Quand Leclerc abuse du système

Publié le 17 Février 2015

leclercLeclerc abuse du système et doit être condamné à ce titre ! On ne peut cautionner de pareilles agissements où Pôle Emploi paie des similis formations pour que des gens mettent en place le magasin lors de son ouverture et que ces personnes soient virées au moment où l'on n'a plus besoin d'elles !

Pôle-Emploi doit donc prendre ses responsabilités en assigner devant la justice ces bandits afin qu'ils remboursent ce que Pôle-Emploi a payé car l'argent de Pôle-Emploi est de l'argent public !

Un article du journal 'Le Monde' daté du 21 Novembre 2014

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Comment Leclerc abuse des aides de Pôle emploi
Onze chômeuses ont porté plainte pour escroquerie. Elles estiment avoir servi de " main-d'œuvre gratuite "
A chaque fois le même schéma, à chaque fois des victimes. Avant l'inauguration d'un supermarché Leclerc, des chômeurs se voient proposer une formation, effectuée dans le magasin, avec promesse d'embauche à la clé. Durant cette période, ils sont indemnisés par Pôle emploi.

Mais, en lieu et place d'une formation, les chômeurs sont préposés au ménage et à l'installation des rayons du futur commerce. Quand celui-ci est inauguré et l'heure de signer le CDI venue, la grande partie des chômeurs sont renvoyés pour des motifs aussi variés que futiles. Et les supermarchés franchisés – qui sont la règle chez Leclerc – ont profité d'une main-d'œuvre gratuite. Ce mode opératoire, d'après l'enquête du Monde, a cours dans plusieurs départements. Sollicitée, la direction de Leclerc n'a pas donné suite.

Lundi 17  novembre, deux avocats agissant pour le compte de onze victimes et de l'union locale CGT ont déposé plainte contre X au parquet d'Evry pour " escroquerie, offre d'emploi fausse, travail dissimulé, soumission de personnes vulnérables à des conditions incompatibles avec la dignité humaine et violences ". En cause, l'ouverture d'un supermarché Leclerc à Fleury-Mérogis (Essonne) le 15  janvier. Pour ce faire, le franchisé prend en stage 91 chômeurs du 17  décembre  2013 au 4  février  2014. Entre deux cours théoriques, ils sont surtout préposés au nettoyage, au rangement des rayons, à l'étiquetage des codes-barres…

" C'est vraiment n'importe quoi "
Une quarantaine d'entre eux, essentiellement des femmes, ont vu leur stage interrompu dans la même semaine, fin janvier, une fois le magasin ouvert. Les motifs invoqués sont aussi variés que contradictoires. On reproche à l'une d'être trop jeune, à l'autre d'être trop expérimentée, à une troisième d'être trop souriante, à une quatrième pas assez. Les avocats des plaignantes, Me Sofiane Hakiki et Eddy Arneton, dénoncent " un dossier emblématique dans lequel un fond public destiné à la formation est détourné à son profit par une personne privée. L'objectif de la prétendue formation était simplement d'obtenir une main-d'œuvre gratuite, financée par Pôle emploi. "

D'après l'enquête du Monde, le schéma de Fleury-Mérogis se reproduit dans plusieurs départements. Des cas similaires ont été recensés à Auxerre, Montpellier ou Narbonne (Aude).A Nîmes, 27 des 30 personnes embauchées par l'intermédiaire de Pôle emploi ont été licenciées en janvier pendant leur période d'essai selon Me Eve Soulier, l'avocate qui, au nom de cinq d'entre elles, a assigné la franchise Leclerc devant les prud'hommes. La décision est attendue le 5  mars  2015.

En octobre  2013, le site d'information Rue 89 avait publié le témoignage d'un chômeur recruté au Leclerc Drive à Auxerre. Comme à Fleury-Mérogis, seuls 16 des 25 chômeurs avaient été, selon nos informations, recrutés à l'issue de leur formation. " Une formation de six semaines pour un poste de préparateur de commandes, c'est vraiment n'importe quoi. On se fiche de la tête des demandeurs d'emploi ", avait tonné Fabienne Germain, une déléguée syndicale CGT dans l'agence Pôle emploi d'Auxerre, interrogée alors par Le Monde.

Leclerc semble avoir développé son système pour accompagner la vague d'ouvertures de " Drive ", ces services qui permettent de retirer des courses commandées sur Internet.Les campagnes de recrutement de l'enseigne passent par des " actions de formation préalables au recrutement " (AFPR) ou des " préparations opérationnelles à l'embauche " (PŒ). Ces formations, d'une durée maximale de 400  heures, doivent officiellement permettre de " combler l'écart entre les compétences - détenues - et celles que requiert l'emploi - visé - ". Les chômeurs qui souhaitent travailler chez Leclerc sont contraints d'accepter ces formations s'ils veulent être recrutés.

Leclerc n'est pas la seule enseigne à profiter des aides de Pôle emploi, mais enregistre, dans ce domaine, une longueur d'avance sur ses concurrents. La plupart des conventions signées pour les ouvertures de supermarchés prévoient entre quatre et six semaines de formation. " La formation a clairement servi à lancer les machines, nous avons fait toute la mise en place du Drive, la mise en rayon, le ménage, le montage des étagères ", confie un salarié d'un Drive qui a réussi à obtenir un CDI. " La direction a utilisé des prétextes pour faire partir ceux dont elle n'avait plus besoin, juste avant la fin de la formation ", estime-t-il.

Elément étonnant, les organismes de formation en contrat avec Pôle emploi sont parfois directement contrôlés par l'enseigne Leclerc. C'est notamment le cas de FM Formadif, qui a formé les chômeuses de Fleury-Mérogis, et qui appartient aux deux centrales d'achat franciliennes du Mouvement Leclerc. Dans le cas de Fleury-Mérogis, FM Formadif a perçu, selon les calculs du Monde, près de 190 000  euros de la part de Pôle emploi et du Forco, le financeur paritaire des formations dans la grande distribution, même si, finalement, moins d'un chômeur sur deux a été embauché. Un chiffre contesté par l'organisme de formation, qui refuse par ailleurs de communiquer la somme perçue.

En Languedoc-Roussillon, l'organisme IFCL, qui a assuré depuis 2012 la formation de chômeurs pour une quinzaine de Drive, appartient en partie à la famille Parnot, propriétaire d'un Leclerc dans l'agglomération de Montpellier. Ce cabinet, qui vante sur son site sa spécialisation dans " l'optimisation des contraintes réglementaires ", a vu son chiffre d'affaires augmenter de 30  % grâce à la vague d'ouvertures des Drive. Rien que l'ouverture de celui de Narbonne lui a permis d'empocher 45 000  euros de fonds publics, toujours selon les calculs du Monde.

" Il a pu y avoir des problèmes "
Comme Pôle emploi se contente de vérifier que le numéro de Siren de l'organisme est différent de celui du supermarché, cela ne permet pas d'identifier ces organismes " maison ". " Nos formations sont contrôlées, nous prenons le risque de prendre des gens qui ne connaissent rien au métier pour qu'ils soient opérationnels le jour de l'ouverture du Drive ", se défend Lilian Pitault, le gérant d'IFCL. Pour lui, " les déçus sont ceux qui ont piqué de l'argent dans la caisse ou qui rendent un service de merde ".

A Pôle emploi, on estime que les dérives identifiées par Le Monde sont isolées. " Il y a pu avoir des problèmes localement avec des franchisés, mais ils se corrigent ", assure la direction, qui précise que l'expérience n'est désormais plus renouvelée avec des supermarchés de l'enseigne dans plusieurs régions comme la Bourgogne, Provence-Alpes-Côte d'Azur ou dans le département des Hauts-de Seine. Pour autant, pas question de sanctionner Leclerc ou de couper les ponts avec une enseigne qui recrute des chômeurs sans qualification. Il suffit d'aller sur le site de Pôle emploi pour constater que le Leclerc Drive de Clermont-Ferrand recherche actuellement des chômeurs prêts à travailler pour son ouverture en janvier  2015. " Une action de formation se déroulera en amont de votre contrat de travail ", prévient l'annonce.

Jean-Baptiste Chastand, et Matthieu SuC

" On nous parlait comme à des chiens "

Le mardi 28  janvier, Ouarda Mansouri est arrivée, comme tous les matins depuis les cinq semaines précédentes, au supermarché Leclerc qui venait d'ouvrir ses portes à Fleury-Mérogis (Essonne). Comme tous les matins, cette mère de famille de 47 ans a fait le voyage depuis Etampes. Au chômage depuis plus d'un an, cette assistante de direction compte sur son stage pour devenir caissière.

Au vestiaire, elle croise Laura Guitton, une jeune maman elle aussi en recherche d'emploi. Leclerc vient de signifier à cette dernière que son stage s'arrête là. Lors de son entretien, Mme Guitton a vu un trombinoscope. En face du nom de Mme Mansouri, une croix rouge et une date, le 28  janvier. " J'ai dit à Ouarda : “Ce n'est pas la peine de te changer, toi aussi tu es virée…” ", raconte-t-elle. La prédiction de la jeune femme est exacte. Une semaine plus tard, le 4  février, Ouarda Mansouri devait pourtant signer un CDI.

Les deux femmes font partie des onze chômeuses qui viennent de porter plainte contre le magasin franchisé Leclerc, qui leur avait promis une embauche dans la foulée de leur formation financée par Pôle emploi au moment de l'inauguration de son magasin. Durant la formation qu'elles sont censées suivre, ces femmes ont le droit à des débats incongrus – pour ou contre l'homosexualité, par exemple. Elles sont surtout préposées au ménage, au rayonnage, à l'étiquetage des sous-vêtements…

Les cours sont assortis de commentaires peu amènes. A Isabelle Wattiaux, ex-chef caissière chez Lidl à qui on reproche de ne pas être assez souriante, le responsable du magasin, licencié lui aussi depuis, lance : " Si j'avais voulu des top models, vous ne seriez pas là ! " Elle sera congédiée deux jours avant Mme Guitton et Mme Mansouri.

" Le bus est juste en face "
Lorsqu'une stagiaire ose faire un aparté sur la tenue d'une formatrice, un autre formateur reprend l'ensemble des équipes : " C'est nous les patrons ! Je n'en ai rien à branler - sic - de vous. Vous pouvez partir d'ici. Le bus est juste en face et Pôle emploi à cinq minutes ! "

Contactés, le franchisé Leclerc et le centre de formation renvoient tous les deux vers la maison-mère, qui a refusé de répondre aux questions du Monde. Interrogée par Rue89, la directrice de la formation avait répondu, le 18  février, que les raisons du renvoi de la moitié des effectifs de stagiaires étaient " légitimes " : " Après, elles l'entendent ou elles ne l'entendent pas… "

Un peu honteuse, Ouarda Mansouri résume le sentiment de beaucoup des chômeuses : " On nous parlait comme - à - des chiens, mais on se taisait parce qu'il y avait le CDI au bout… Alors on a fait ce qu'on nous demandait. On a nettoyé, on a dépoussiéré. " Le 28  janvier, après s'être vu signifier la fin abrupte de son stage, Mme Mansouri est raccompagnée jusqu'au vestiaire par sa tutrice. On la fait partir par la sortie de secours, sans qu'elle puisse dire au revoir à ses collègues. Elle rend son haut aux couleurs de Leclerc. Et comme elle n'a pas de change, elle rentre à Etampes en soutien-gorge sous son manteau.

J.-B. C.  et M. Su.

Rédigé par Philippe NOVIANT

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