Une entrave à la liberté d'entreprendre

Publié le 17 Juin 2014

taxiC'est un dossier compliqué que celui-ci, car il n'y a pas les méchants d'un côté et les gentils de l'autre.

D'abord, pour les taxis : ceux-ci sont considérés comme artisans. In fine, comme patrons. En tant que tels, l'Etat n'hésite pas à les matraquer fiscalement (il n'y a pas d'autres mots) en prélevant près de 60% de leur chiffre d'affaire à financer leur modèle social par l'intermédiaire du RSI ainsi que leurs charges URSSAF et leurs impôts. Bref, pour un chiffre conséquent, il ne reste souvent pas grand chose pour eux. Si on y ajoute la bagnole à financer, et la licence qui a un prix libre, la note s'avère salée. La licence est très clairement le point très noir de la profession. Elle représente une sorte de fond de commerce dont le prix est largement dû, actuellement, à une certaine forme de spéculation. Qui dit spéculation, dit forcément, bulle spéculative, et qui dit bulle dit qu'elle peut éclater.

Car le problème est là : les taxis se retrouvent coincer à refuser toute concurrence tant la crainte que la bulle spéculative liée à la licence n'explose. Et quand on pense que la bulle pèse près de 200 000 Euros, on comprend que les taxis puissent être craintifs !

Ensuite pour les concurrents : ceux-ci ont un marché qui s'offre à eux car l'offre n'est pas à la hauteur de la demande. Toutes les actions des taxis ont eu pour conséquence de verrouiller le marché et de créer un état de pénurie. Les actions ont été à l'encontre de leur liberté d'entreprendre, pourtant inscrite dans notre constitution.

Enfin pour le citoyen : l'état de pénurie nuit à l'intérêt général car il instaure un monopole, tout en ne réduisant pas les prix. La concurrence est bonne pour le citoyen.

L'Etat aurait à gagner à libéraliser le secteur car plus un secteur voit sa concurrence augmenter, plus il crée d'emplois, plus la croissance du pays grimpe.

Le problème réside donc dans le dédommagement des taxis qui devront forcément, un jour ou l'autre, faire une croix sur les gains qu'ils espèrent de la revente de leur fond de commerce. On doit libéraliser le secteur maintenant et non pas attendre que la licence atteigne des sommets.

Il va falloir du courage à un gouvernement pour s'attaquer à ce problème, mais comme Hollande et le courage font deux, le dossier ne sera pas traité sous ce quinquennat. Le sera-t-il seulement un jour ?

Un article du journal 'Le Monde' daté du 16 Octobre 2013

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Volte-face éclair de Matignon face aux taxis
L'exécutif a remisé les mesures de libéralisation du secteur qu'il avait présentées comme acquises 36 heures plus tôt

A la fin, ce sont toujours les taxis qui gagnent ! C'est comme dans le football avec les Allemands... " Dépité, Yves Weisselberger, le patron de SnapCar, n'en revient pas. Il faut dire que le gouvernement vient de remiser son projet de libéralisation partielle du secteur.

Vendredi 11 octobre dans la soirée, les opérateurs de véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC), comme SnapCar, VoituresJaunes ou Uber, ont lu avec stupéfaction le communiqué commun des ministères de l'intérieur et du tourisme qui enterrait les avancées pourtant présentées jeudi 10 comme acquises.

A compter du 1er janvier 2014, les VTC, qui utilisent souvent des applications sur smartphone pour mettre en relation les véhicules et les clients, devront s'affranchir d'un délai de quinze minutes (qui n'existe pas aujourd'hui) entre la réservation de la course et la montée du passager dans la voiture. Un délai destiné à empêcher les VTC de venir concurrencer les taxis. Ces derniers, en échange de l'obtention d'une licence pouvant valoir plus de 200 000 euros, sont les seuls à pouvoir prendre les clients à la volée dans la rue.

Quinze minutes et un rétropédalage éclair. Jeudi matin à 8 h 30, des journalistes étaient conviés place Beauvau. Les cabinets de Manuel Valls et de Sylvia Pinel, respectivement ministres de l'intérieur et du tourisme, présentent leur arbitrage sur le dossier épineux des VTC, après neuf mois de consultations.

" Dépouillé de son sens "

Le délai de quinze minutes entre la réservation du véhicule et la prise en charge du client pour les VTC est largement aménagé, par le biais de plusieurs dérogations.

Ainsi, ce délai disparaît si le client est abonné à la société de VTC depuis vingt-quatre heures. Tout cela doit " donner lieu à un décret pour une application au 1er janvier 2014 ", explique-t-on alors, en ne cachant pas qu'" il existe une certaine tension entre les taxis et les VTC ".

Le dispositif est dévoilé une heure plus tard aux représentants des taxis, avant de l'être à 14 h 30 aux dirigeants de VTC. " Nous, nous étions satisfaits, raconte M. Weisselberger, Le gouvernement nous signale que les taxis étaient furieux. "

Trente-six heures plus tard, il n'est donc plus question d'exception pour les abonnés. Seule dérogation à la règle des quinze minutes : lorsque le VTC est commandé par un hôtel de luxe ou un salon professionnel. Autre nouveauté, la création de 1 000 licences de taxis supplémentaires, réservés aux chauffeurs acceptant de travailler le samedi soir.

Place Beauvau, on affirme qu'" il n'y a pas eu de reculade ", mais une concertation avec tous les acteurs. " Une concertation est toujours une forme de tâtonnement, c'est normal ", poursuit-on au ministère de l'intérieur. Finalement, " notre plan est bon pour tout le monde ".

Dans l'entourage de Manuel Valls, on assure ne pas " avoir eu peur " d'une grève des taxis. " On ne voulait pas non plus que Paris soit bloqué. On a simplement voulu trouver un point d'équilibre acceptable par tous. "

En réalité, il s'agirait d'une autre histoire. " C'est Matignon qui a arbitré quand on a fait remonter les réactions et ce qui pouvait se passer, explique-t-on au sein du gouvernement. On savait bien qu'il y avait des choses qui risquaient de coincer du côté des taxis. On a eu des discussions dans l'urgence pour trouver quelque chose qui poursuive le même objectif : une concurrence équitable. " Car, les taxis, très remontés après leur réunion de jeudi, ont eu le sentiment que " l'exception à l'engagement des quinze minutes - l'abonnement - était inacceptable ", raconte-t-on au sein de l'exécutif.

S'ils avaient décidé en juin de ne pas mettre en exécution leur menace de grève, ont-ils expliqué, c'était parce qu'ils avaient reçu l'engagement du gouvernement en faveur d'un délai d'attente " ferme " de quinze minutes pour les VTC. L'engagement ne tenant plus, ils menaçaient de faire grève, comme en janvier.

" Cela n'a pas tant chauffé que cela... Nous avons déjà fait bien pire ! Dans une négociation, un peu de tension, c'est la vie ! ", s'amuse Alain Griset, président de l'Union nationale des taxis.

" Le projet du gouvernement dépouillait le délai de son sens ", précise Gilles Boulin, secrétaire général à la chambre syndicale des sociétés coopératives de taxi de la région parisienne.

Les taxis craignaient notamment qu'il suffise d'être inscrit à une application sur smartphone pour être abonné. Le gouvernement leur a assuré qu'il n'y aurait pas de paiement à la course, que le client devrait laisser ses coordonnées bancaires comme dans tout abonnement. Sans les convaincre.

" Un scandale "

Les VTC, eux, se sentent trahis. C'est " un scandale sans nom ! On a travaillé neuf mois pour aboutir à une mesure intelligente et, en un jour, le gouvernement recule devant une énième pression des taxis ", se désole Yan Hascoet, cofondateur de Chauffeur-privé.com. " Une position officielle donnée jeudi, et l'inverse le vendredi ? Ce n'est pas sérieux ", s'insurge M. Weisselberger.

Chez SnapCar, 75 % des voitures arrivent en moins de quinze minutes auprès du client. " Chez nous, un chauffeur fait environ douze courses par jour. Imaginez ce qu'il perd s'il doit attendre un quart d'heure à chaque fois ! ", pointe Pierre-Dimitri Gore-Coty, directeur général d'Uber en France.

Des réactions qui indisposent Yann Ricordel, le directeur général des Taxis bleus. " Paris est l'une des villes les plus libérales avec les VTC. A Miami, le délai est de trente minutes. A Vancouver, la course minimum est de 75 dollars - 55,2 euros - ! Quinze minutes, c'est le minimum. "

Dans les faits, faire respecter ce quart d'heure ne sera pas une mince affaire. " On ne va pas mettre un policier derrière chaque véhicule ", affirme Christian Delomel, le président de la Chambre syndicale des taxis. A Paris, les " boers ", la police des taxis, ne sont que 80.

Julien Dupont-Calbo et Cécile Prudhomme, avec Bastien Bonnefous

Rédigé par Philippe NOVIANT

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