Un limogeage qui pose question

Publié le 17 Octobre 2013

Delphine-BathoOn en apprend un peu plus sur le limogeage de Mme Batho dans cet article. On y apprend que Mme Batho s'est exprimée et a réfusé que le budget de l'Ademe soit baissé. Pour moi, chacun a le droit d'avoir des convictions et se faire limoger pour elles, relève d'un mode ouvertement autoritaire et autocratique de mener le pays.

J'aurais apprécié que la lutte contre le chômage ait été mené avec un mode autoritaire et autocratique, bref, utiliser ce mode dans l'intérêt général. Las, il n'en est rien : on préfère user d'autorité vers les plus faibles, ce qui révèle bien la faiblesse de notre exécutif.

Un article du journal 'Le Monde' daté du 04 Juillet 2013

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RéCIT
La menace de Delphine Batho : " Je dirai tout sur les circonstances de ce... limogeage "

Il y a d'abord eu la surprise, suivie très vite par la colère. Ce mardi 2 juillet au matin, Jean-Marc Ayrault participe au petit-déjeuner de la majorité à Matignon, quand tombe la dépêche AFP qui relate les propos de sa ministre. Quelques minutes auparavant, sur RTL, Delphine Batho vient de qualifier de " mauvais " son budget pour 2014. " L'écologie est-elle bien une priorité  ? ", ajoute, provocatrice, la ministre.

La colère de Matignon La veille déjà, dans Le Monde, Mme Batho avait allumé la mèche en dénonçant un " mauvais budget ". " Il est indispensable que le président de la République et le premier ministre renouvellent leurs engagements sur l'écologie, sinon il y aura un problème, vous pouvez me citer ", prévenait-elle dès dimanche 30 juin. " Vous pourriez démissionner ? " " Nous n'en sommes pas encore là ", avait évacué Mme Batho.

Mardi matin, Matignon tombe des nues. " On comprend d'autant moins qu'elle n'est jamais remontée à l'arbitrage sur son budget ! ", s'étrangle un collaborateur du premier ministre. Contrairement à d'autres ministres, comme Michel Sapin (Emploi), Victorin Lurel (Outre-mer) ou Vincent Peillon (Education), Mme Batho n'est pas venue rue de Varennes négocier une rallonge alors que son ministère connaît la plus forte baisse (- 7 %), compensée selon Matignon par les rentrées sur la future écotaxe poids lourds et les investissements d'avenir du plan Gallois.

Le SMS de Jean-Marc Ayrault Agacé, M. Ayrault tente de joindre sa ministre par téléphone. En vain. Il lui envoie un SMS pour lui demander de revenir sur ses déclarations. " Soit tu fais un communiqué, soit tu démissionnes ", lui écrit-il. La ministre ne fera ni l'un ni l'autre. Au contraire, elle tentera toute la journée de plaider sa cause en sachant que c'est peine perdue. " Delphine savait qu'elle prenait un risque énorme, mais elle n'a pas cédé, explique un de ses proches. Hollande et Ayrault pensaient peut-être avoir affaire à une jeune blonde idiote, ils ont trouvé une femme politique à la nuque raide. " " Elle s'est toujours comportée comme un bon petit soldat mais le coup du budget, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase ", ajoute un député qui la connaît bien. Ces dernières semaines, la ministre était ulcérée par le " Batho bashing " directement orchestré par l'exécutif, selon son entourage.

Ironie du calendrier, à 10 heures, Delphine Batho a rendez-vous à Matignon pour une réunion de travail sur la fiscalité écologique avec le premier ministre, Cécile Duflot (Logement), Bernard Cazeneuve (Budget) et Pascal Canfin (Développement). Nouvelle demande du chef du gouvernement. Nouveau refus de la ministre.

A 13 heures, M. Ayrault retrouve le chef de l'Etat pour leur traditionnel déjeuner hebdomadaire. Pour François Hollande, pas question qu'un ministre soit " en rupture avec la solidarité gouvernementale ", a fortiori sur le budget, " pilier central de la politique nationale ". En début d'après-midi, le président de la République appelle lui-même la frondeuse, espérant encore que les choses peuvent s'arranger. En vain.

Delphine Batho : " Ça chauffe " A 15 h 30, Matignon invente la convocation par tweet. Delphine Batho est à l'Assemblée nationale lorsqu'elle apprend la nouvelle. Elle se tourne vers Jean-Paul Chanteguet, président de la commission du développement durable, assis à sa droite, et lui dit : " Ça chauffe. Mais je ne pouvais pas accepter la baisse prévue du budget de l'Ademe - Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie - .  Impossible. "

La ministre arrive rue de Varennes vers 16 h 30 pour en ressortir, sans un mot, une demi-heure plus tard. Face au premier ministre, l'échange tourne au dialogue de sourds. Devant " la persistance du désaccord ", Matignon décide de " mettre fin à ses fonctions ". Mme Batho ne démissionne pas, elle est débarquée. M. Ayrault se sent d'autant plus trahi, expliquent ses proches, que " c'est lui qui l'a fait entrer au gouvernement en mai 2012 - comme ministre déléguée à la justice - , puis qui l'a déplacée au ministère de l'écologie alors que ça se passait mal avec Christiane Taubira ".

Il en informe aussitôt François Hollande et lui propose le nom du député Philippe Martin comme nouveau ministre de l'écologie. L'affaire est scellée en quelques minutes. Peu après, le premier ministre joint M. Martin. " Philippe, tu connais la situation, lui annonce d'emblée le premier ministre. Je souhaiterais que tu entres au gouvernement pour remplacer Delphine. " " Je lui ai dit oui immédiatement ", explique au Monde le député du Gers. Le communiqué de la présidence est publié à 18 h 12, alors que M. Hollande remet la légion d'honneur au chanteur Hugues Aufray dans les salons de l'Elysée.

" C'est une décision débile "

A l'Assemblée, où quelques heures auparavant encore la plupart des socialistes prenaient la défense de la ministre qui " se bat pour son budget ", c'est la stupeur. " C'est une décision débile, réagit un poids lourd. On ne fait pas acte d'autorité en flinguant la plus faible. " " Delphine est trop maligne pour ne pas savoir ce qu'elle faisait. Elle a préféré mettre les voiles avec fracas maintenant plutôt que partir dans l'anonymat lors d'un prochain remaniement ", tacle un élu proche de l'Elysée.

Informé en plein bureau national du parti, rue de Solférino, le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, ancien de SOS-Racisme comme Mme Batho, encaisse le coup. L'ex-ministre, elle, ne réagit pas publiquement. " Elle va bien, ne pleurniche pas et se tient debout ", assure un proche.

Mercredi 3 juillet, lors de la passation de pouvoir à l'Hôtel de Roquelaure, elle a souhaité " bonne chance " à son successeur et remercié ses collaborateurs. Mais elle n'a pas rendu les armes pour autant : Mme Batho a annoncé également qu'elle dira " tout " sur " les circonstances de ce limogeage et ses conséquences " lors d'une conférence de presse jeudi, à 15 heures. En butant sur le mot " limogeage ". Comme s'il ne passait pas.

Marie-Béatrice Baudet et Bastien Bonnefous

Rédigé par Philippe NOVIANT

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