Oui : l'opinion publique se manipule !

Publié le 20 Juillet 2015

Oui : l'opinion publique se manipule !

Cet article est fantastique car il montre et démontre combien l'opinion publique, trop souvent considérée comme statique et relevant de la liberté de pensée personnelle, peut se manipuler très aisément...

L'Homme, étant un animal comme un autre, peut se manipuler à partir du moment où l'on sait jouer sur la corde sensible.

Ainsi, il suffit d'un ou deux sondages pour faire basculer une élection. Les sondages font donc les élections et ce n'est pas M. Bayrou qui va me contredire sur ce point lorsqu'on pense à son résultat de 2007 et à ses résultats aujourd'hui alors que l'on ne peut pas dire que l'homme est versatile politiquement.

A méditer et à utiliser pour tout bon (?) homme politique qui se respecte...

Un article du journal 'Le Monde' daté du 26 Mars 2015

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Les coulisses du " virage à droite " de Benyamin Nétanyahou
Le premier ministre israélien, auquel il manquait quatre sièges à quelques jours du scrutin, a réussi à inverser la tendance

Etre surpris par sa propre habileté est un privilège rare. Dans la nuit du 17 au 18 mars, une poignée d'hommes qui ont lié leur destin pendant trois mois à Benyamin Nétanyahou en ont été tout étourdis. Au fil du dépouillement, les contours d'une incroyable victoire se sont dessinés. Avec six sièges de plus que l'Union sioniste (centre gauche), le Likoud triomphait, alors qu'on le disait à la dérive. Le premier ministre israélien doit ce tour de force à son flair, mais aussi à une stratégie redoutable, mise en musique par son équipe. " De l'extérieur, la campagne a pu paraître déstructurée, mais elle a été la plus disciplinée de toutes, assure Dani Dayan, ancien leader du mouvement des colons israéliens, soutien du vainqueur sur les réseaux sociaux. Malgré des erreurs, ils ont persévéré vers la droite, et non vers le centre. "

Autour de M. Nétanyahou, il y avait là John McLaughlin, consultant américain prisé par les Républicains ; Ari Harow, chef de l'administration du premier ministre ; et enfin Aron Shaviv, le directeur de campagne. Ce dernier est spécialisé dans les opérations commando de cette nature, partout dans le monde. Mais Israël, pour lui, est d'abord le pays où il a servi, cinq ans comme tankiste, trois dans le renseignement militaire. Qu'il connaît intimement. Aron Shaviv avait déjà participé à la campagne de 2006 pour le compte d'Israel Beitenou (" Israël, notre maison "), la formation du ministre des affaires étrangères, Avigdor Liberman.

Lorsque Aron Shaviv a été invité à diriger l'équipe Nétanyahou, en décembre 2014, il a lancé des études d'opinion poussées. " On a été méthodiques. Notre point de départ a consisté à faire une vingtaine de groupes de discussion avec des électeurs. " Catastrophe : les chiffres sont trop bons ! " Le nombre de personnes croyant que Nétanyahou formerait le prochain gouvernement était au-dessus de 60 %. C'était un grave problème. Quand les électeurs de droite croient cela, ils ont tendance à voter pour les autres partis de droite. "

L'objectif est clair : le vote utile, en inversant la logique. En choisissant le Likoud, l'électeur sera assuré d'avoir au gouvernement ses partenaires naturels de la droite ultranationaliste. Les consultants inventent une métaphore : on n'achète pas un lecteur CD pour avoir une voiture, mais on achète une voiture équipée d'un lecteur CD. Le deuxième défi est le nombre d'indécis. " Leur ADN était de droite à 60 %. On nous demande pourquoi on a conduit une campagne très à droite. C'est à cause d'eux. On se battait pour une répartition favorable de leur vote le jour du scrutin. "
" On a pris le parti de divertir "

Dès le début de la campagne officielle, l'Union sioniste se place en tête dans les sondages. Mais elle ne décroche pas le Likoud. Les premiers nuages apparaissent avec deux rapports explosifs du contrôleur d'Etat. Le premier détaille les dépenses abusives du couple Nétanyahou. Le second dresse un tableau accablant du secteur immobilier. Mais l'utilisation de ces rapports par l'opposition a été maladroite, estime Aron Shaviv. " Ils ont surjoué. Ils auraient dû être plus modérés dans leurs attaques. " Pendant ce temps, les conseillers répondent par la dérision. Ils lancent des vidéos sur YouTube avec M. Nétanyahou en acteur comique. " On a très vite compris que l'époque du spot de trente secondes dont on gave l'électeur jusqu'au fond de la gorge était révolue. On a pris le parti de divertir, tout en passant des messages forts sur la sécurité. " Ce sera " Bibi " ou la gauche, c'est-à-dire le précipice.

Le discours de M. Nétanyahou sur le nucléaire iranien, le 3 mars devant le Congrès américain, n'entrait pas dans la stratégie. " Il a eu zéro importance, assure Aron Shaviv. Le premier ministre a passé deux semaines et demie dessus, mais il a refusé qu'on fasse un montage de 90 secondes des moments forts. " Puis est arrivée la dernière ligne droite de la campagne. A son retour des Etats-Unis, " Bibi " rencontre les représentants des colons, en Cisjordanie. Un électorat stratégique, très favorable au Foyer juif de Naftali Bennett. " Nous devions faire monter les enjeux ", dit le consultant. Le message est abrupt : si la gauche passe, leurs foyers seront menacés d'évacuation.

A quatre jours du scrutin, les sondages indiquent un retard de quatre sièges pour le Likoud. Le " plan d'urgence ", défini dès décembre, est lancé le 12 mars. La dramatisation s'accélère. Le vote utile devient un vote existentiel. " Moins il y avait de gens croyant à ce que Nétanyahou formerait le prochain gouvernement, et plus on avait de chances de gagner ", énonce Aron Shaviv. " Bibi " multiplie les entretiens télévisés. La presse écrite, plutôt hostile, est alimentée en citations – anonymes – sur la fébrilité dans le camp du premier ministre. " Les articles sur la panique au Likoud ne sont pas tombés du ciel, sourit le consultant. Les médias ont été trop agressifs, ils ont fêté sa défaite trop tôt. "

Le 15 mars, un meeting à Tel-Aviv consacre l'union sacrée de la droite. Tout le monde se range derrière le premier ministre. Ce soir-là, l'équipe de campagne mise sur une égalité dans les urnes. La veille, dans des déclarations ambiguës, M. Nétanyahou a semblé revenir sur son engagement de principe en faveur d'un Etat palestinien. Aron Shaviv nie tout virage. Mais le message est bien reçu par les colons.

Enfin, le jour du vote, " Bibi " enregistre une incroyable vidéo sonnant l'alarme : les Arabes israéliens iraient aux urnes en masse ! Zéro tabou. Le niveau d'alerte maximal est atteint. La stratégie est à son faîte. " Sa langue a fourché ", se contente de dire Aron Shaviv. On n'est pas obligé de le croire.

Piotr Smolar

Rédigé par Philippe NOVIANT

Publié dans #Informations

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