Quand nos politiques jouent aux pourris et oublient qui les paie

Publié le 6 Février 2015

6a00d83452232169e2015438c0abfb970c-800wiIl faut rendre transparentes toutes les dépenses venant de la poche des citoyens ! Quand on s'amuse, à ce point, avec l'argent public, on ne mérite pas son mandat et on mérite le fait d'être traité de pourris !

Car oui, ces gens qui se servent dans la caisse, fruit du travail des Français, SONT des pourris ! Oui, ils doivent être punis et de façon exemplaire car c'est l'argent du contribuable dont il est question ici !

La politique va suffisamment mal à cause de son incompétence. Il serait temps, aussi, qu'elle soit honnête !

Un article du journal 'Le Monde' daté du 7 Novembre 2014

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Au Sénat, la droite rattrapée par des retraits suspects
Un témoin raconte comment, pendant douze ans, il a remis au groupe UMP de l'argent liquide des centristes
Pour la première fois, un témoignage vient éclairer les étranges arrangements financiers qui ont eu cours pendant des années entre les centristes et l'UMP au Sénat, sur lesquels deux juges parisiens enquêtent depuis plus d'un an. Ces révélations proviennent d'un homme, méconnu du grand public, mais qui occupe depuis trente ans un poste de choix au Sénat.

Historien de formation, François Thual travaille pour le groupe centriste dont il fut conseiller, puis secrétaire général adjoint. En  2002, lorsque la droite fonde une grande famille, il devient conseiller du groupe UMP. Ces fonctions de l'ombre offrent à ceux qui les occupent un observatoire privilégié sur le fonctionnement interne des groupes politiques.

Cette petite cuisine est au cœur de l'enquête judiciaire. Il y est question de détournements de fonds, d'abus de confiance, de retraits en espèces. Auditionné par les enquêteurs en mars  2013, M. Thual revient en exclusivité pour Le Monde sur les pratiques dont il a été témoin.

L'une des questions qui taraudent les juges est de savoir pourquoi, entre les mois de décembre  2009 et mars  2012, l'Union républicaine du Sénat (URS), l'une des composantes de la famille centriste, a versé quelque 210 000  euros en chèques à une trentaine de ses sénateurs. Une autre, plus troublante, concerne des sommes d'argent liquide – quelque 113 000  euros selon Le Parisien – retirées d'un des comptes de l'URS, le compte des sénateurs centristes. L'enquête des juges porte sur trois années. Mais, selon François Thual, ces agissements sont bien plus anciens.

L'association des élus centristes est financée par le groupe UMP du Sénat. Mais les circuits financiers ne sont visiblement pas à sens unique. Pendant douze ans, " jusqu'à cet été, confie François Thual, j'allais tous les mois, ou presque, retirer entre 5 000  et 6 000  euros en liquide de l'un des comptes de l'URS, et je les remettais au trésorier du groupe UMP du Sénat, Jean-Claude Carle " – lequel n'a jamais répondu aux sollicitations du Monde.

A quoi servait cet argent ?
" J'agissais sur demande, poursuit M. Thual. On m'indiquait le montant à débiter. Je me rendais à l'agence Private Banking de la Société générale, boulevard Haussmann, je récupérais les espèces, glissais les billets dans ma poche et je rentrais en taxi au Sénat. " Pourquoi lui ? " J'étais secrétaire général de l'URS. Les autres refusaient par peur d'être attaqués dans la rue. "

Ces mouvements bancaires ont fini par intriguer la cellule anti-blanchiment de Bercy, Tracfin. Elle les signale au procureur de la République, qui ouvre une information judiciaire. A quoi servait cet argent ? Pourquoi un tel financement en cascade ? Le groupe UMP, qui subventionne l'URS, laquelle reverse des espèces au groupe UMP, qui signe des chèques aux élus ? " Ils avaient besoin de liquide pour les frais des sénateurs, m'expliquait-on ", poursuit M. Thual.

Ce dernier assure avoir demandé maintes fois la transparence sur les dépenses de l'URS. " On m'a répondu : “Tu nous emm… avec tes histoires de fonctionnaire.” " Comment cet argent était-il réparti ? Sur quels critères ? " Vous voulez qu'on vous donne des règles qui n'existent pas ! ", s'agace auprès du Monde Henri de Raincourt, sénateur de l'Yonne, et président de l'URS. Il rappelle " l'article  4 de la Constitution " selon lequel " les groupes s'administrent librement ". " Les partis politiques ont quand même le droit d'aider aux campagnes électorales de leurs élus ! Il faut payer la location des salles, la sono… " Sans compter " le papier toilette "… Mais des 4 000  euros par mois qu'il a reçus pendant des années, il ne dira rien.

" Nous n'avions pas à le déclarer "
Avec lui, une trentaine de sénateurs centristes sont visés par l'enquête. Aucun ne livre la même version sur la provenance et l'utilisation de ces fonds. Ainsi, Gérard Longuet (Meuse), considère-t-il son chèque de 2 000  euros comme une compensation des " 7 500  euros de cotisation versés tous les ans à l'UMP ". Les 12 000  euros touchés par Hubert Falco (Var) entre 2010 et 2012 ? " Un complément d'indemnité ", explique très simplement le sénateur.

Jean-Jacques Hyest (Seine-et-Marne), n'a pas souvenir de virement récent, mais fut un temps où il touchait " 4 000  euros chaque année avant l'été ". " J'aidais des collègues conseillers généraux à financer leur campagne ". " Comme cet argent provenait des formations politiques, ça n'était pas imposable, précise-t-il. Nous n'avions donc pas à le déclarer. "

Jean-Pierre Raffarin a touché 2 000  euros, " pour rembourser les frais d'un déplacement au Québec ", explique son entourage. D'autres sénateurs sont moins diserts pour justifier les largesses dont ils auraient pu bénéficier. Ladislas Poniatowski (Eure) aurait, selon Mediapart, reçu 4 000  euros mais, sollicité par Le Monde, le sénateur a refusé toute discussion.

Cet argent, assure François Thual, n'a pas uniquement servi à payer les gerbes de fleurs et les pleins d'essence des sénateurs. " Un jour, André Dulait, le sénateur des Deux-Sèvres, m'a demandé de retirer 3 000  euros pour les assistantes de Ségolène Royal qui engageaient un procès contre elle " (pour des histoires de journées travaillées non rémunérées). " Si ça c'est fait, ça ne me dit plus rien aujourd'hui, estime M. Dulait. Mais ça ne me semble pas aberrant ni incohérent avec les statuts de notre association. C'était un dossier politique comme un autre. "

La somme n'est visiblement pas parvenue aux intéressées. L'une de ces ex-assistantes, Evelyne Pathouot, assure " avoir payé l'intégralité des frais de justice " et qu'" aucun politique n'est rentré dans ce dossier ". M. Thual jure avoir retiré cet argent. Le but de l'opération était clair : freiner la députée des Deux-Sèvres dans sa course à l'Elysée.

Emeline Cazi

Rédigé par Philippe NOVIANT

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