Quand nos gouvernants ne savent pas ce qu'est la démocratie

Publié le 18 Septembre 2012

MicheleAlliotMarie.jpgDans la semaine du 20 Août 2012, 'Le Monde' revient sur les bourdes célèbres de nos politiques. Le 25, c'est au tour de MAM de s'y coller.

Il y a un passage qui me laisse sans voix : "Elle sourit : " Le secrétaire général du gouvernement n'avait formulé aucune objection à mon déplacement.[...]".

MAM oublie juste une chose : ce n'est pas le secrétaire général du gouvernement qui a le pouvoir en France, mais le peuple. Il était évident que dès lors que les frasques de MAM étaient publiques, MAM n'avait plus la crédibilité nécessaire pour poursuivre sa mission. Et sa perte de crédibilité, elle l'a eu, par le peuple...

Généralement, les ministres et autres, Gaymard par exemple avec l'affaire de son 600m², ont tous la même réaction : "On m'y a autorisé. Personne ne s'est opposé". C'est oublier un peu rapidement que celui qui autorise et celui qui ne s'oppose pas n'est nullement le peuple... qui, lui, n'est pas au courant.

La presse, a, en la matière, un rôle démocratique prépondérant dans cette affaire : elle fait savoir et elle rétablit le pouvoir du peuple. La démission devient dès lors obligatoire.

Tous ces ministres et dirigeants feraient bien de se mettre dans la tête qu'ils ont été fautifs d'avoir voulu cacher des fautes au vrai patron qu'est le peuple.

Ceci dit, je suis sûr que les Gaymard et MAM savent et comprennent très bien ces propos : sinon, ils n'auraient pas démissionné. Le fait qu'ils continuent à nous prendre pour des imbéciles dans ces pages n'essaie que de sauver quelque peu la face. Personne n'est dupe cependant...

Un article du journal 'Le Monde' daté du 25 Août 2012

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MAM ne renie pas ses amours tunisiennes
Des ministres et des bourdes 5/5 Au début de la " révolution du jasmin ", Michèle Alliot-Marie a multiplié les bourdes au Quai d'Orsay. De l'offre du " savoir-faire " policier de la France à ses vacances en Tunisie

Elle était pourtant la seule à avoir réussi le grand chelem. La seule personnalité politique à avoir dirigé quatre ministères régaliens à la suite : défense, intérieur, justice, affaires étrangères. Pourquoi elle ? Michèle Alliot-Marie (MAM) a chevauché les sommets, gaulliste et travailleuse, caution des chiraquiens, sans grandes visions ni grosses fausses notes.

MAM, la femme dont la droite a toujours eu besoin, est de ces politiciens qui résistent à tout parce qu'ils ne font pas de vagues. Jusqu'à son passage au Quai d'Orsay, achevé net par trois bourdes qui furent fatales : une phrase déplacée sur le maintien de l'ordre en Tunisie, des vacances dans le pays au moment où grondait une révolution historique contre la dictature de Ben Ali, l'utilisation du jet d'un homme d'affaires tunisien... et autant de maladresses pour se défendre.

Les ennuis commencent à l'Assemblée, le 11 janvier 2011. La Tunisie est en ébullition depuis l'immolation d'un vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, trois semaines et demie plus tôt. Un mouvement de révolte agite le pays. Tunis a déjà annoncé la mort de 21 civils lors de heurts avec la police, qui tire à balles réelles. La France, amie de la Tunisie, brille par une prudence peu glorieuse.

Comme MAM. " La priorité doit aller à l'apaisement ", déclare-t-elle dans l'Hémicycle, ce 11 janvier. Elle propose d'apporter à la Tunisie " le savoir-faire de nos forces de sécurité ". La ministre de Nicolas Sarkozy suit la ligne gouvernementale, mais c'est elle qui portera le chapeau.

A gauche, on s'indigne - très hypocritement : le parti de Ben Ali est membre de l'Internationale socialiste ! Au Quai d'Orsay, on est consterné sous cape. Au lieu de s'interroger sur le bien-fondé du désordre face à la dictature, la ministre parle technique du maintien de l'ordre et réduit la crise à une question de professionnalisme des policiers. Au lieu de dénoncer la répression, elle donne l'impression d'appuyer le régime.

Pour en reparler, Michèle Alliot-Marie nous reçoit dans les bureaux du Chêne, l'association gaulliste qu'elle préside, avec ce sourire figé qui résiste aux épreuves : la " marque " MAM. Elle a démissionné du gouvernement en février 2011, a perdu son mandat de députée aux législatives de juin 2012 et n'est plus que première adjointe au maire de Saint-Jean-de-Luz. Elle ne renonce à rien, s'apprête à publier trois livres. Dans cette affaire tunisienne, elle ne voit pas où est l'erreur. " Je n'arrive pas à comprendre en quoi il est choquant de dire que je déplore les morts et les blessés et que les polices d'autres pays pourraient être formées par la police française pour éviter ces drames ", dit-elle.

Elle dénonce le " faux procès " qui lui a été fait. Et n'a qu'un regret : " Avoir sous estimé ou ignoré l'importance et les règles de fonctionnement des réseaux sociaux. J'ai voulu expliquer les choses rationnellement alors que le faux procès continuait sur le Net. Ça ne s'arrêtait jamais. " Faux procès ? Si la phrase incriminée a semblé " aberrante ", assure-t-elle, c'est parce que les médias ne l'ont pas reprise intégralement. MAM sort de son sac le verbatim et insiste sur la fin de son intervention fatale à l'Assemblée : elle proposait le savoir-faire de nos forces de sécurité, " afin que le droit de manifester soit assuré en même temps que la sécurité des manifestants ".

On n'est pas sûr de saisir en quoi cette phrase oubliée annule l'impression d'un soutien au régime. La ministre précise : " Ma phrase est effectivement technique, parce que ce n'est pas la question de la dictature qui était posée. Le problème politique n'est intervenu que quelques jours après. Le départ de Ben Ali - le 14 janvier - a été une surprise générale. "

L'immolation de M. Bouazizi a eu lieu le 17 décembre 2010, les émeutes ont commencé le 18, un jeune Tunisien s'est suicidé à son tour le 22, des affrontements ont fait un mort et dix blessés le 24, les manifestations sont évoquées dans la presse internationale dès le 26 décembre. Les affiches de Ben Ali sont arrachées, la corruption dénoncée.

Et l'on apprend de surcroît que la patronne du Quai est arrivée le 25 décembre pour passer ses vacances de Noël... au pays de Ben Ali ! " Les mouvements de protestation, limités, étaient d'ordre social et non politique, estime-t-elle. Ils exprimaient une problématique connue en Tunisie où les jeunes souffrent de ne pas trouver d'emplois à la mesure de leurs diplômes. L'événement marquant avant mon arrivée, c'était l'immolation d'un jeune. Et celui-ci, insiste-t-elle étrangement, était vivant pendant mon séjour - il mourra le 4 janvier - . "

Un ministre est-il avisé de se rendre dans un pays où le président règne en dictateur ? Elle sourit : " Le secrétaire général du gouvernement n'avait formulé aucune objection à mon déplacement. Des personnalités socialistes qui connaissent le pays mieux que moi étaient là au même moment : Gérard Collomb, Bertrand Delanoë... Ségolène Royal y venait aussi puisqu'un hôtelier m'a dit : "Vous allez dormir dans le même lit que Mme Royal". " Mais ils ne représentaient pas les affaires étrangères de la France...

Le voyage de MAM déchaîne la presse. Le Canard révèle que la ministre a utilisé sur place, à titre amical, le jet privé de l'homme d'affaires Aziz Miled, enrichi dans la Tunisie de Ben Ali - même si, comme elle le note, il en a " aussi été victime, et se retrouve conseiller du nouveau gouvernement ". On apprend ensuite que ses parents ont fait une opération immobilière en Tunisie. L'attaque sur sa famille est la goutte de trop. Pour la première fois en vingt-cinq ans de vie politique, MAM démissionne.

" Toutes ces attaques pour une semaine passée en Tunisie à mes frais, ça me paraît totalement disproportionné ! ", s'exclame-t-elle. Elle dénonce ce " phénomène classique " : " Le harcèlement est survenu quand on parlait de moi comme future premier ministre. Et je suis une femme... " Est-elle retournée en Tunisie ? " Je n'en ai pas eu l'occasion. Vu la situation actuelle, dit-elle avec son "sourire MAM", vous me le reprocheriez aussi, non ? "

Marion Van Renterghem

Rédigé par Philippe NOVIANT

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