit on est très ferme sur les questions d'immigration et dans le fait qu'on n'a pas de leçons à recevoir, soit on marche à contre-courant et on estime qu'on gagnera si on reste ferme sur nos valeurs et nos convictions. " Entre les deux, le président, même s'il continue d'afficher un certain équilibre, a semblé ces derniers mois pencher de plus en plus pour la première, incarnée par Manuel Valls. Une inclination qui hérisse de plus en plus au sein de son gouvernement.

" Le fait de se taire, de reculer, de reprendre les mots et les analyses du FN parce que les gens pensent comme cela est une erreur d'analyse fondamentale, tacle une ministre. 17 000 Roms, c'est la population de Tulle, et il y a 3 millions d'enfants pauvres dans notre pays. Arrêtons de fournir des sujets carburants pour l'idéologie du FN ! "

Beaucoup préconisent de fait une posture plus offensive. " Il ne faut pas céder un pouce de terrain ", estime le ministre délégué à la ville, François Lamy, qui déposera la semaine prochaine à Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne) une plaque à la mémoire d'Habib Grimzi, touriste algérien défenestré du train Bordeaux-Vintimille, le 14 novembre 1983, pour des motifs racistes.

" Même pour les municipales, nous devons faire campagne pour dire que la montée de la parole et de la violence racistes et de l'extrême droite met en péril la démocratie et la République ", assure Benoit Hamon, ministre délégué à l'économie sociale et solidaire. Et d'ajouter, non sans une part de calcul : " Il faut mobiliser là-dessus une partie de notre électorat, des gens qui iront voter car ils ont le sentiment que la patrie est en danger ! "

Pour beaucoup, il n'est plus question d'attendre tranquillement que la campagne des municipales se passe. Un autre ministre met en garde contre la tentation de la disparition : " Il n'y a rien à gagner à passer ces élections à l'abri. Car quand le FN aura gagné je ne sais combien de villes, on se réveillera en réalisant qu'on n'a plus rien sur la tête... "

David Revault d'Allonnes

Rédigé par Philippe NOVIANT

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