Quand le sport ibérique va mal

Publié le 2 Juillet 2013

medicaments-bientot-en-vente-libre-id493Le sport Espagnol va mal car il subsiste un doute général concernant sa probité. Il faut urgemment faire la lumière sur tous ces dossiers ou le sport dans son ensemble risque de faire l'objet d'un doute généralisé à son encontre.

Un article du journal 'Le Monde' daté du 4 Avril 2013

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Le procès de l'affaire " Puerto " ne dissipe pas le gros nuage qui flotte sur le sport espagnol
La juge n'a pas permis au docteur Fuentes, impliqué dans un réseau de dopage sanguin, de révéler l'identité de ses clients
Madrid Envoyé spécial

Pendant deux mois, Eufemiano Fuentes a soufflé le chaud et le froid sur le tribunal pénal de Madrid. Au premier jour de son procès, le 29 janvier, le médecin espagnol avait annoncé la couleur à quelques journalistes : non, désolé, secret professionnel oblige, il ne livrerait pas les noms de ses clients sportifs. Quelques minutes plus tard, il confirmait sous serment ce qu'il avait révélé au Monde dès décembre 2006, soit six mois après l'opération " Puerto " et la mise au jour d'un vaste réseau de dopage sanguin : non, il n'a pas seulement sévi dans le milieu cycliste ; oui, il a " travaillé avec tous types de sportifs. Cela pouvait être des footballeurs, des athlètes, des joueurs de tennis, des boxeurs... "

Le lendemain, le même Fuentes expliquait à la barre que, si la juge Julia Patricia Santamaria le lui demandait gentiment, oui, en fait, il pourrait donner " tous les noms auxquels correspondent les codes " inscrits sur les quelque 200 poches de sang saisies en 2006 par la garde civile et jalousement conservées depuis au laboratoire de Barcelone malgré les demandes répétées de l'Agence mondiale antidopage (AMA) de les récupérer pour identifier leurs propriétaires.

Mardi 2 avril, au dernier jour du procès de l'opération " Puerto ", la juge a une ultime fois donné la parole à Eufemiano Fuentes mais s'est bien gardée, comme depuis la première heure, de lui demander l'identité de ses clients.

D'où le sentiment de " frustration " exprimé il y a quelques jours par le président du Comité international olympique (CIO), Jacques Rogge. Dans un entretien accordé au quotidien El Mundo la veille de la visite dans la capitale espagnole de la commission d'évaluation du CIO de la candidature de Madrid pour l'organisation des Jeux 2020, le patron du mouvement sportif avait dénoncé le " bilan très frustrant " de l'opération " Puerto ".

" Frustrant ", mais pas étonnant dans la mesure où Eufemiano Fuentes n'était pas poursuivi pour dopage mais pour un simple " délit contre la santé publique ". Avant son audition, en février, l'ancien coureur allemand Jörg Jaksche avait exprimé ses " doutes " dans un entretien au Monde quant à " la volonté de la justice espagnole d'aller au bout de l'opération "Puerto" : il y a trop d'intérêts en jeu pour le sport espagnol et donc des choses à cacher ".

Comment expliquer, en effet, pour ne prendre qu'un seul exemple, que le nom de Marta Dominguez, la " grande dame " de l'athlétisme ibérique, n'ait pas été cité une fois dans l'enceinte du tribunal pénal de Madrid ? Sa collaboration avec Fuentes ne fait pourtant guère plus de mystère que son appartenance au Parti populaire du premier ministre, Mariano Rajoy.

" Un immense nuage continuera de flotter au-dessus de la tête de centaines de sportifs espagnols " tant que la transparence ne sera pas faite dans l'affaire Puerto, assurait il y a un peu plus d'un mois le président de l'AMA, John Fahey. On a bien cru que, à force de s'amonceler, les nuages allaient finir par provoquer un gros orage lorsque, une semaine après le début du procès, l'ancien président de la Real Sociedad, Iñaki Badiola, dans les colonnes du quotidien sportif AS, a accusé son prédécesseur et actuel patron de la Ligue espagnole de football professionnel, José Luis Astiazaran, d'avoir payé Fuentes grâce à une caisse noire pour qu'il fournisse le club basque en produits dopants entre 2001 et 2005. Fidèle à son principe, la juge Santamaria a évité de demander à Eufemiano Fuentes si l'annotation " RSOC " retrouvée dans ses documents pouvait par hasard correspondre à " Real Sociedad ".

Elle n'aura pas eu besoin de - ne pas - demander à l'ex-coureur Alberto Leon les noms " des sportifs et pas seulement des cyclistes " qu'il avait croisés à la consultation de Fuentes avant de se suicider en 2011. Elle n'aura pas eu besoin non plus de - ne pas - demander à José Luis Merino Batres, l'ancien collaborateur de Fuentes, les noms des footballeurs de premier plan que l'ex-cycliste Jesus Manzano, partie civile dans le procès, a rencontrés dans son cabinet madrilène. L'hématologue avait été dispensé de procès pour cause de maladie d'Alzheimer.

Reste à espérer qu'Eufemiano Fuentes aura retrouvé toute sa mémoire au moment de " tout raconter " dans un livre comme il l'a promis. La procureure Rosa Calvo a demandé une peine " exemplaire " de deux ans de prison pour le médecin. La décision n'est pas attendue avant un mois et demi. Et même si la juge suit les réquisitions, pas sûr que la condamnation, comme l'a réclamé le parquet, " lave l'image du sport espagnol ".

Stéphane Mandard

Rédigé par Philippe NOVIANT

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