Quand les nantis se rebiffent

Publié le 18 Avril 2014

dicteeJe l'ai déjà dit et redit : est-il bien normal qu'un cadre, comme l'est un enseignant de classe prépa, fonctionne encore en heures supplémentaires, quand le cadre lambda du secteur privé fonctionne au forfait jour ?

Résultat des courses : des profs clairement surpayés à un tarif de cadre supérieur, sans les reponsabilités qui vont avec, et ce, avec l'argent public !

Les excuses de ces nantis sont nombreuses mais elles sont aussi imbéciles qu'absurdes :

- Danièle, 62 ans, professeur de maths, explique qu'elle a 30% de boursiers mais ce n'est pas grâce à elle ! Qui plus est, elle ne répond pas à la question et à la problématique de base : elle est payée en heures supplémentaires alors qu'elle est cadre. De plus, en tant que prof de maths, elle peut faire passer les colles (rémunérées) à trois élèves en même temps en touchant le triple du salaire : cherchez l'erreur !

- François, 51 ans, dit qu'il est méprisé à 2900Euros net par mois au bout de 20 ans de boite. Si tous les gens qui avaient 20 ans de boite étaient méprisés à 2900Euros/mois, ils voudraient tous être méprisés ! L'ouvrier travaillant à la chaîne dans les abattoirs pendant 20 ans, toujours au SMIC ou un tout petit peu plus, harassé par les maladies professionnelles pour avoir fait des gestes répétitif appréciera à sa juste valeur ! Il appréciera d'autant plus que lui, ne pourra pas faire d'heures sup, travaillant déjà 35h par semaine et qu'une heure de plus à faire les mêmes gestes augmente d'autant son handicap !

- Il ne faut pas oublier que les classes prépa ont un coût par étudiant très important de base. On veut faire de l'élite : soit. Mais payons déjà bien nos profs, sans les surpayer par des heures sup dont ils n'ont pas droit. Ils n'ont pas à toucher des 5000 Euros / mois en faisant leurs 35h ! D'autres profs, dans les ZEP ont besoin tout autant qu'eux de considération, mais eux ne sont pas méprisés à 2900Euros/mois ! Qui est le véritable méprisé dans cette affaire ?

- Le classement PISA est médiocre pour notre pays et a encore mis en exergue le peu d'accession sociale par les études dans notre pays. Jessica, 21 ans, a donc tort dans ses propos et a oublié largement la situation éducative dans notre pays.

Ces profs sont donc des nantis et on doit réduire leurs avantages par justice envers leurs collègues bien moins considérés.

Un article du journal 'Le Monde' daté du 11 décembre 2013

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A la manifestation des professeurs de prépas : " On nous fait passer pour des profiteurs "

Laurence brandit la copie de l'élève Vincent Peillon. Matière indéfinie, option ministre. Note : 0/20. Cette enseignante de géographie en classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE) au lycée Malherbe de Caen est venue " défendre un modèle qui fonctionne encore très bien socialement ". Comme elle, ils étaient entre 2 500 et 5 000 à manifester à Paris contre le projet de réforme du ministre de l'éducation nationale, lundi 9 décembre. Les professeurs ont exprimé leur mécontentement contre un projet de décret qui entraînerait une baisse de leurs revenus et une modification de leur temps de travail.

Les enseignants ont défilé entre le jardin du Luxembourg et la rue de Grenelle. Selon le ministère de l'éducation nationale, le taux de grévistes était de 59,41 %. " On est très en colère, M. Peillon nous impose ses décisions sans discussion préalable ", peste Christian, 57 ans, professeur d'histoire au lycée Lakanal à Sceaux (Hauts-de-Seine). " Peillon et Hollande veulent plus de gens défavorisés en prépa, mais moi, j'ai plus de 30 % de boursiers dans ma classe ", explique Danièle, 62 ans, professeur de maths.

" On nous fait passer pour des profiteurs, des gens qui ne bossent pas ", tonne François, 51 ans. Pour l'occasion, ce professeur de maths s'est coiffé d'un bonnet d'âne, sur lequel est sobrement inscrit " V. Peillon ". " Il le mérite bien, poursuit-il en souriant. En 2010, il disait déjà vouloir supprimer les grandes écoles. Par idéologie, il veut niveler par le bas en supprimant toutes les têtes qui dépassent. " La dernière fois qu'il est descendu manifester, Claude Allègre était ministre de l'éducation nationale : " Ce sont les mêmes. Peillon ment Allègre-ment. " Pas question, pour eux, donc de toucher au salaire. " Moi, je suis à 2 900 euros par mois et pourtant cela fait vingt ans que je suis dans l'éducation, assure Laurence, du lycée Malherbe. On nous méprise. "

" Métier spécifique "

La réforme doit servir entre autres à financer des heures d'enseignement en plus dans les zones d'éducation prioritaires (ZEP). Selon Danièle, une enseignante du lycée Jacques-Decour (IXe), " il n'y a aucun rapport entre les ZEP et les prépas ". " Mais Peillon joue là-dessus, il nous fait passer pour ceux qui ne veulent pas lâcher un peu d'argent pour les plus défavorisés. "

Tant pis si les CPGE ont tendance à se peupler d'élèves favorisés. " Le problème, ce n'est pas nous. Il faut revoir le système secondaire à fond, remarque Alain. Ce n'est pas en commençant par attaquer ce qui fonctionne qu'on améliore le reste. " Remettre en question la formation des élites, un message difficile à entendre pour les manifestants. " Quel pays peut se permettre de ne pas les mettre en avant ?, s'interroge Thierry, 54 ans, enseignant au lycée Dorian (11e). Et puis, un gouvernement PS qui propose de baisser le salaire des gens, je trouve cela fort de café… "

Les enseignants ont reçu le soutien de leurs étudiants. A l'image de Jessica, 21 ans, en prépa lettres. " C'est la prépa qui est mise en danger, dit-elle. On reproche aux bons élèves de s'y réfugier, mais c'est une possibilité d'ascension. "

Les organisations syndicales espèrent l'ouverture de nouvelles négociations avec M. Peillon. " On attend d'être reçu par le ministre pour lui expliquer que l'on fait un métier spécifique et recommencer tout à zéro ", annonce Sylvie Bonnet, présidente de l'Union des professeurs de spéciales (UPS).

Paul Giudici

Rédigé par Philippe NOVIANT

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