Stopper la décentralisation ?

Publié le 24 Décembre 2013

La décentralisation rend service à beaucoup, mais pas à l'intérêt général.

En multipliant les élus locaux, les prérogatives souvent redondantes, elles sont considérées comme étant la source de l'augmentation sans fin des fonctionnaires locaux et du mille-feuille administratif. Quand Mme Lebranchu veut réformer ce mode de fonctionnement, elle trouve forcément des freins car cela ne fait pas plaisir à certains de voir leur statut d'élus remis en cause, ainsi que de voir partir une partie des fonctionnaires.

La décentralisation ne rend pas service au peuple car elle représente un surcoût que l'on ne peut plus se permettre avec la situation financière que vit la France actuellement.

Un article du journal 'Le Monde' daté du 08 Juin 2013

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Le chemin de croix de Marylise Lebranchu
Une réforme a minima de la décentralisation a été adoptée par le Sénat

C'est la ministre " punching ball ", celle sur laquelle " les élus sont autorisés à tirer ", concède un conseiller gouvernemental. Marylise Lebranchu, routière expérimentée des traverses gouvernementales, ministre de la réforme de l'Etat et de la décentralisation, prend des coups. Elle a sauvé ce qui pouvait l'être de la première partie du projet de loi décentralisation, adopté, jeudi 6 juin, par le Sénat. Mais si la création des métropoles lyonnaises et marseillaises a été validée, le Grand Paris est passé à la trappe, tout comme le nouveau schéma de gouvernance des territoires.

Les coups les plus appuyés sont venus de sa famille. Dès le 30 mai, jour de l'ouverture de l'examen de la loi, dans la salle de conférence du Sénat, Roland Povinelli (PS, Bouches-du-Rhône) dit son indignation à l'encontre du projet. " On veut nous tuer ", lance le bouillant septuagénaire avant de passer aux menaces : " Je vais mettre le feu ! " Et d'appeler au départ du gouvernement de Mme Lebranchu. Ambiance.

La fronde des élus socialistes, la ministre de la réforme de l'Etat s'y frotte depuis que le président Hollande lui a confié la mission d'alléger le mille-feuille de la fonction publique territoriale, de rationaliser les compétences croisées des collectivités. Mot d'ordre de l'Elysée : " écarter les superpositions, les enchevêtrements... " Ancienne vice-présidente de la région Bretagne, fine connaisseuse du dédale des institutions locales et de leur conservatisme, Marylise Lebranchu avait a priori tout pour être la femme de la situation. Lorsqu'elle accepte le ministère, elle a un plan : faire vite, avec un texte court, qui pose un cadre pour un nouvel acte de décentralisation. Cela " sans entrer dans les détails des compétences pour ne pas fâcher les lobbies d'élus ", explique alors son entourage.

Mais la méthode n'est pas compatible avec celle de l'Elysée. " Il a fallu d'abord écouter tous les partis ", rend compte sobrement Anne-Marie Escoffier, ministre chargée de la décentralisation. " François Hollande a géré le projet selon sa méthode habituelle : il reçoit et assure de son soutien chacun des protagonistes et puis, fouette cocher !, on verra bien ce qui se passera ", illustre le socialiste Jean-Pierre Balligand, président de l'Institut de la décentralisation.

La ministre se conforme à la ligne présidentielle et consulte tous azimuts. Mais, de consultation en consultation, le climat s'envenime, chaque représentant de collectivités s'agaçant de ne pas obtenir de réponse positive à ses doléances. Le projet de la ministre, c'est " un vaste foirail ", lui lance Michelle Vauzelle, président PS de la région Provence-Alpes-Côtes-d'Azur. " De la bouillie ", insiste Alain Rousset, président PS de l'Association des régions de France. Au Sénat, le projet n'est pas mieux reçu. Un texte " flou, lourd, confus ", cingle Jean-Pierre Sueur (PS, Loiret).

" Marylise paie pour tout le monde ", estime Claudy Lebreton, président de l'Assemblée des départements de France. " Elle assume les arbitrages de Matignon et des ministères de l'économie, du logement, des transports qui se sont discrètement glissés dans le projet de loi pour faire passer ce qui les encombrait en la laissant seule au front face aux élus ", liste l'élu breton.

Quant aux associations d'élus, " il leur faut trouver un bouc émissaire à leur propre échec puisqu'ils ne sont pas parvenus à s'entendre après des mois de concertation ", analyse Olivier Dussopt, député PS (Ardèche) et rapporteur du texte à l'Assemblée. Le projet de loi dépecé passera à l'Assemblée en juillet. " Il faut changer de méthode ", tonne Jean-Marie Le Guen, député PS (Paris). " Après l'étape du compromis, il faut trancher. Marylise Lebranchu est un poids moyen ", ajoute-t-il, laissant entendre que pour gagner ce combat, c'est un poids lourd qu'il faudrait placer sur le ring. Mme Lebranchu continue d'encaisser les coups. Mais étale désormais ses doutes : " J'ai comme une impression de solitude. "

Eric Nunès
 

Rédigé par Philippe NOVIANT

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