Où l'on continue de débattre de l'effet des 35 heures...

Publié le 29 Avril 2015

35hVoici un article qui en dit long sur le fait que les 35 heures continuent à plomber notre économie...

Sauf, qu'il manque un certain nombre de points ou se révèle inexact :

- On y dit que les patrons n'ont pas voulu faire grève vu leur niveau de salaire. Ceci n'est bien entendu valable pour des grands patrons, des patrons de grandes entreprises, qui sont plus de hauts dirigeants que de patrons. A ce titre, ils sont plus considérés comme des super-salariés que comme des patrons. Le patron d'une boite possède la boite, ou, tout du moins, possède une partie importante de la boite qu'il a fondée. Un grand patron ne possède sa boite que parce que les actionnaires ont bien voulu lui refiler des parts. Si le grand patron échoue, il est viré avec un golden-parachute et on n'en parle plus. Le petit patron de PME ou artisan, n'a pas les niveaux de salaire de son alter-égo des grandes boites, et pourtant supporte davantage les inconvénients d'une Loi qui va à l'encontre de sa productivité, sans qu'il soit plus rémunéré pour autant... Car il y a une énorme différence en terme de salaire entre un grand patron et un patron de PME ou d'une petite boite !

- La productivité n'a rien à voir avec le nombre d'heures travaillées et toutes les heures travaillées ne se valent pas ! On essaie de nous faire croire que la productivité d'un homme politique travaillant 80h par semaine serait au même niveau que celle d'un ouvrier ! La bonne blague ! Si la productivité était équivalente, on ne serait pas, en France, au niveau où l'on est ! Notre pays a une dette record, le budget est géré au plus mal, on a une politique éducative en berne et on veut nous faire croire que nos politiques font le job avec leurs 80h par semaine ? Il ne sert à rien de travailler 80h par semaine pour arriver à ce niveau de médiocrité généralisé ! Il m'est avis que nos politiques seraient beaucoup plus inspirés de travailler beaucoup moins, car, à force de travailler 80h par semaine, on est fatigué et on fait connerie sur connerie ! Le boulot d'un politique est de réfléchir et on réfléchit horriblement mal quand on est fatigué ! La preuve est démontrée tous les jours en analysant les chiffres de notre pays en matière économique, éducative et d'emplois...

- Il ne faut pas oublier que les 35h ont été avant tout une mesure avant tout démagogique en laissant penser aux travailleurs qu'ils allaient pouvoir moins travailler et plus pouvoir profiter de leurs loisirs. C'est évidemment un non-sens absolu et cela fait bien sourire au pays de La Fontaine qui n'avait pas attendu les années 1990 pour écrire sa fameuse fable sur une cigale et une fourmi...

Un article du Figaro.fr du 1er Février 2015

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35 heures : ces cinq erreurs qui ont pénalisé l'économie française

Par Guillaume Errard

Interprétation, calcul, analyse et surtout anticipation. Un ouvrage liste les nombreuses erreurs commises par Martine Aubry au moment de créer la loi sur les 35 heures, malgré les études qui en soulignaient les dangers.

«C'est de la folie, on va dans le mur» pour les chefs d'entreprise, «C'est super, je vais bénéficier de plus de temps libre sans que mon salaire soit affecté» pour les employés ou encore «On va se faire avoir» pour les ouvriers. Telles sont les réactions à propos des 35 heures que Jérôme Dutel a pu recueillir durant sa carrière professionnelle dans le secteur privé. Dans son dernier ouvrage, 35 heures, 35 erreurs (Les éditions de Passy), cet ancien directeur commercial de multinationales spécialisées dans les hautes technologies informatiques a listé 35 erreurs qui ont conduit à la création de cette loi. Le Figaro en a retenu cinq.
Jérome Dutel, auteur de l'ouvrage <i>35 heures, 35 erreurs</i>

• Diminuer la durée du travail sans changer les salaires

A l'origine de cette loi sur les 35 heures, une erreur de calcul que pointe Jérôme Dutel: la loi oblige les entreprises à diminuer la durée du temps de travail des personnels, sans changer leur salaire. D'où un renchérissement de 11% du coût du travail alors que la productivité par personne ne change pas. «Cette situation a amené les pouvoirs publics à accorder des aides aux entreprises pour compenser les hausses de salaires, explique Jérôme Dutel. Dans bien des cas, cela a énormément pesé sur les comptes des entreprises. Beaucoup d'entre elles se sont retrouvées à la limite de la survie et ont dû délocaliser leur activité». Les effets inverses de ceux que cette loi devait provoquer.

Une erreur lourde de conséquences puisqu'elle impacte également le financement des retraites. Qui dit stagnation des salaires, dit également stagnation des cotisations pour les retraites et donc tensions sur un dispositif déjà en déficit. «Ceux qui travaillent payent les retraites des retraités, rappelle Jérôme Dutel. En limitant le temps de travail, la loi sur les 35 heures réduit aussi le montant collecté pour le financement des retraites».

• Absence de dialogue social

L'auteur déplore que Martine Aubry, ex-ministre des Affaires sociales du gouvernement Jospin, à l'initiative de la loi sur les 35 heures, n'ait pas plus concerté les partenaires sociaux à ce sujet. Jérôme Dutel rappelle, à ce sujet, que le président du CNPF (l'ancêtre du Medef) de l'époque n'est autre que l'ancien patron de...Martine Aubry chez Pechiney, à savoir Jean Gandois. «Aveuglé par ses bonnes relations avec Martine Aubry chez Pechiney, Jean Gandois a été mis devant le fait accompli pour signer les 35 heures sans qu'il n'y ait eu le moindre dialogue entre eux. Ce qui n'a pu que nuire à l'efficacité de cette loi et surtout à sa réelle justification». Des éléments que confirme le rapport du sénateur UMP Louis Souvet. Publié en 1998, il dénonce le passage en force de cette loi qui «traduit une volonté politique qui entend s'imposer aux réalités sociales et économiques».

    «Avec notre niveau de salaire, nous n'avons pas le droit de manifester»
    Un patron à la fin des années 1990

Désireux de ne pas choquer l'opinion publique avec une manifestation, les chefs d'entreprise ont laissé faire. «Avec notre niveau de salaire, nous n'avons pas le droit de manifester. Ce serait se moquer des ouvriers, ce serait les provoquer», explique un patron à Jérôme Dutel. Quinze ans plus tard, les mentalités ont bien évolué puisqu'en décembre dernier, le patronat s'est mobilisé pendant une semaine pour contester la politique du gouvernement Valls. Sans oublier celle des «Pigeons» en 2012 contre la surtaxation des plus-values de revente d'une entreprise. «Sans doute que les alertes des opposants à cette loi auraient été mieux valorisées à la fin des années 1990 si Facebook ou Twitter avaient existé à l'époque, explique Jérôme Dutel. Mais les patrons ont également leurs responsabilités. Ils paient aujourd'hui leur manque de pédagogie vis-à-vis des Français, victimes des discours démagogiques d'une gauche dogmatique et non-gestionnaire».

• «Les salariés ne sont pas des robots»

Parmi les «réalités sociales et économiques» évoquées par le sénateur Souvet, la durée hebdomadaire de travail en France. En 1999, elle s'élève à un peu moins de 40 heures. Ce qui nous place devant l'Allemagne (39 heures) mais loin derrière le Royaume-Uni (43 heures) selon les chiffres de la Commission européenne. Une dizaine d'années plus tard, le constat est identique: la France ne travaille pas 35 heures par semaine. Loin de là puisque la durée de travail est légèrement supérieure à 39 heures, à en croire les chiffres de l'Insee. Même entre 1999 et 2002, lorsque ce chiffre a diminué, il n'est jamais descendu en-dessous des 37 heures.

«Combien d'heures par semaine travaille Madame Aubry? 70? 80? Et les députés qui ont voté la loi des 35 heures? Certainement le même nombre. Pourquoi ne sont-ils pas passés aux 35 heures, ce qui aurait donné l'occasion aux députés de mettre en application le supposé bienfait de cette loi: embaucher, s'interroge l'auteur. Le chômage ne peut pas se combattre par une approche purement mathématique. Les salariés ne sont pas des robots dont on peut découper l'occupation en tranche horaire. Ainsi, une des erreurs les plus dramatiques derrière les 35 heures, c'est d'avoir tout simplement oublié l'être humain».

• Avoir négligé la concurrence internationale

Autre «erreur grossière» commise par Martine Aubry, selon Jérôme Dutel: une méconnaissance du contexte international. La France est le seul pays de l'OCDE à avoir mis en place, dans les années 1990, une réforme similaire de réduction généralisée du temps de travail. «La ministre a cru que la forte productivité des salariés français compenserait éternellement la hausse du coût du travail. Mais elle n'avait pas anticipé que des pays comme la Chine, l'Inde ou encore l'Europe de l'Est pourraient investir dans des machines aussi sophistiquées que celles que la France possédait il y a quinze ans», explique-t-il.

Résultat: aujourd'hui, les salariés de ces pays sont payés en moyenne dix fois moins que les employés français pour des durées légales hebdomadaires de travail supérieures. «Ce n'est pas un hasard si c'est en Inde que désormais s'approvisionnent la plupart des marques textiles performantes, déclare Jérôme Dutel. On ne peut pas modifier le couple «temps de travail/coût du travail sans tenir compte du contexte international. Martine Aubry a conçu cette loi avec des œillères et sous un prisme franco-français».

• Les cas particuliers écartés

Le plus emblématique d'entre eux: les hôpitaux publics, en crise aujourd'hui parce qu'ils ne disposent pas du budget nécessaire pour embaucher le personnel manquant après la mise en place des 35 heures. Un comble pour une loi censée créer des emplois! En 2004, la Cour des comptes a dénoncé le coût exorbitant de cette loi pour les hôpitaux, en chiffrant les réductions de travail à 1,8 milliard d'euros. «Imagine-t-on une infirmière s'arrêter au milieu d'une piqûre ou un médecin arrêter sa consultation parce qu'ils viennent de passer le cap des 35 heures?, demande, perplexe, Jérôme Dutel. Dans les hôpitaux, la composante temps est secondaire par rapport à la composante de réussite du traitement médical».

Rédigé par Philippe NOVIANT

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