Le PSG a réussi à se débarrasser de ses supporters les plus problématiques

Publié le 31 Juillet 2013

policeLe PSG a fait le ménage parmi ses Ultras. Les Ultras sont des groupes qui se disent des supporters. En fait, ils n'ont de supporters que le nom. Volontiers friants de violence, ils font régner un climat malsain, quand il n'est pas très clairement raciste.

Le PSG les a éliminés et peut s'en réjouir : un calme retrouvé dans le stade et une enceinte pleine.

Le PSG a donc eu raison de se séparer de cette population problématique à double titre : à la fois commercialement et d'un point de vue de la sécuritaire vis à vis de ses vrai supporters.

Bon débarras !

Un article du journal 'Le Monde' daté du 16 Mai 2013

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PSG Ultras résistants
Les violences du Trocadéro sont aussi le révélateur d'un conflit entre les dirigeants du club et certains supporteurs. Fans de toujours, ils s'estiment victimes des mesures de sécurisation du Parc des Princes et du mépris des propriétaires qataris

Liberté pour les ultras. " Déployée au sommet d'un échafaudage par des supporteurs peu sujets au vertige, la banderole surplombe l'esplanade du Trocadéro. Ce lundi 13 mai, plusieurs milliers de tifosi attendent les joueurs du Paris Saint-Germain. Une heure avant la remise du trophée de champion de France aux footballeurs de la capitale, le slogan est relayé en direct par les télévisions présentes sur la place bondée.

Alors que la fête rêvée par le club parisien vire à l'émeute, l'étendard fait l'ouverture des " JT ". Les incidents sont rapidement imputés aux " ultras ", frange de supporteurs historiques du club de football parisien. Frange radicale, pour certains. " Nous sommes tristes, de nombreux supporteurs éprouvent de la honte et les premières victimes de ces événements sont les amoureux du Paris Saint-Germain qui ont été pris en otage par les casseurs et les hooligans ", a réagi Jean-Claude Blanc, directeur général du PSG. Ce dernier, comme les autres dirigeants du club, a pris soin de ne pas citer les ultras.

Car le sujet est sensible. Cette " liberté " que revendiquent les ultras sur leur banderole répond à un conflit qui les oppose depuis trois ans à la direction du PSG. Un conflit sur " la cartographie " du stade. Pour le comprendre, il faut évoquer les incidents multiples, parfois violents, entre supporteurs, et, surtout, la mort de deux d'entre eux, Julien Quemener, en 2006, et Yann Lorence, en 2010. Le président du club à l'époque, Robin Leproux, avait alors pris des mesures radicales. Il a dissous deux " kops " ennemis, Auteuil et Boulogne, où se retrouvaient les supporteurs les plus virulents. Et les 13 000 supporteurs concernés ont alors été contraints de se mélanger, de façon aléatoire, dans le public. Inadmissible, pour les ultras, dont une partie décida alors de ne plus mettre les pieds au stade.

Jérémy Laroche, 28 ans, est un ultra, ancien habitué de la tribune Auteuil. Interdit de stade jusqu'en septembre sur décision de la préfecture de police de Paris, ce jeune restaurateur est le président de la défunte association Liberté pour les abonnés, dissoute au printemps 2012 " sous la pression du club ". Il faisait partie des 300 ultras présents au Trocadéro. Pour notamment dire ce qu'il pense de ce fameux placement des supporteurs au Parc des Princes. Il refuse d'endosser la responsabilité des incidents. " On n'a rien à voir avec ces débordements, clame-t-il. Saccager, ce n'est pas dans nos codes. On est allés là-bas pour se faire entendre. On a l'espoir de dialoguer. On sait que si cela part dans tous les sens, cela pourrait nous porter préjudice. " Et d'ajouter : " Un ultra, c'est une personne qui donne de son temps pour suivre le club à domicile ou à l'extérieur et organiser l'animation dans les kops. "

Dans l'entourage de la direction du PSG, on ne voit pas vraiment les choses de la même façon : " C'est facile de dire "c'est pas moi, c'est les autres". Les ultras ont voulu se ruer sur le podium. Ils ne sont pas responsables des pillages, qui sont le fait d'une horde de casseurs, mais ils ont provoqué les débordements. S'ils n'avaient pas été au Trocadéro, il n'y aurait pas eu ce phénomène de foule. " Un salarié du club évoque même " un phénomène de vengeance, d'hostilité exacerbée ".

Qui a raison ? Pour le sociologue Nicolas Hourcade, spécialiste des supporteurs, " ce qui s'est produit au Trocadéro aurait pu se produire sur les Champs-Elysées un soir de réveillon. Mais on ne peut pas dire que les débordements n'ont rien à voir avec les supporteurs ultras contestataires, notamment tous les jets de projectiles qui ciblaient directement les stewards du PSG ". Le sociologue ajoute : " A la différence des hooligans, qui viennent avant tout pour casser, soit les supporteurs adverses, soit la police, les ultras sont des groupes structurés, dont l'objectif principal est de soutenir leur club, mais comme ils sont dans une vision excessive du supporteurisme, ils vont jusqu'au bout, y compris jusqu'à la violence parfois, pour défendre leurs intérêts ou leurs couleurs. "

Car les griefs adressés à la direction du PSG par les ultras, tant par le noyau dur contestataire - entre 400 et 500 personnes, selon Nicolas Hourcade - que par la majorité moins bruyante de ces supporters historiques, vont au-delà de leur placement dans le stade. Surtout depuis que la tête du club a changé. Le fonds d'investissement américain Colony Capital a en effet laissé la place à Qatar Sports Investments (QSI). Et les frondeurs reprochent à QSI de brader l'histoire du club. C'est la conviction de Philippe Pereira, ex-porte-parole des " Indépendants " de la tribune Boulogne, qui " aime le PSG tel qu'on l'imaginait avant, pas celui des mercenaires ". Pour lui, " les Qataris s'imaginent que l'histoire du PSG a débuté la saison dernière ", lors de leur rachat du club.

Le président actuel du PSG, le Qatari Nasser Al-Khelaïfi, a également maintenu le plan Leproux sur la sécurité. Or les ultras comptaient sur un assouplissement. Ce n'est pas le cas, et ils ne s'en sont jamais vraiment remis : " A son arrivée en 2011, Jean-Claude Blanc avait promis un dialogue, et dit qu'il nous redonnerait un rôle d'intermédiaire au stade, explique Philippe Pereira. Il nous avait assuré que les mesures du plan Leproux évolueraient. Mais les Qataris les ont laissées en place, en donnant carte blanche à Jean-Philippe d'Hallivillée. " Ce dernier est le responsable de la sécurité du PSG. Et depuis les années 1990 et l'ère du président Michel Denisot, il est la bête noire absolue des ultras, à qui il ne fait aucune concession.

Parmi ces ultras désabusés, figure Jérôme C. (qui n'a pas souhaité donner son nom), 33 ans, directeur de magasin dans la grande distribution. " On n'est pas tous des chômeurs écervelés, contrairement au message que le club aimerait bien faire passer ", dit-il. Cet ancien abonné d'Auteuil (1995-2010) pourrait passer des heures à raconter les vexations que lui a fait subir la direction. A l'automne 2011, le PSG se rend à Zagreb pour une rencontre de Ligue des champions, mais le club, par crainte de débordements, n'a pas organisé de voyage officiel pour ses supporteurs. Jérôme C. et un ami achètent des places sur Internet, en toute légalité, et rallient Zagreb par leurs propres moyens, pensant pouvoir assister tranquillement au match au milieu du public croate. Sur place, ils tombent nez à nez avec Jean-Philippe d'Hallivillée, qui leur refuse l'accès aux tribunes...

Depuis trois ans, de nombreux supporteurs se plaignent d'être fichés par le club. Plusieurs ont lancé des recours auprès de la Commission nationale de l'informatique et des libertés : à l'occasion des matchs du PSG à l'extérieur, il leur est parfois arrivé de recevoir un message leur expliquant que le billet qu'ils avaient acheté sur Internet était annulé " en raison de consignes de la préfecture ". Dans son règlement, le club parisien interdit en effet à ses supporteurs de se rendre par leur propre moyen dans les stades provinciaux.

Selon Jérôme C., le dialogue entre les dirigeants et les ultras est inexistant depuis l'arrivée de QSI à la tête du club. " On a passé des coups de fil, envoyé des mails, rédigé des chartes de bonne conduite, mais ils ne veulent rien entendre ", déplore le trentenaire. Et les événements du Trocadéro risquent d'apporter de l'eau au moulin de ceux qui, au sein du club, refusent d'écouter des supporteurs. Parce qu'ils les trouvent ingérables : " On ne peut pas dialoguer avec des gens qui ont fait ce qu'ils ont fait, ils n'ont plus aucune crédibilité, confirme un proche de la direction du club. Comment Nasser peut-il discuter avec eux après ce qu'il s'est passé lundi ? On a accueilli un million de spectateurs sur une saison au Parc et il n'y a jamais eu de problème. Le club ne veut plus de ces supporteurs-là. "

Il aurait réussi à les remplacer par d'autres. " Ils ont fait le ménage, se plaint Philippe Pereira, ils choisissent leurs supporteurs. Jean-Philippe d'Hallivillée m'a dit : "On s'en fout de vous, le Parc est plein." " Effectivement, le Parc est plein : la fréquentation, qui avait chuté à 29 000 spectateurs, en moyenne par match, l'année post-plan Leproux, est remontée à 43 000 cette saison, boostée par la constitution d'une équipe de foot " galactique ". Le Parc est plein mais le Parc est mort, se lamente un ultra : " Les Qataris ne veulent plus de banderoles, ni de fumigènes. Avant, le Parc était une citadelle, maintenant il est pathétique. Avant, on avait un pouvoir de pression, notamment pour contenir la hausse des tarifs. Les Qataris veulent un public de consommateurs. On n'est pas ça. "

" Il y a eu de bonnes choses dans la politique du PSG, qui a pris à bras-le-corps les questions de violence et de racisme, souligne Nicolas Hourcade. Mais le club n'a pas trop su gérer cette population d'ultras qui s'est sentie victime collatérale du plan Leproux, et qui a estimé avoir été injustement virée du stade. Finalement, en refusant systématiquement le dialogue avec eux, les dirigeants ont radicalisé certains individus, et une partie des incidents du Trocadéro est liée à l'exaspération de ces gens-là contre le club. "

Dans ce contexte, les positions du club et des ultras semblent figées et inconciliables. " Les Qataris ont attiré un nouveau public, estime Philippe Pereira. Mais il y a parmi ce public des électrons libres, incontrôlables. Certains étaient parmi les casseurs avec le maillot du club sur le dos. On va dans le mur. "

Dimanche 19 mai, une manifestation des ultras, initialement prévue dans le 16e arrondissement de Paris pour prôner le dialogue, a été annulée par le ministre de l'intérieur, Manuel Valls. La veille, le PSG aura tenté d'effacer, au Parc des Princes à l'occasion de la réception de Brest, les séquelles laissées par les incidents du Trocadéro.

Rémi Dupré et Henri Seckel

Rédigé par Philippe NOVIANT

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