Il faut que les politiques jouent les patrons face aux médecins

Publié le 10 Août 2012

coffret-de-secours---medecine-du-travail---farmor-913054.jpgCar la médecine est financé par les citoyens et car la médecine est une cause d'intérêt général, le politique se doit d'imposer ses vues à des médecins qui essaient trop souvent de tirer sur la corde.

On peut augmenter cette profession, mais la liberté d'installation doit très clairement être remise en cause, car il est inadmissible que la population subisse les déserts médicaux.

La liberté d'installation n'est pas de mise chez les huissiers, les notaires et elle l'est pour les médecins ? Quand c'est qu'un huissier a sauvé la vie de quelqu'un ces derniers temps ?

Un article du journal 'Le Monde' daté du 26 Juillet 2012

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Honoraires libres : pourquoi les médecins résistent
La CNAM et les syndicats de praticiens ouvrent, mercredi 25 juillet, les négociations sur les dépassements d'honoraires

En finir avec les dépassements d'honoraires abusifs et s'assurer que les Français puissent être soignés sans que la question financière soit un obstacle. C'est l'objectif des négociations qui se sont ouvertes, mercredi 25 juillet, entre l'assurance-maladie, les complémentaires de santé et les syndicats de médecins (CSMF, SML, MG France, FMF et Bloc).

Ces dépassements sont devenus un point noir du système de santé. De plus en plus de médecins s'installent en secteur 2 (honoraires libres) et les niveaux de dépassements ne cessent d'augmenter. La ministre de la santé, Marisol Touraine, a prévenu que, si la négociation échouait, elle n'hésiterait pas à légiférer. Elle plaide pour la mise en place d'un nouveau contrat avec les praticiens permettant une baisse de ce qui reste à charge des patients. Les syndicats de médecins, la Mutualité française et les associations de patients rappellent qu'une revalorisation des actes en secteur 1 (tarifs Sécu), est indispensable. Dans un contexte financier contraint, la négociation s'annonce difficile.

Géraldine Bloy est sociologue au laboratoire d'économie et de gestion (CNRS) à l'université de Bourgogne, et enquête sur les médecins depuis plusieurs années. Elle explique pourquoi les médecins libéraux sont attachés à la liberté tarifaire et d'installation.



Six spécialistes sur dix choisissent les honoraires libres lors de leur installation. Pourquoi ?

Malheureusement, il y a un déficit d'enquête sur ce qui guide les spécialistes en médecine libérale. Il ressort toutefois du discours des syndicats médicaux et de la presse médicale qu'ils subissent une dégradation de leurs revenus, de leurs conditions de travail, un déclin voire une " prolétarisation " et une perte de notabilité. Cela peut être une motivation à s'installer en secteur 2. Il y a là un côté " Je fais ce choix, parce que je le vaux bien ! ". Cela permet de se reconstituer un prestige que la société n'accorde plus aux médecins, du fait de l'évolution des exigences des patients.

Pourtant, il n'y a pas de paupérisation des médecins ou de décrochage de leurs revenus quand on les compare à ceux des cadres du privé. En outre, parler des revenus des médecins de manière unifiée conduit à masquer des disparités pourtant stupéfiantes et peu justifiées. Les revenus d'un radiologue ou d'un anesthésiste libéral sont ainsi plus de trois fois supérieurs à ceux d'un généraliste, qui travaille en moyenne davantage.



Les médecins se vivraient donc à tort comme des victimes ?

C'est ce qui ressort des discours des responsables syndicaux, et aussi des médecins seniors sur le terrain. Le corps médical est clairement sur la défensive : ce discours imprègne les plus jeunes et contribue au conservatisme, même parmi les gens de bonne volonté.

Pour comprendre leur ressentiment, il faut dire que la reconnaissance qu'on leur porte n'est effectivement plus ce qu'elle était, et que du fait de la politique de maîtrise des dépenses de santé, ils se vivent de plus en plus comme une profession cernée, d'autant que les pouvoirs publics se mêlent même désormais de définir les pratiques médicales. Dans ce contexte, les dépassements d'honoraires restent un espace de liberté apprécié.



Comment se positionnent les jeunes médecins ?

Ils sont sur la défensive. Les futurs médecins ont ainsi rappelé, avant la négociation, leur opposition à toute contrainte, et notamment à celle avancée par le gouvernement de limiter l'installation en secteur 2 dans les zones surdotées en praticiens. Ils refusent de payer pour les erreurs de leurs aînés... Ils se disent que si une limite est fixée, la fenêtre se fermera à jamais pour eux. L'histoire leur donne raison. En 1990, face à la multiplication des dépassements, l'accès au secteur 2 a été limité, et il ne s'est jamais rouvert. Depuis, ceux qui étaient en secteur 1, généralistes ou spécialistes, s'y sont trouvés bloqués.

Il faut rappeler que le vécu des jeunes médecins - concours difficiles, longues études, responsabilités - les entretient dans un sentiment d'exceptionnalité. Et puis, il y a l'internat, très lourd en termes de gardes et de temps de travail, parce que les seniors se déchargent sur eux. Ils doivent beaucoup donner et ont un peu le sentiment d'avoir déjà payé leur écot. Les enquêtes montrent ainsi que la liberté d'installation est la récompense d'efforts, et donc un acquis difficile à remettre en cause.



Les syndicats de médecins sont-ils représentatifs ?

Le mode de désignation des élites et des représentants des médecins reste très conservateur. Il s'agit massivement d'hommes quinquagénaires, quand il y a deux tiers de femmes parmi les jeunes diplômés. La question se pose effectivement de leur capacité à traduire les aspirations de tous. Mais ce n'est pas spécifique à la profession médicale.



Les dépassements d'honoraires sont devenus un frein à l'accès aux soins. Les médecins ne risquent-ils pas de se mettre la population à dos ?

C'est un risque pour leur image, le " seuil de tolérance " des patients semble en effet atteint. La nouvelle majorité bénéficie d'une fenêtre politique pour agir, mais tous les gouvernements ont regardé dériver les dépassements, sans apprécier toutes les conséquences pour les patients. Ils ont laissé s'instaurer une réalité qui pose problème : généralisation du phénomène, décrochage des revenus des médecins en secteur 1 qui jouent le jeu des tarifs de la Sécu, etc.

Cependant, si les médecins veulent la reconnaissance de la société, il faut trouver une position responsable. C'est leur intérêt de donner des gages sur les tarifs, s'ils veulent conserver des marges de manoeuvre sur la liberté d'installation, un autre chantier où ils ont bien plus à perdre.

Propos recueillis par Laetitia Clavreul

    2,4 milliards d'euros de dépassements d'honoraires en 2011

    1980 Création du secteur 2. Les médecins y sont autorisés à pratiquer des tarifs libres, mais avec " tact et mesure ".

    1990 Limitation des entrées en secteur. Seuls les anciens chefs de clinique et assistants des hôpitaux peuvent désormais s'y inscrire. Les nouveaux généralistes en sont exclus.

    Mars 2012  Renforcement de l'option de coordination. Les chirurgiens, obstétriciens et anesthésistes qui souscrivent s'engagent à facturer 30 % de leurs actes au tarif de la Sécu, et pour les autres, à ne pas pratiquer des dépassements supérieurs à 50 %. Les complémentaires de santé sont obligées de les prendre en charge. Ce dispositif vient d'être suspendu par le ministère de la santé.

    Coût total  En 2011, les dépassements d'honoraires se sont élevés à 2,4 milliards d'euros, dont 2,1 milliards pour les spécialistes. Entre 1990 et 2010, il est passé de 900 millions à 2,5 milliards.

    Part des effectifs  41 % des spécialistes pratiquaient des dépassements en 2011 (près de 60 % des nouveaux installés), contre 30 % en 1985. Chez les généralistes, la proportion est de 10 %, contre 16 % en 1985. 86 % des chirurgiens sont en secteur 2, 55 % des gynécologues, 40 % des dermatologues et 57 % des anesthésistes.

    Taux de dépassement moyen   Il s'élève à 55 % du tarif de la Sécu chez les spécialistes, 58 % chez les chirurgiens, 77 % chez les gynécologues et 60 % chez les ophtalmologues.

Rédigé par Philippe NOVIANT

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auni 25/09/2012 11:54

Bonjour,
Avant la sécurité sociale il n'y avait pas de déserts médicaux depuis la nuit des temps des médecins ont exercé par vocation. Il y a depuis que les médecins sont rémunérée moins cher que les
vétérinaires des deserts . D'ailleur au rythme de 6% d'installation par an en libéral on tend vers la pénurie de la profession libérale.
Pourquoi n'y as t'il pas obligation d'installation des vétérinaires dans les déserts ruraux ? Comment exercer une médecine de 2012 sans moyens scientifiques ni techniques, dans une région ou vu la
population les charges du cabinet vous feront fermer rapidement ? que celui qui a écrit les permiéres lignes de cet article s'y éssaye.

Philippe NOVIANT 25/09/2012 12:26



"Il y a depuis que les médecins sont rémunérée moins cher que les vétérinaires des deserts ."


Il faut donc augmenter leur rémunération.


"D'ailleur au rythme de 6% d'installation par an en libéral on tend vers la pénurie de la profession libérale."


La vérité est plus compliquée que cela. Il y a des zones qui sont sur-dotées, et des zones qui sont sous-dotées. C'est cette situation qu'il faut modifier pour rétablir l'égalité des Français
devant la médecine.


"Pourquoi n'y as t'il pas obligation d'installation des vétérinaires dans les déserts ruraux ? Comment exercer une médecine de 2012 sans moyens scientifiques ni techniques, dans une région ou vu
la population les charges du cabinet vous feront fermer rapidement ? que celui qui a écrit les permiéres lignes de cet article s'y éssaye. "


Facile ! Car il faut exercer une priorité des actions : l'humain doit passer avant les animaux. Il n'y a pas obligation d'installation des vétérinaires car il n'y a peut être pas de besoin en la
matière, il n'y a pas de sécurité sociale pour les veaux, vaches et cochons, et car cette obligation n'est pas instaurée pour les médecins.


Ces questions sont légitimes, mais le fait de poser des questions légitimes pour éviter d'avoir à répondre à la problématique de base décrite dans cette article est très grossier... Moi aussi,
quand on me pose des questions politiques auxquelles je ne veux pas répondre, je pose une question légitime pour noyer le poisson... Ne jouez pas à ça avec moi : je connais la technique ;)