Quand on regarde derrière soi en avançant, on risque de se prendre un réverbère...

Publié le 13 Novembre 2014

Très clairement, qu'y a-t-il comme intérêt de se disputer pour l'héritage des pensées d'un type qui est mort il y a un siècle et qui n'a jamais gouverné ? N'y a-t-il pas des actions un tant soient peu plus urgentes à mener ? Quand on regarde derrière soi, on oublie de regarder devant soi... On a des réformes à engager, des réformes importantes car notre pays va mal. D'un point de vue de notre compétitivité économique, de la maîtrise de notre budget, de notre croissance, de notre taux de chômage, on a des actions à mener, des idées à trouver, et oeuvrer à recouvrer un courage politique qui a été totalement absent de notre gouvernement.

Avons-nous le temps de blablater sur des idées d'un type mort dans un temps qui n'a rien à voir avec le notre ? Franchement, je ne crois pas.

Arrêtons-nous donc de nous chamailler pour des futilités et mettons-nous au boulot.

L'éditorial du journal 'Le Monde' daté du 2 Août 2014

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ÉDITORIAL
Tous derrière Jaurès, bien sûr…

Ce fut un concours très français, c'est-à-dire pas dénué de charme, mais un tantinet passéiste. Et qui sait, peut-être, cette petite cérémonie politique, entre fin de Tour de France et départ des aoûtiens, disait-elle quelque chose d'important sur l'état des élites publiques du pays ?

Ce jeudi 31 juillet, la gauche s'est donné rendez-vous dans le 2e arrondissement de Paris, au coin de la rue Montmartre et de la rue du Croissant. C'est là, dans une brasserie dite Café du Croissant (aujourd'hui Taverne), que l'un des pères du socialisme français, Jean Jaurès, a été assassiné, le 31 juillet 1914. A la veille de la Grande Guerre.

Ce jeudi-là, un siècle plus tard, la gauche est venue saluer un " grand " de la politique. Même s'il n'a jamais gouverné, Jaurès a été l'homme d'une formidable synthèse : un réformiste, mais qui situait son réformisme dans un projet de changement social profond ; un internationaliste, mais qui savait tout ce que la nation – l'idéal national républicain – portait de valeurs ; un bourgeois, pétri de culture, diplômé de l'Ecole normale supérieure, attaché à une méritocratie célébrant l'effort et l'importance du savoir – à l'opposé du " tout vaut tout " culturel.

Rien d'étonnant à ce que la gauche revendique aujourd'hui l'héritage d'un tel homme. Elle a bien raison. Mais elle s'est livrée à l'occasion à une bataille quelque peu dérisoire pour savoir à qui revenait le plus authentique " brevet d'identité jauressienne ", comme le disait l'historien Gilles Candar dans Le Monde du 31 juillet.

C'est nous les vrais " jauressiens ! ", clame la gauche de la gauche, et notamment Jean-Luc Mélenchon, qui met en avant l'anticapitalisme du grand homme. Non, c'est nous !, réplique la gauche de gouvernement, qui brandit le réformisme prudent de Jaurès – Manuel Valls allant jusqu'à avancer que le député du Tarn aurait " sans doute " voté le pacte de responsabilité.

La droite n'est pas en reste. Nicolas Sarkozy donnait du Jean Jaurès à chaque étape de sa campagne de 2007. Aujourd'hui, l'un des chefs du Front national, Louis Aliot, revendique aussi sa petite part d'héritage. Bientôt, les people vont s'y mettre et faire le pèlerinage de Carmaux, fief du fondateur du quotidien L'Humanité.

Ce concours de bon " jauressisme " est sans doute un hommage à la complexité de la pensée de Jaurès. Il est aussi révélateur d'un certain désarroi. L'homme du Tarn savait penser son époque – celle de la première grande phase de libéralisation des échanges de l'ère industrielle. Il en faisait la pédagogie. Il n'était pas dans la nostalgie.

Il situait l'action politique en prise avec les mutations sociales profondes que subissait la France de l'époque. Il les comprenait, il pensait cette réalité nouvelle, il ne la niait pas. Il en faisait le cadre d'un réformisme qui n'évacuait pas une ambition sociale des plus élevées.

Qui, dans la France et dans la classe politique d'aujourd'hui, celle d'une phase de bouleversements aussi profonds, est capable d'un tel projet ? Qui explique que la mondialisation est là pour rester ? Qui ose dire que l'Etat-providence doit être profondément remanié ? Qui pointe la réalité d'une économie en train de décrocher ?

Derrière l'œcuménisme de l'hommage à Jaurès, ce qui transparaissait, c'est un manque : celui d'un discours politique de vérité.

Rédigé par Philippe NOVIANT

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