On doit repenser l'ère du tout Diesel

Publié le 18 Juin 2012

carburants-essence-ou-dieselCar le Diesel est dangereux pour la santé par les cancers qu'il induit, la France doit repenser son implantation et son développement. C'est une position qui doit être prise, comme doit l'être celle limitant les accès aux grandes agglomérations des véhicules les plus polluants.

Un article du journal 'Le Monde' daté du 15 Juin 2012

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Le parc automobile français " empoisonné " par le diesel
Le classement par l'OMS des gaz d'échappement des moteurs diesel dans les substances cancérogènes devrait pousser le gouvernement à agir

La fin du diesel serait-elle annoncée ? En déclarant que les gaz d'échappement de ces moteurs étaient " cancérogènes pour l'homme ", mardi 12 juin, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence spécialisée de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a sonné la charge. Plusieurs organisations de défense de l'environnement, comme France Nature Environnement, ont aussitôt appelé le gouvernement à agir vite pour " repenser la politique de transports et ne plus favoriser l'expansion des véhicules diesel ".

Interrogée sur l'annonce du CIRC, Nicole Bricq, la ministre de l'écologie et de l'énergie, a jugé, mercredi, que " cette étude venait à point nommé " et qu'elle était favorable à des mesures fiscales pour lutter contre ce type de pollution. Ajoutant " qu'il faudrait convaincre d'autres membres du gouvernement ", notamment Bercy. Ce serait un virage. Jusqu'à présent, la politique des gouvernements a été au contraire d'encourager fiscalement le diesel, pour soutenir les constructeurs français.

Résultat : le diesel pèse lourd en France. Joëlle Colosio, chef du département " qualité de l'air " à l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), rappelle que si le parc des véhicules particuliers est passé de 24 millions à 32 millions entre 1990 et 2011, la part des diesels a augmenté, elle, de 15 % à 77 %. Sans compter les poids lourds, équipés quasi exclusivement au diesel. " Avec les progrès technologiques dans la lutte contre la pollution, la qualité de l'air aurait dû s'améliorer mais l'augmentation du parc et du trafic s'est traduite par le maintien d'un niveau élevé d'émissions de particules ", explique-t-elle. Cette pollution serait responsable de la mort prématurée de 42 000 personnes chaque année, selon l'OMS.

La France devrait se voir condamnée par la Cour de justice européenne, avec l'Espagne, l'Italie, la Suède, la Belgique ou encore la Slovénie, pour la présence trop élevée de particules fines PM10 - des particules en suspension dans l'air dont le diamètre est inférieur à 10 micromètres. La Commission européenne estime que " depuis l'entrée en vigueur de la législation, en 2005, les valeurs limites applicables aux PM10 ne sont pas respectées dans 16 zones de qualité de l'air en France ".

La France, contrairement à l'Allemagne ou aux pays scandinaves, a pris beaucoup de retard dans la lutte contre la pollution de l'air. Face à la menace des sanctions européennes, le gouvernement Fillon avait lancé en juillet 2010 un appel à projets pour expérimenter des zones d'action prioritaire pour l'air (ZAPA) visant à interdire l'accès des véhicules les plus polluants dans les grandes agglomérations.

Mais alors qu'elles doivent rendre leur proposition le 13 juillet, les huit collectivités qui se sont portées candidates à l'expérimentation ont jeté l'éponge comme Nice et Clermont-Ferrand ou vont demander un délai supplémentaire, comme Paris, Grenoble, Lyon, Aix-en-Provence, Bordeaux ou Saint-Denis. Ces métropoles estiment que l'interdiction des véhicules les plus anciens constituerait une mesure discriminatoire à l'égard des citoyens les plus modestes. " La défense de l'environnement ne peut se faire au détriment de l'égalité et de la justice sociale ", fait valoir la mairie de Clermont-Ferrand.

Mais la quantité de particules dans l'air n'est pas seule en cause. " La concentration et la composition chimique des particules sont deux choses différentes ", explique-t-on au ministère de l'écologie. Si les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), très présents dans les émissions de diesel, sont cancérigènes, les études montrent aussi une augmentation des concentrations de NO2, le dioxyde d'azote, en particulier à proximité du trafic urbain. Les filtres qui équipent les véhicules diesel, qui fonctionnent par catalyse ou en introduisant des additifs, rejettent plus de NO2 qui, s'il n'est pas jugé cancérigène, présente des risques pour la santé. Dans un rapport d'août 2009, l'Afsset (Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail) expliquait que si " un bénéfice sanitaire peut être attendu de la mise en oeuvre de dispositifs de dépollution incluant un filtre à particules sur les véhicules diesel ", celle-ci s'accompagnait " d'une surproduction de NO2 ", avec des " effets toxiques sur le système respiratoire ". La nouvelle norme Euro 6, en préparation, doit permettre d'ici à 2015 de limiter ces émissions, les faisant passer de 0,18 g/km à 0,08 g/km.

Malgré la décision de l'OMS, les constructeurs automobiles préfèrent souligner les progrès effectués. " Nous avons tenu compte des nouvelles normes et tous nos diesels sont en dessous des valeurs demandées, avance Christian Chapelle, directeur de la motorisation chez PSA. Six millions de nos véhicules roulent avec des filtres à particules obligatoires depuis 2011, et si une 404 diesel - Peugeot - émettait 1 200 mg/km dans les années 1960, nos modèles actuels sont à 1 mg/km. " Durcir la réglementation n'aurait pas de sens selon lui : " Pour lutter contre le réchauffement, le moteur diesel est essentiel, car il émet 20 % de CO2 en moins qu'un moteur essence. "

Rémi Barroux et Sophie Landrin

Rédigé par Philippe NOVIANT

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